Le­mic­mac­des­con­trat­sai­dés enSeine- Saint- De­nis

Uneen­tre­pri­se­pri­vée­qui­de­vait­coa­cher­de­jeu­nes­chô­meurs est­soup­çon­néed’avoir­créé­de­faux­do­cu­ments.

Le Parisien (Paris) - - Economie - SAINT- OUEN ( SEINE- SAINT- DE­NIS) GWE­NAELLE BOUR­DON

C’était une me­sure des­ti­née à rat­tra­per par la main ces jeunes les plus éloi­gnés de l’em­ploi dans les zones ur­baines sen­sibles. Créés en 2008, les contrats d’au­to­no­mie consti­tuaient l’une des grandes me­sures du plan Es­poir ban­lieues, dé­fen­du par la se­cré­taire d’Etat Fa­de­la Ama­ra.

Les moins de 26 ans pou­vaient tou­cher une bourse de 300 € par mois pen­dant six mois et bé­né­fi­cier d’un coa­ching, es­sen­tiel­le­ment as­su­ré par des ca­bi­nets pri­vés. Six ans plus tard, l’es­poir s’est es­souf­flé, no­tam­ment en Seine- Saint- De­nis. En cause : les mé­thodes du ca­bi­net pri­vé de pla­ce­ment C3 Consul­tants, au­jourd’hui seul à gé­rer le dis­po­si­tif dans le dé­par­te­ment.

Se­lon un rap­port, non dé­fi­ni­tif, de l’Ins­pec­tion gé­né­rale des af­faires so­ciales ( Igas) ré­vé­lé par « le Monde » , des ir­ré­gu­la­ri­tés ont été consta­tées dans 40 % des dos­siers dé­bou­chant sur une em­bauche ou une for­ma­tion. Le doute plane au­tour des at­tes­ta­tions d’em­bauche four­nies alors qu’une part de la ré­mu­né­ra­tion de la so­cié­té dé­pend du nombre d’em­bauches. D’autres dos­siers dou­teux ont été trans­mis à la jus­tice, por­tant par di­zaines une adresse ou une date de nais­sance ri­gou­reu­se­ment iden­tiques…

nUn ca­hier des charges am­bi­gu

L’af­faire n’étonne guère Pierre Mou­get, di­rec­teur de la mis­sion lo­cale in­ter­com­mu­nale de la Dhuys ( Cli­chy- sous- Bois et Mont­fer­meil), qui se sou­vient de conseillers « très sûrs d’eux, dé­bar­quant dans des quar­tiers qu’ils ne connais­saient ab­so­lu­ment pas en jouant les gros bras » . « Ça ne s’est pas bien pas­sé, et ils ont

( au centre), fi­ni par se conten­ter de dis­tri­buer des flyers tôt le ma­tin dans les boîtes aux lettres. »

Cette af­faire met en lu­mière le flou qui a en­tou­ré les contrats d’au­to­no­mie. « Il y avait une forme d’am­bi­guï­té dans le ca­hier des charges. Pour jus­ti­fier d’une em­bauche, une at­tes­ta­tion si­gnée par le jeune lui- même ou son conseiller peut être ju­gée suf­fi­sante. Une at­tes­ta­tion de dé­cla­ra­tion au­près de l’Urs­saf n’est pas exi­gée » , dé­taille ain­si Em­ma­nuelle War­gon, dé­lé­guée gé­né­rale à l’em­ploi et à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, char­gée du sui­vi de ce dos­sier ( qui n’était pas en poste au mo­ment où la me­sure a été lan­cée). Un temps sus­pen­du par le mi­nis­tère du Tra­vail, le contrat avec C3 Consul­tants, so­cié­té qui s’est dé­cla­rée en ces­sa­tion de paie­ment, a fi­na­le­ment été main­te­nu. L’Etat s’est conten­té de re­te­nir la somme de 2 M€ ( sur un mar­ché de 22 M€). La so­cié­té a re­fu­sé de ré­pondre à nos ques­tions.

Alors que la me­sure ex­pire fin 2014, le coa­ching pri­vé n’au­ra donc pas eu d’ef­fet mi­racle en ban­lieue. Au 29 jan­vier, on dé­nom­brait 2 700 contrats si­gnés dans 6 villes ( Aul­nay, Mon­treuil, Saint- De­nis, Trem­blay, Cli­chy- Mont­fer­meil). A leur sor­tie du dis­po­si­tif, 51,2 % des jeunes avaient trou­vé un em­ploi ou une for­ma­tion. Mais au terme d’une troi­sième phase d’ac­com­pa­gne­ment, seuls 688 étaient en­core en ac­ti­vi­té. La pro­por­tion de bi­lans po­si­tifs tombe à 27 %.

Se­vran ( Seine- Saint- De­nis), le 23 fé­vrier 2009. Fa­de­la Ama­ra, la se­cré­taire d’Etat

était ve­nue lan­cer les contrats d’au­to­no­mie et son plan Es­poir ban­lieues.

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