Es­cro­que­rie dans­la­hau­te­fi­nance

182 vic­ti­mes­de­man­dent­tou­jours ré­pa­ra­tion pour leurs 65M€ éva­po­rés il y a vingt ans dans de troubles cir­cons­tances.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - NI­CO­LAS JAC­QUARD

Si les es­cro­que­ries étaient dé­crites par la mode, celle- ci pour­rait être qua­li­fiée de vin­tage, tant elle fleure bon les an­nées 1990. Hier, de­vant la chambre ci­vile du tri­bu­nal de Pa­ris, c’est en ef­fet un peu des an­nées Mit­ter­rand qui est re­mon­té à la sur­face.

Plus de vingt ans après les faits, Me Em­ma­nuel Lu­dot, qui re­pré­sente 182 vic­times, s’est bat­tu une nou­velle fois pour qu’elles ob­tiennent ré­pa­ra­tion. Rien n’est moins sûr, tant ce dos­sier est par­se­mé de zones d’ombre que la jus­tice n’a ja­mais vrai­ment sem­blé pres­sée d’éclair­cir.

A l’ori­gine, pour­tant, tout sem­blait lim­pide. La so­cié­té fi­nan­cière Luc Terme, crée en 1976 et ré­fé­ren­cée à la Bourse de Pa­ris, avait pi­gnon sur rue. Son ac­ti­vi­té : les pla­ce­ments, no­tam­ment sur le mar­ché mon­dial du sucre. Aux par­ti­cu­liers dé­si­reux de faire fruc­ti­fier leurs éco­no­mies, elle pro­pose alors des ren­de­ments avoi­si­nant par­fois les 30 %. Jus­qu’à l’été 1993, où ce so­lide édi­fice s’ef­fondre comme un châ­teau de cartes. Cette mê­mean­née, la COB, le gen­darme de la Bourse de l’époque, trans­met le dos­sier au par­quet, es­ti­mant que la so­cié­té s’est ren­due cou­pable de dé­tour­ne­ments de fonds. Pa­ral­lè­le­ment, celle- ci est li­qui­dée.

Ra­pi­de­ment consti­tuée, une as­so­cia­tion de vic­times ( ADVST), re­grou- pant alors près de 600 fa­milles, es­time le pré­ju­dice à 426 MF ( 65 M€). Per­sonne ne re­ver­ra ja­mais cette somme, di­la­pi­dée sur les mar­chés fi­nan­ciers. Mais, pour les par­ti­cu­liers floués, le dos­sier n’a rien à voir avec un pla­ce­ment ha­sar­deux.

nLe Cré­dit lyon­nais vi­sé

Deux opé­ra­tions fi­nan­cières réa­li­sées sur le mar­ché de Chi­ca­go, no­tam­ment, at­tisent les soup­çons. A l’été 1993, 10 M$, confiés à un in­ter­mé­diaire an­glais, Suc­den, sont in­ves­tis sur le deutsche mark et le yen, et com­plè­te­ment per­dus. Une dis­pa­ri­tion qui ne doit rien au ha­sard, se­lon Alain Du­theil, le pré­sident de l’ADVST : « On s’est ren­du compte que ces in­ves­tis­se­ments, réa­li­sés de gré à gré, entre deux so­cié­tés en de­hors des mar­chés avaient été faits à perte. »

Pis : au terme des in­ves­ti­ga­tions réa­li­sées à l’époque par la bri­gade fi­nan­cière, il ap­pa­raît que ces fonds per­dus ne l’ont pas été pour tout le monde. Ils ont été ré­cu­pé­rés par la so­cié­té Rouse, une fi­liale du Cré­dit lyon­nais, « créée, puis dé­truite après avoir en­cais­sé le mon­tant de la fraude » , dé­crypte Me Em­ma­nuel Lu­dot.

Au terme de l’ins­truc­tion me­née par le juge Eric Hal­phen, plu­sieurs in­ter­mé­diaires, char­gés de col­lec­ter les fonds des par­ti­cu­liers, avaient été condam­nés en 2001 à des peines mi- nimes. « C’étaient les pe­tites mains, tonne Alain Du­theil. L’ins­truc­tion n’était pas al­lée plus loin, alors que des banques, dont le Cré­dit lyon­nais, étaient im­pli­quées. » Condam­nés cha­cun à ver­ser plu­sieurs mil­lions de francs aux vic­times, ces in­ter­mé­diaires se sont de­puis ren­dus in­sol­vables.

Au­jourd’hui, l’ex- PDG Edgar Luck et sa femme sont dé­cé­dés. Leurs hé­ri­tiers ayant re­fu­sé la suc­ces­sion, ils ne peuvent être pour­sui­vis. Alain Bo­ni­chon, le chef d’or­chestre des pla­ce­ments, est pour sa part « étran­ge­ment tom­bé de son bal­con, au 6e étage » , re­lève Alain Du­theil. Sont donc vi­sés les hé­ri­tiers du com­mis­saire au compte, l’ex­pert- comp­table, la mai­son mère al­le­mande de Luc Terme, mais aus­si le Cré­dit lyon­nais, ain­si que Ba­ker & McKen­zie. Pour les vic­times, le nu­mé­ro un mon­dial des ca­bi­nets d’avo­cats d’af­faires a eu en ef­fet une part de res­pon­sa­bi­li­té en lais­sant croire que Luc Terme était une so­cié­té fiable. A l’époque, Ba­ker & McKen­zie comp­tait par­mi ses plus im­por­tants di­ri­geants l’ex- mi­nistre Ch­ris­tine La­garde. Ha­sard du ca­len­drier, l’ac­tuelle pa­tronne du FMI a été en­ten­due la se­maine der­nière par la Cour de jus­tice de la Ré­pu­blique, dans le cadre du rè­gle­ment du li­tige entre Ber­nard Ta­pie et… le Cré­dit lyon­nais. La jus­tice ren­dra sa dé­ci­sion le 16 mai.

( LP/ Del­phine Gold­sz­te­jn.)

Bourse de Pa­ris ( IIe). A l’époque des faits, la so­cié­té en cause dans ces in­ves­tis­se­ments à perte, Luc Terme, était ré­fé­ren­cée à la Bourse de Pa­ris. Elle pro­po­sait aux par­ti­cu­liers des ren­de­ments proches des 30 %.

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