« Un for­mi­dable es­poir pour 600 000 au­tistes »

Ka­ri­ma Goua­li, ma­man d’un au­tiste sé­vère de6ans, se ré­jouit d’une dé­cou­verte pro­met­teuse de cher­cheurs fran­çais, qui at­té­nue­rait cer­tains troubles. Elle se dit prête à ce que Yo­hann par­ti­cipe àde nou­veaux es­sais.

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MATEUS

« C’est trop beau pour être vrai ! » Ka­ri­ma Goua­li, ma­man de Yo­hann, au­tiste sé­vère de 6 ans, s’ex­cuse presque de sa tor­peur face à l’an­nonce d’une avan­cée ma­jeure dans la re­cherche contre la ma­la­die de son fils. « C’est que je suis épui­sée. Mon fils me prend 100 % de mon temps. » Une équipe de cher­cheurs fran­çais vient de dé­mon­trer qu’un diu­ré­tique peut ré­duire cer­taines ma­ni­fes­ta­tions de ce trouble du dé­ve­lop­pe­ment et du com­por­te­ment qu’est l’au­tisme. « C’est un for­mi­dable es­poir pour les 600 000 per­sonnes tou­chées en France et leurs fa­milles » , ana­lyse cette mère de trois en­fants, vi­vant seule à Blois ( Loir- et- Cher).

Cor­ri­ger des troubles com­por­te­men­taux est dé­jà un très grand pas”

Ka­ri­ma Goua­li, mère de Yo­hann

Qu’ont dé­mon­tré les tra­vaux du pro­fes­seur Ye­hez­kel Ben- Ari, di­rec­teur de re­cherche émé­rite à l’In­serm, et son équipe de l’Ins­ti­tut de neu­ro­bio­lo­gie de la Mé­di­ter­ra­née ( In­med) ? Lors de l’ac­cou­che­ment, si l’hor­mone alors pro­duite, l’ocy­to­cine, ne di­mi­nue pas comme elle est cen­sée le faire, le taux de chlore est trop im­por­tant, d’où un risque de nais­sance d’un en­fant au­tiste. En ef­fet, des ni­veaux de chlore anor­ma­le­ment éle­vés dans les neu­rones du foe­tus pen­dant l’ac­cou­che­ment sont dé­ter­mi­nants dans l’ap­pa­ri­tion de cette pa­tho­lo­gie. Or, la grande nou­veau­té est que ce chlore peut être ré­duit par l’ad­mi­nis­tra­tion d’un diu­ré­tique, comme la bu­mé­ta­nide.

Un ré­sul­tat pro­ve­nant d’une étude sur l’ani­mal va­lide l’uti­li­sa­tion bé­né­fique de ce trai­te­ment tes­té sur une cin­quan­taine d’en­fants au­tistes. Il a per­mis, pour les trois quarts d’entre eux, d’amé­lio­rer leurs ca­pa­ci­tés d’échanges avec l’en­tou­rage. Mais à l’ar­rêt du trai­te­ment, les troubles ré­ap­pa­raissent.

« Certes, on ne parle pas de gué­ri­son, mais cor­ri­ger des troubles com- por­te­men­taux est dé­jà un très grand pas. Je sa­vais que des re­cherches étaient en cours sur ce thème. D’ailleurs, si les cher­cheurs re­crutent d’autres en­fants pour de nou­veaux es­sais, mon fils et moi sommes dis­po­nibles » , in­vite Ka­ri­ma, qui vient de créer l’as­so­cia­tion Vi­vons en­semble l’au­tisme. Un es­sai com­plé­men­taire qui mo­bi­li­se­ra 80 au­tistes est ef­fec­ti­ve­ment en cours et ses ré­sul­tats de­vraient être connus en 2015.

Dis­po­nible, Yo­hann l’est bien mal­gré lui. En guise de sco­la­ri­té, l’en­fant n’a pu ob­te­nir que 45 mi­nutes de classe par se­maine en pe­tite sec­tion de ma­ter­nelle. Le reste du temps, il est gar­dé à la mai­son dans le cadre d’une aide per­son­na­li­sée, em­por­tée de haute lutte après une grève de la faim de Ka­ri­ma en oc­tobre 2013. « Le diag­nos­tic est tom­bé lors­qu’il avait 4 ans, c’est très long. D’au­tant que la pé­do­psy­chiatre avait émis les pre­miers doutes lors­qu’il avait 18 mois. En at­ten­dant, vous ne sa­vez pas de quoi souffre votre en­fant, souffle cette ma­man qui tra­vaille dans une so­cié­té d’as­su­rances. A 3 ans, il a été dé- sco­la­ri­sé au bout de deux se­maines. Il ba­lan­çait les chaises sur les pe­tits, criait, cou­rait par­tout, ne man­geait pas à table. Peut- être qu’un trai­te­ment ne ré­sou­dra pas tout, mais on ne peut pas lais­ser tom­ber ces en­fants- là. »

La Chaus­sée- Saint- Vic­tor ( Loir- et- Cher), le 19 juin 2013. Ka­ri­ma ( au centre), la ma­man de Yo­hann, se fé­li­cite de la dé­cou­verte de cher­cheurs fran­çais qui per­met­trait aux au­tistes d’amé­lio­rer leurs ca­pa­ci­tés d’échanges avec l’en­tou­rage.

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