Confes­sions d’un ac­quit­té

Sa­cha Rhoul a été in­no­cen­té du meurtre du cham­pion d’échecs Gilles An­druet, il y a une se­maine par la cour d’as­sises de l’Es­sonne. L’ami des stars re­vient sur sa tra­ver­sée ju­di­ciaire.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - DUN­KERQUE ( NORD) de notre en­voyé spé­cial FLORIAN LOISY

De­puis quelques jours, c’est un homme neuf. Ex- gé­rant du Pa­lais Rhoul à Marrakech, lieu fré­quen­té par des stars comme John­ny Hal­ly­day, Ja­mel Deb­bouze ou Ni­co­las Anel­ka, Sa­cha Rhoul, 42 ans, était ac­cu­sé de­puis 2003 d’avoir tué Gilles An­druet, un cham­pion d’échecs, dont le ca­davre a été dé­cou­vert en 1995 à Saulx- les- Char­treux, en Es­sonne ( lire ci- contre). In­no­cen­té jeu­di der­nier, ce Fran­co- Ma­ro­cain est ren­tré « apai­sé et sans haine » à Dun­kerque ( Nord) où il ré­side avec sa femme de­puis son ex­tra­di­tion du Ma­roc en 2010. « J’ai été heu­reux d’avoir droit à un pro­cès équi­table, où on m’écoute et où on­me­com­prend » , pré­cise l’ac­quit­té, sou­la­gé.

Mais il n’a rien ou­blié de la pro­cé­dure, longue et éprou­vante, pen­dant la­quelle il a été pla­cé sous contrôle ju­di­ciaire et qui lui a va­lu aus­si un sé­jour en pri­son. « Pen­dant toutes ces an­nées, on a vo­lé le sou­rire de mon ma­ri, lance d’em­blée Fan­ny, sa com­pagne et mère de leurs deux en­fants de 5 et 7 ans. Nous n’avons ja­mais pu faire un voyage en­semble. » Alors, de­puis une se­maine, ils ont ten­té de rat­tra­per le temps per­du et or­ga­ni­sé une pe­tite fête pour re­mer­cier leurs amis. Ils en­vi­sagent même un troi­sième en­fant. « On ai­me­rait une pe­tite fille, avance Sa­cha Rhoul. Je veux pro­fi­ter de la vie. D’ailleurs, du­rant tout ce temps, le plus dif­fi­cile a été de pro­té­ger les en­fants. »

Quand on n’a rien fait, qu’on est in­nocent, on a en­vie de hur­ler”

Sa­cha Rhoul

Car Fan­ny et Sa­cha se sont dé­brouillés pour que leurs fils soient épar­gnés et ne soient au cou­rant de rien. « On a vé­cu comme dans le film La vie est belle ( NDLR: oùu­nen­fant vit la dé­por­ta­tion dans les camps de con­cen­tra­tion comme un im­mense jeu) » , pour­suit Fan­ny, ex- pro­fes­seure de lettres. Ils par­viennent même à contour­ner la dé­ten­tion pro­vi­soire de Sa­cha Rhoul à Fleu­ry, en 2010, en ra­con­tant à leurs fils une his­toire ro­cam­bo­lesque. « Quand on al­lait au par­loir voir Sa­cha, je leur di­sais que c’était le grand bu­reau de pa­pa, qu’il avait beau­coup de ren­dez- vous, ce qui jus­ti­fiait que l’on fasse la queue der­rière tout le monde à l’en­trée de la pri­son, se sou­vient- elle. Lors­qu’il voyait le sur­veillant ar­ri­ver avec ses clés, notre aî­né criait : c’est le pa­tron de pa­pa ! » Mais il fal­lait jus­ti­fier que les retrouvailles ne durent qu’une heure. « Les en­tendre pleu­rer au­mo­ment­du re­tour en cel­lule, où je leur di­sais que j’avais en­core des clients à voir, c’était le plus dur, se re­mé­more Sa­cha Rhoul. Quand on n’a rien fait, qu’on est in­nocent, ona en­vie de hur­ler. C’est un cau­che­mar. »

Après quatre mois de dé­ten­tion, à la de­mande de ses avo­cats, Me Du­pond- Mo­ret­ti et Me Bot­tai, il est li­bé­ré et pla­cé sous contrôle ju­di­ciaire. « Sans mon pas­se­port et ac­cu­sé de meurtre, al­lez trou­ver un lo­ge­ment ou un tra­vail » , sou­pire- t- il. Du­rant trois ans, le couple vi­vote en col­la­bo­rant avec une com­pa­gnie d’as­su­rances. « Pour que les en­fants croient qu’on tra­vaillait vrai­ment, on s’ha­billait et on fai­sait sem­blant de sor­tir, se re­mé­more- t- il. On oeu­vrait bé­né­vo­le­ment au­près des en­fants han­di­ca­pés et on di­sait à nos fils que c’était notre tra­vail. » La fable a te­nu jus­qu’au pro­cès, quand des co­pains de classe des en­fants Rhoul voient l’ac­cu­sé à la té­lé. « Ils ont dit à notre aî­né : ton pa­pa a tué un mon­sieur, ra­conte Fan­ny. J’ai ré­pon­du qu’il ne tuait même pas les arai­gnées qui me font peur, ça l’a cal­mé. » Cette se­maine, les pa­rents ont en­fin pu tout leur dire. Tour­nés vers l’ave­nir, ils n’en­vi­sagent pas de de­man­der des dom­mages et in­té­rêts. « Mais ce sont nos avo­cats qui tran­che­ront » , ba­laie Sa­cha Rhoul, qui ne pour­ra pas ré­cu­pé­rer le Pa­lais Rhoul à cause d’his­toires de fa­mille. Sa mère, qui ne l’a pas ap­pe­lé de­puis trois ans, a pris pos­ses­sion du lieu quand il a été ex­tra­dé vers la France. Ce qui a ul­cé­ré le père de Sa­cha Rhoul : « J’ai­me­rais que mon fils at­taque mon ex- femme, mais il s’y re­fuse car c’est sa mère… »

« Je ne vais pas me plaindre. Quand on voit, au Ma­roc, des en­fants avec la même couche de­puis huit jours, ça per­met de re­la­ti­vi­ser sur ses propres mal­heurs, re­prend Sa­cha Rhoul. On­va construire un hô­tel dans un coin sau­vage au bord de la mer, au Ma­roc. Ce se­ra moins luxueux, mais tout aus­si raf­fi­né que le Pa­lais. Pour une clien­tèle moins hup­pée, mais plus spor­tive. »

Des in­ves­tis­seurs par­mi ses amis fi­nan­ce­ront tout ce­la. « Je sais dé­sor­mais que l’on doit faire at­ten­tion à ses fré­quen­ta­tions, c’est ce qui m’a conduit dans ce dos­sier, re­prend- il. Et je le dis dé­jà à mes en­fants. »

( LP/ Florian Loisy.)

Dun­kerque ( Nord), jeu­di. Sa­cha Rhoul, ici avec sa femme Fan­ny, était ac­cu­sé du meurtre de Gilles An­druet, un cham­pion d’échecs re­trou­vé bat­tu à mort en 1995, à Saulx- les- Char­treux ( Es­sonne).

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