« Un très grand joueur, ça n’a pas de prix »

Ber­nard Ta­pie, an­cien pré­sident de l’Olym­pique de Mar­seille

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - Pro­pos recueillis par

Ala tête de Mar­seille entre 1986 et 1994, Ber­nard Ta­pie re­cru­tait les meilleurs joueurs d’Eu­rope à coups de mil­lions. Comme le PSG au­jourd’hui. En vingt ans, les mé­thodes pour at­teindre les som­mets n’ont pas beau­coup chan­gé, mais les sa­laires, eux, ont ex­plo­sé. Ex­pli­ca­tions d’ex­pert. Que vous ins­pire le mon­tant des sa­laires que nous pu­blions au­jourd’hui ? BER­NARD TA­PIE. Ils sont éle­vés, bien sûr, mais je ne vois rien d’im­mo­ral là- de­dans. Ils s’ins­crivent dans une éco­no­mie du foot­ball qui a vu les re­cettes des grands clubs aug­men­ter en même temps que les dé­penses. La mo­rale est en dan­ger le jour où un club verse des sa­laires sans rap­port avec ses re­cettes. Là, ce­la de­vient de la concur­rence dé­loyale. C’est le cas de plus de la moi­tié des clubs en Es­pagne, par exemple. Au nom de quelle lo­gique un joueur comme Fal­cao peut- il at­teindre ce ni­veau de ré­mu­né­ra­tion ? Evi­dem­ment, sa bles­sure change un peu la donne. Mais un très grand joueur comme lui, ça n’a pas de prix. C’est bien plus qu’un foot­bal­leur. Ses di­ri­geants at­tendent de lui qu’il marque des buts, qu’il fasse ga­gner des matchs, des titres… Mais il est aus­si un ou­til de re­la­tions pu­bliques. Qu’en­ten­dez- vous par là ? Un Fal­cao à Monaco ou un Ibra­hi­mo­vic à Pa­ris par­ti­cipe à la construc­tion de l’image de son club. Il at­tire les spec­ta­teurs et les spon­sors. On re­trouve ce phénomène dans le ci­né­ma. Un grand ac­teur peut ga­gner, sans trop d’ef­forts, 5 M€ avec un seul film. Sauf que ce film va en­suite faire des mil­lions d’en­trées dans le monde en­tier. Les écarts de sa­laires entre co­équi­piers peuvent- ils créer des pro­blèmes dans un ves­tiaire ? Il n’y a pas de règle. Une chose est sûre : tous les joueurs connaissent les sa­laires de leurs co­équi­piers. C’est d’ailleurs la pre­mière chose qu’ils veulent sa­voir en dé­but de sai­son. En­suite, ce­la leur per­met d’al­ler voir leur pré­sident pour né­go­cier une aug­men­ta­tion dès qu’ils réus­sissent deux ou trois bons matchs. Mais je tiens à ré­ta­blir une vé­ri­té : dès qu’un joueur rentre sur le ter­rain, il ou­blie tout ce qui est lié à l’ar­gent. Le sta­tut fis­cal de Monaco, qui exo­nère les étran­gers d’im­pôts sur le re­ve­nu, fausse- t- il la com­pé­ti­tion ? Au dé­but des an­nées 1990, époque où le nombre de joueurs étran­gers était li­mi­té à trois ( NDLR : avant l’ar­rêt Bos­man en 1995), ça n’avait pas tellement d’im­por­tance. Au­jourd’hui, l’avan­tage est énorme pour Monaco. Mais le fait de jouer dans un stade Louis- II qui sonne le creux ré­équi­libre la com­pé­ti­tion.

Dès qu’un joueur rentre sur le ter­rain, il ou­blie tout ce qui est lié à l’ar­gent”

( LP/ Fré­dé­ric Du­git.)

Ber­nard Ta­pie.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.