Le Sud li­byen in quiète les Oc­ci­den­taux

Cette gi­gan­tesque zone dé­ser­tique est de­ve­nue le sanc­tuaire des ji­ha­distes d’Aqmi, commes’en est alar­mée la France.

Le Parisien (Paris) - - Politique - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

Une im­mense éten­due de sable, des pistes pous­sié­reuses qui mènent à des oa­sis écra­sées de so­leil, un dé­sert mi­né­ral. C’est dans ce pay­sage lu­naire du sud de la Li­bye, sur des cen­taines de ki­lo­mètres, que les ji­ha­distes, et no­tam­ment les chefs d’Aqmi ( Al- Qaï­da au Magh­reb is­la­mique), sont en train de conso­li­der leur nou­veau sanc­tuaire. Cer­tains ont été chas­sés du Nord- Ma­li par l’opé­ra­tion Ser­val. D’autres étaient dé­jà là avant et se sont ren­for­cés en pillant les ar­se­naux de Kadha­fi après sa chute.

« On es­time à en­vi­ron 4 000 le nombre de com­bat­tants qui se pro­mènent en toute tran­quilli­té dans cette zone, as­sure un ex­pert du dos­sier. Des camps d’en­traî­ne­ment ont été re­pé­rés. Les ka­ti­bas se livrent à toutes sortes de tra­fics en tra­ver­sant les fron­tières po­reuses de l’Al­gé­rie, du Tchad ou du Ni­ger. La si­tua­tion est de­ve­nue pré­oc­cu­pante. » Au point que le mi­nistre de l’In­té­rieur du Ni­ger, Mas­sou­dou Has­sou­mi, de pas­sage à Pa­ris, a lan­cé un ap­pel à une in­ter­ven­tion in­ter­na­tio­nale. « Si nous ne fai­sons rien, c’est toute la ré­gion qui risque à nou­veau d’être dé­sta­bi­li­sée, confie- t- il au Pa­ri­sien- Au­jourd’hui en France. Le Sud li­byen est de­ve­nu un foyer d’in­sta­bi­li­té qui me­nace le Sa­hel mais aus­si, à terme, des pays comme l’Egypte. »

Quelques jours plus tôt, l’ami­ral Guillaud, chef d’état- ma­jor des ar­mées fran­çaises, avait lui aus­si évo­qué l’hy­po­thèse d’une opé­ra­tion mi­li­taire in­ter­na­tio­nale. Tout en la ju­geant dif­fi­cile à mettre en oeuvre. Car à Pa­ris, on se montre réa­liste. « Le gou­ver­ne­ment li­byen, faible et sous in­fluence des is­la­mistes, ne l’au­to­ri­se­ra ja­mais, pré­dit une source mi­li­taire de haut rang. Il ne faut donc mal­heu­reu­se­ment pas trop comp­ter sur une ré­édi­tion de ce qui s’est pas­sé au Ma­li, c’est- à- dire une in­ter­ven­tion sous l’égide de l’ONU. »

nDes agents de la CIA dé­pê­chés sur place

De­puis quelques se­maines, la France a ré­ar­ti­cu­lé son dis­po­si­tif an­ti­ter­ro­riste pour mieux sur­veiller les ka­ti­bas dans la ré­gion du Sa­hel. Se­lon « le Fi­ga­ro » , les Amé­ri­cains au­raient, eux, dé­pê­ché des forces spé­ciales di­rec­te­ment en Li­bye ain­si que des agents de la CIA. « Ils veulent es­sayer de tuer les chefs » , croit sa­voir le mi­nistre ni­gé­rien, Mas­sou­dou Has­sou­mi. D’après d’autres sources, les ser­vices secrets al­gé­riens se­raient eux aus­si à la ma­noeuvre quelque part dans le dé­sert.

Pa­ris, qui a très tôt aler­té ses al­liés oc­ci­den­taux sur la me­nace que consti­tue le sud de la Li­bye, se montre dé­sor­mais plus prudent. Les Fran­çais étu­dient tou­te­fois la pos­si­bi­li­té d’ai­der les forces de sé­cu­ri­té li­byennes dans des mis­sions d’en­ca­dre­ment et d’ac­com­pa­gne­ment si elles ont font la de­mande. Une for­mu­la­tion vo­lon­tai­re­ment floue qui ou­vri­rait la voie à un en­ga­ge­ment dis­cret…

( AP.)

Tom­bouc­tou ( Ma­li), le 31 août 2012. Les ji­ha­distes ré­fu­giés en Li­bye viennent en par­tie du Nord- Ma­li, chas­sés par les mi­li­taires fran­çais lors de l’opé­ra­tion Ser­val.

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