Ju­gés­pour­le­meur­tre­de­leur­mè­rea­dop­tive

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - LOUISE COLCOMBET

C’est une plon­gée au sein d’une fa­mille, ses non- dits, ses co­lères ren­trées, que s’ap­prête à faire la cour d’as­sises de la Loire. Elle juge, à par­tir d’au­jourd’hui et pour une se­maine, Jo­han et Au­ré­lien Toi­non, deux frères de 27 et 28 ans, pour l’as­sas­si­nat d’An­nie, leur mère adop­tive de 58 ans, re­trou­vée en juillet 2010 dans son lit, crâne et mâ­choire fra­cas­sés, à Saint- Gal­mier ( Loire). Un crime d’une rare vio­lence, per­pé­tré à l’aide d’une barre de fer pro­ve­nant de la ferme fa­mi­liale, qu’ils nient de­puis le pre­mier jour.

Très vite, les en­quê­teurs se concentrent sur le cercle Toi­non : au­cun ob­jet de va­leur n’a dis­pa­ru, hor­mis un sac à main, dont seuls les proches sa­vaient qu’il conte­nait entre 2 000 et 3 000 € en liquide. Or, à Saint- Gal­mier, Jo­han et Au­ré­lien traînent une mau­vaise ré­pu­ta­tion. Adop­tés en Po­logne avec un frère et une soeur plus âgés en 1993, les deux gar­çons ont connu une ado­les­cence dif­fi­cile, mar­quée par l’al­coo­lisme et des pro­blèmes de vio­lence. Un épi­sode en par­ti­cu­lier alerte les gen­darmes : dix ans plus tôt, Au­ré­lien, ivre, avait je­té un té­lé­vi­seur à la tête de son grand- père ali­té, parce qu’il lui re­fu­sait de l’ar­gent.

nDes re­la­tions exé­crables de­puis l’en­fance

Jo­han, lui, est le seul en­fant vi­vant en­core à la ferme. Or il en­tre­tient des re­la­tions exé­crables avec sa mère de­puis l’en­fance. Tous deux al­coo­liques, ils se livrent une guerre pour s’ap­pro­prier les bou­teilles ca­chées aux quatre coins de la mai­son… L’en­quête bas­cule lors­qu’en garde à vue Jo­han im­plique son frè- re Au­ré­lien — avant de se ré­trac­ter —, di­sant l’avoir aper­çu quit­tant la ferme ce ma­tin- là. Quant à lui, il n’au­rait rien vu, rien en­ten­du… Pour les en­quê­teurs, les frères ont agi de concert, par ap­pât du gain et ran­coeur, dans cette fa­mille un peu rustre, mal pré­pa­rée à cette qua­druple adop­tion, où les en­fants sont éle­vés à la dure, par­fois un peu trop.

Mais les avo­cates des frères Toi­non plai­de­ront l’ac­quit­te­ment : pas d’aveu, pas de té­moin, un mo­bile fai­blard et au­cune preuve ma­té­rielle dé­ci­sive. L’ADN des deux frères est re­trou­vé en quan­ti­té in­fime sur le ma­te­las — ils ex­pliquent avoir sou­vent ai­dé leur mère à faire son lit — mais ni sur l’arme, ni sur le corps, ni sur le sac à main. Ce ma­tin- là, ils étaient tous les deux à l’heure au tra­vail, même en avance, ce qui leur au­rait lais­sé très peu de temps pour com­mettre le crime et faire dis­pa­raître les in­dices. Leur propre soeur, Ade­line, vien­dra dire à la barre qu’elle les croit in­no­cents. Comme elle, Yan­nick, l’aî­né, a pris ses dis­tances avec Ber­nard Toi­non, leur père. « Ma cliente est dé­çue car l’ins­truc­tion s’est d’em­blée fo­ca­li­sée sur ses frères. Or d’autres pistes au­raient mé­ri­té d’être creu­sées… » sou­ligne Me Rey- Prey­nat, l’avo­cat d’Ade­line. De fait, beau­coup de re­gards se tour­ne­ront vers Ber­nard Toi­non, dont le couple bat­tait de l’aile au mo­ment du crime et qui a de­puis re­fait sa vie avec une voi­sine. Me Ve­ril­hac, son avo­cat, est prêt à ré­pondre aux éven­tuelles ac­cu­sa­tions. « Au­cun élé­ment ne peut être re­te­nu contre Ber­nard Toi­non qui, lui, est très trou­blé et pei­né par les élé­ments qui sont au dos­sier. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.