C’est­le­pa­pe­de­la­té­lé­réa­li­té

John de Mol, le créa­teur de « TheVoice » ( TF 1, 20 h 50), « Loft Sto­ry » , « StarA­ca­de­my » etd’autres émis­sions à suc­cès nous a ac­cor­déu­nen­tre­tien.

Le Parisien (Paris) - - Télévision et médias - Am­Ster­dAm ( pAYS- BAS) De notre envoyée spéciale cHAr­Lotte moreAu

Il est un point de mire au mi­lieu des hommes de l’ombre, le seul pro­duc­teur té­lé dont on connaisse le nom de Mexi­co à Ma­nille. Créa­teur de « The Voice » ( ce soir à 20 h 50 sur TF 1), John de Mol est aus­si ce­lui de « Fear Fac­tor » . En in­ven­tant la té­lé­réa­li­té il y a quinze ans, ce Néer­lan­dais a ré­vo­lu­tion­né le pe­tit écran à lui tout seul. Alors le ren­con­trer, c’est un peu ren­con­trer le pape. Même si c’est dans un confor­table… pré­fa­bri­qué, à quelques en­ca­blures d’Am­ster­dam, sur le tour­nage de sa nou­velle émis­sion, « Uto­pia » .

Quinze pion­niers vi­vant en au­tar­cie pen­dant un an : le concept tient en une ligne, comme une ré­plique qui claque, la si­gna­ture de De Mol. En­fer­mer des jeunes dans un loft, au mi­lieu des ca­mé­ras ( « Big Bro­ther » , ap­pe­lé « Loft Sto­ry » chez nous), confron­ter des ano­nymes à leurs pho­bies ( « Fear Fac­tor » ) ou écou­ter des chan­teurs en leur tour­nant le dos ( « The Voice » ) … « Les meilleures idées s’énoncent briè­ve­ment » , ac­quiesce- t- il en sou­riant.

C’est mon Mick Jagger de la créa­ti­vi­té” Thier­ry La­ch­kar, pro­duc­teur

du « The Voice » fran­çais

A 58 ans, le mul­ti­mil­liar­daire en im­pose avec sa car­rure so­lide et sa trogne d’ac­teur amé­ri­cain. C’est de fa­mille : sa soeur et son fils sont co­mé­diens. « Il a un pe­tit cô­té Ro­bert Red­ford » s’amuse Ben­ja­min Cas­tal­di, pre­mier ani­ma­teur fran­çais à avoir goû­té aux joies de la té­lé fa­çon En­de­mol avec « Loft Sto­ry » . Du loin­tain dé­ri­vé « Se­cret Sto­ry » jus­qu’au pro­chain jeu mu­si­cal de TF 1, « The Win­ner is » , ses for­mats ont ja­lon­né la car­rière de l’ani­ma­teur. « C’est as­sez ras­su­rant, quand on vous pro­pose une émis­sion, de sa­voir que c’est lui qui est der­rière. Il s’est ra­re­ment plan­té… » Ne comp­tez pas pour au­tant sur John

( en haut à droite), de Mol pour vous li­vrer sa re­cette du suc­cès. A ses yeux, c’est même la meilleure fa­çon de faire fausse route. « L’ob­ses­sion des chaînes, c’est de re­faire ce qui marche. Celle des pro­duc­teurs, de faire ce qui n’a ja­mais été fait. Moins on croit à une émis­sion, plus j’ai en­vie d’y al­ler. La té­lé n’est pas une science. »

En vingt ans de car­rière, quelle est sa plus grande fier­té? Jo­hannes Hen­dri­kus Hu­bert de Mol vous ré­pon­dra que c’est l’émis­sion qu’il n’a pas en­core faite. La créa­tion est son seul mo­teur. Ce­lui qui, après avoir bâ­ti l’em­pire fi­nan­cier En­de­mol jus­qu’en 2004, l’a fait re­mettre les mains dans le cam­bouis en lan­çant une nou­velle com­pa­gnie, Tal­pa. « Je n’avais pas mis les pieds dans un stu­dio pen­dant deux ans… alors que di­ri­ger une com­pa­gnie, il y a des tas de gens qui peuvent le faire. Moi, je pré­fère créer des pro­grammes, c’est là que je suis plus utile. » « C’est la seule chose qui le guide, alors qu’il au­rait pu chan­ger vingt fois de vie » , ac­quiesce Thier­ry La­ch­kar, pro­duc­teur de l’adap­ta­tion fran­çaise de « The Voice » . Les deux hommes se connaissent de­puis quinze ans. Lors­qu’il est par­ti prendre la tête de Shine France, c’est avec lui que John de Mol et Tal­pa ont si­gné un contrat d’ex­clu­si­vi­té. « C’est mon Mick Jagger de la créa­ti­vi­té, pour­suit Thier­ry La­ch­kar. Il a une vi­sion sur les choses et les gens. Il est très hol­lan­dais, dans cette fa­çon de ne pas re­cher­cher le com­pro­mis et de vou­loir l’ex­cel­lence, ex­clu­si­ve­ment. »

Au point de dé­dai­gner la concur­rence ? Loin de là. « Je suis ja­loux de tous les concepts qui marchent » , s’amuse John de Mol… avant d’égra­ti­gner tout de même le for­mat is­raé­lien « Ri­sing Star » , fu­tur concur­rent de « The Voice » ache­té par M 6, où les au­di­tions sont me­nées par le pu­blic : « Qu’est- ce que vous faites s’il sé­lec­tionne sys­té­ma­ti­que­ment les can­di­dats… ou les re­cale tous ? Comme par ha­sard, ce­la s’équi­libre tout seul… Ça n’a pas de sens, ou alors il y a un loup. »

Nou­veau ho­chet des chaînes de té­lé, l’in­ter­ac­tion à tous crins ne se­ra pas ce­lui de John de Mol. « Même la jeune gé­né­ra­tion sur­con­nec­tée fi­ni­ra par vieillir, avoir des en­fants et un em­prunt à rem­bour­ser. Et s’ins­tal­ler de­vant sa té­lé après une longue jour­née de tra­vail, en de­man­dant juste à un pro­gramme de la di­ver­tir. Et de pou­voir en par­ler le len­de­main à la ma­chine à ca­fé. C’est quelque chose qui ne chan­ge­ra ja­mais. Et qui fe­ra que, dans vingt ans, la té­lé­vi­sion exis­te­ra en­core. »

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