La­moi­tié­des­bars- ta­bacs­gé­rée par­la­com­mu­nau­téa­sia­tique

Se­lon la chambre syn­di­cale des bu­ra­listes, 50 % des ra­chats d’éta­blis­se­ments en ré­gion pa­ri­sienne se font au pro­fit de­pa­trons ori­gi­naires d’Asie. Ex­pli­ca­tions.

Le Parisien (Paris) - - Paris - JU­LIEN DUFFÉ

Ils étaient une poi­gnée au dé­but des an­nées 2000. Quinze ans plus tard, le phénomène a tour­né à la raz­zia. Se­lon la fé­dé­ra­tion des bu­ra­listes d’Ile- de- France, qui se base sur l’édi­tion 2013 de son an­nuaire, 45 % des 3 000 bars- ta­bacs de Pa­ris et sa ré­gion ap­par­tiennent à des Fran­çais ori­gi­naires d’Asie. « Ac­tuel­le­ment, une tran­sac­tion sur deux se fait au sein de cette com­mu­nau­té, confirme son pré­sident Gé­rard Bo­hé­lay. Et il ne s’agit plus seule­ment de Chi­nois mais aus­si de Cam­bod­giens, de Thaï­lan­dais, de Viet­na­miens… » . Ce chiffre était de 25 % en 2005

Les Asia­tiques, nou­veaux Au­ver­gnats de Pa­ris, où l’on dé­nombre 700 ta­bacs ? La com­pa­rai­son n’est pas exa­gé­rée. « Comme eux, ils pra­tiquent la ton­tine ( NDLR : des prêts fa­mi­liaux sans in­té­rêts), sou­ligne Gé­rard Bo­hé­lay. Et au mo­ment où les Bou­gnats par­taient à la re­traite il y a quinze ans, ils ont per­mis de re­mon­ter le mar­ché et de re­haus­ser la va­leur des fonds. De­puis, le bou­cheà- oreille a fonc­tion­né car on peut ga­gner beau­coup d’ar­gent dans le sec­teur. » Der­rière son comp­toir du Cel­tic, bar- ta­bac de la rue de Bel­le­ville ( XIXe) qu’il a ra­che­té il y a dix ans, Pa­trick Huang avance une autre ex­pli­ca­tion. « On n’a pas peur du bou­lot, et dans ce mé­tier, il ne faut pas comp­ter ses heures. J’ouvre le ma­tin à 7 heures et j’ar­rête ra­re­ment de bos­ser avant mi­nuit. Et ça, sept jours sur sept sauf le di­manche, où je ferme un peu plus tôt. » A 44 ans, Pa­trick a d’ailleurs dé­ci­dé de souf­fler. La se­maine pro­chaine, il ven­dra son af­faire… à un com­pa­triote.

A l’image des Bou­gnats, pas­sés du char­bon à la li­mo­nade, les membres de la com­mu­nau­té asia­tique mettent sou­vent en vente une pre­mière af­faire ( un res­tau­rant, un ma­ga­sin de tex­tile) pour s’of­frir un bar- ta­bac, dont le fonds s’éche­lonne de 250 000 € à 1 M€. Dan, d’ori­gine cam­bod­gienne, a ain­si re­ven­du sa plaque de taxi pour s’ins­tal­ler près de Ré­pu­blique ( XIe). Il met en garde contre toute gé­né­ra­li­sa­tion. « Je n’ai pas grand­chose à voir avec un Chi­nois : on ne s’aime pas beau­coup d’ailleurs » , sou­rit- il. Après deux ans der­rière le zinc, Dan ne cache pas une cer­taine dés­illu­sion. « Taxi c’était trop dur, mais le ta­bac ce n’est guère mieux par rap­port à la marge qu’on se fait. »

Le dé­but d’une désaf­fec­tion ? « On constate en ef­fet une baisse d’at­trac­ti­vi­té des bars- ta­bacs mais elle est liée aux in­cer­ti­tudes sur le prix du ta­bac » , ex­plique Cy­rille Gei­ger, pré­sident du sec­teur nord pa­ri­sien de la chambre syn­di­cale.

On n’a pas peur du bou­lot, et dans ce mé­tier, il ne faut pas comp­ter ses heures”

Pa­trick Huang, installé à Bel­le­ville

( LP/ J. D.)

Le Ma­ry­land, rue de la Villette ( XIXe), hier après- mi­di. On compte en­vi­ron 3 000 bars- ta­bacs dans la ca­pi­tale et sa ban­lieue.

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