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Le Parisien (Paris) - - Le Journal de Paris - ALEXANDRE ARLOT

l ne peut pas être ques­tion de pu­bli­ci­té sur un mo­nu­ment aus­si em­blé­ma­tique qui abrite la tombe de Jean Mou­lin et les va­leurs de la Ré­pu­blique » , af­firme Phi­lippe Bé­la­val, pré­sident du Centre des mo­nu­ments na­tio­naux ( CMN). Il n’y au­ra donc pas de pan­neau pu­bli­ci­taire ni de lo­go d’une marque sur le dôme du Pan­théon ( Ve), ac­tuel­le­ment en ré­no­va­tion. Le res­pon­sable du CMN — éta­blis­se­ment pu­blic qui conserve, res­taure et gère près de cent mo­nu­ments na­tio­naux pro­prié­tés de l’Etat — a fait le choix d’une oeuvre dé­co­rée par un ar­tiste contem­po­rain fran­çais, dont l’identité se­ra dé­voi­lée dans quelques jours. Le dra­peau fran­çais flot­te­ra par ailleurs au som­met du fron­ton du mo­nu­ment, cô­té rue Souf­flot. L’Arc de Triomphe ( VIIIe), sous le­quel se trouve la tombe du Sol­dat in­con­nu, ne se cou­vri­ra pas non plus d’une bâche pu­bli­ci­taire, qui au­rait été vi­sible de­puis les Champs- Ely­sées, bien qu’un chantier s’y tienne pour cinq mois.

nUn manque à ga­gner de 1 M€

Cette dé­ci­sion re­pré­sente pour le CMN un manque à ga­gner éva­lué entre 500 000 et 1 M€. De grandes marques de sport et de prêt- à- por­ter étaient pour­tant prêtes à s’ac­quit­ter de cette somme pour faire de la pu­bli­ci­té sur ce mo­nu­ment dé­dié aux grands hommes, et dont le chantier est éva­lué à 19 M€ sur deux ans.

L’ar­ticle 103 du Code du pa­tri­moine au­to­rise de­puis 2007 « la pu­bli­ci­té sur les bâches ins­tal­lées sur les mo­nu­ments his­to­riques lorsque des tra­vaux y sont ef­fec­tués » . Même si elle pos­sède son propre rè­gle­ment lo­cal de pu­bli­ci­té ( RLP), la Ville de Pa­ris n’a pas son mot à dire sur le su­jet. Plu­sieurs mu­sées et grandes ins­ti­tu­tions pu­bliques se sont donc en­gouf­frés dans la brèche. Les bâ­ti­ments pa­tri­mo­niaux en chantier sont en ef­fet de su­perbes sup­ports pu­bli­ci­taires, comme c’est le cas en Ita­lie, no­tam­ment à Ve­nise.

A Pa­ris, l’opé­ra Gar­nier ( Eif­fage, H & M), le mu­sée d’Or­say ( Cha­nel) ou le mu­sée du Louvre ( Bre­guet) ont ac­cep­té d’af­fi­cher de la pu­bli­ci­té pour fi­nan­cer leurs tra­vaux. Les bâches pu­bli­ci­taires ap­po­sées sur la fa­çade de la Mon­naie de Pa­ris re­pré­sentent par exemple trois mil­lions d’eu­ros de re­cettes.

« Le be­soin de res­sources propres ne jus­ti­fie pas que l’on fasse n’im­porte quoi, ajoute Phi­lippe Bé­la­val pour ex­pli­quer son choix. Même si ce n’est pas le cas ac­tuel­le­ment, je n’ex­clus ce­pen­dant pas d’avoir re­cours à des fi­nan­ce­ments pri­vés pour d’autres mo­nu­ments moins sym­bo­liques. » A l’heure où « la ten­dance est in­con­tes­ta­ble­ment à la baisse des sub­ven­tions pu­bliques » , comme le sou­ligne le pré­sident du CMN, la pu­bli­ci­té pri­vée se­rait donc un mal né­ces­saire pour la conser­va­tion des mo­nu­ments his­to­riques. Jus­qu’à de­ve­nir une fa­ta­li­té ?

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