L’es­croc sé­vis­sait de­puis sa cel­lule

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - STÉ­PHANE SELLAMI

Pas be­soin d’être en li­ber­té pour pour­suivre ses pe­tites af­faires… C’est la le­çon d’un dos­sier d’es­cro­que­rie mis au jour par les en­quê­teurs du 3e dis­trict de po­lice ju­di­ciaire ( DPJ) de Pa­ris. Un homme soup­çon­né d’avoir sou­ti­ré les codes et co­or­don­nées de carte ban­caire de nom­breuses re­trai­tées, après les avoir con­tac­tées par té­lé­phone, a été confon­du en dé­but de se­maine. Après iden­ti­fi­ca­tion, les po­li­ciers ont dé­cou­vert que l’ai­gre­fin opé­rait tran­quille­ment de­puis… sa cel­lule de pri­son. Dé­jà in­car­cé­ré pour le même type de faits, Achref S., 35 ans, a été ex­trait, mar­di, de la mai­son d’ar­rêt de Fresnes ( Val- de- Marne), puis pla­cé en garde à vue.

Fort connu des ser­vices de po­lice, il a avoué une par­tie des faits avant d’être re­con­duit en cel­lule. Le té­lé­phone por­table qui lui ser­vait à pié­ger ses vic­times lui a été re­ti­ré.

Les po­li­ciers ont été mis sur sa piste après l’in­ter­pel­la­tion de deux de ses com­plices pré­su­més, le 11 août der­nier, dans le XIVe ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien. Ce jour- là, ils ve­naient de se faire re­fou­ler d’une ré­si­dence pour per­sonnes âgées dans la­quelle ils avaient ten­té de sub­ti­li­ser la carte ban­caire, le ché­quier et la carte d’identité d’une dame de 88 ans. « La vic­time avait ex­pli­qué qu’elle avait re­çu un ap­pel d’un homme se pré­sen­tant comme po­li­cier, confie une source proche de l’af­faire. Il lui avait de­man­dé de pré­pa­rer ses pa­piers et ses moyens de paie­ment avant de les re­mettre à ses col­lègues, dans le cadre d’une simple vé­ri­fi­ca­tion. »

A l’aide d’un smartphone, il abu­sait les re­trai­tées

Les en­quê­teurs font alors le rap­pro­che­ment avec une di­zaine de faits si­mi­laires. Dans la fou­lée, un troi­sième com­plice, âgé de 23 ans et do­mi­ci­lié dans le XIIIe ar­ron­dis­se­ment, est in­ter­pel­lé. Et il va me­ner les po­li­ciers jus­qu’au cer­veau de l’opé­ra­tion. « Le com­man­di­taire a été iden­ti­fié après plu­sieurs ap­pels pas­sés à son com­plice, pour­suit la même source. Il a été ra­pi­de­ment lo­ca­li­sé alors qu’il se trou­vait au centre pé­ni­ten­tiaire de Lan­ne­me­zan ( NDLR : Hautes- Py­ré­nées), avant d’être trans­fé­ré à Fresnes. »

Après avoir réus­si à se pro­cu­rer un smartphone en dé­ten­tion, Achref S. se connec­tait sur les sites In­ter­net de ren­sei­gne­ment d’adresses et re­le­vait les pré­noms fé­mi­nins pou­vant cor­res­pondre à des per­sonnes âgées. « Outre sa tech­nique du faux po­li­cier, il se fai­sait aus­si pas­ser pour un ser­vice de re­cou­vre­ment tra­vaillant pour un hô­pi­tal, pré­cise un proche du dos­sier. Il as­su­rait à ses vic­times qu’elles n’avaient pas ré­glé l’en­semble des frais de soins qu’elles ve­naient de re­ce­voir avant de leur sou­ti­rer leurs co­or­don­nées et code confi­den­tiel de carte ban­caire. Il se fai­sait aus­si par­fois pas­ser pour un agent des im­pôts… » Le dé­te­nu se ser­vait de toutes ces co­or­don­nées pour faire des achats sur In­ter­net ou adres­ser des man­dats cash à ses com­parses.

Les en­quê­teurs du 3e DPJ pour­suivent leurs in­ves­ti­ga­tions pour ten­ter de dé­ter­mi­ner le nombre exact de vic­times. « La fa­ci­li­té avec la­quelle cet es­croc a agi de­puis sa cel­lule de pri­son laisse per­plexe, dé­plore la même source. Les sys­tèmes de brouillage de por­tables cen­sés être ins­tal­lés en dé­ten­tion ne semblent pas très ef­fi­caces. Et sur­tout les té­lé­phones y cir­culent à tout- va… »

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