Sur la piste de Mar­tin Fourcade

JO de Sot­chi/ Bi­ath­lon ( sprint 10km). Au coeur d’une belle his­toire fa­mi­liale, le quin­tuple cham­pion du monde vise dès au­jourd’hui un­pre­mier sacre olym­pique.

Le Parisien (Paris) - - Jeux olympiques d'hiver - FONT- RO­MEU ET LA LLA­GONNE ( PY­RÉ­NÉES- ORIEN­TALES) De nos en­voyés spé­ciaux ÉRIC BRUNA

Dans la neige de Font- Ro­meu, il est as­sez fa­cile de mar­cher sur les traces de Mar­tin Fourcade. Et pour cause. Un cir­cuit du sec­teur de la Calme porte ain­si le nom du bi­ath­lète ca­ta­lan, qui entre en lice pour une pre­mière mé­daille cet après- mi­di ( 15 h 30 fran­çaises) sur le sprint 10 km, l’une des six épreuves à son pro­gramme.

L’image du quin­tuple cham­pion du monde, mé­daillé d’ar­gent à Van­cou­ver 2010, colle en ef­fet à la sta­tion py­ré­néenne. Au grand dam des ha­bi­tants de La Lla­gonne, fief de la fa­mille Fourcade si­tué à por­tée de fu­sil de la « grande soeur » . « C’est dom­mage qu’on ne cé­lèbre pas plus les ex­ploits de Mar­tin ( 25 ans) et de son frère Si­mon ( 29 ans), souffle un voi­sin de­vant le grand ca­li­cot à la gloire des deux frères qui orne les murs de la pe­tite école du village. En même temps, peut- être que leur père a peur qu’on dise qu’il en fait trop. »

nPère… et maire

Mar­cel Fourcade est en ef­fet à la t ête de cette com­mune de 250 âmes. Et c’est sur les sec­teurs de fond des en­vi­rons qu’il a ini­tié Si­mon, puis Mar­tin et leur frère ca­det Brice aux joies du grand air. « On al­lait voir les lacs et se mettre la tête dans le vent et la neige, se sou­vient- il. J’ai tou­jours été at­ti­ré par la mon­tagne et ils se sont re­trou­vés na­tu­rel­le­ment là- de­dans. Les gar­çons ai­maient aus­si le ho­ckey, mais le cô­té sport de caste les a dis­sua­dés. Je n’ai pas connu mon père très long­temps, du coup, j’ai es­sayé de ne pas pha­go­cy­ter mes en­fants. Ils ont peut- être pris ça comme de l’ab­sence ou un re­trait, mais un en­fant a be­soin d’ap­prendre. Je leur ai don­né le goût… » Si­mon puis Mar­tin af­fûtent leurs spa­tules sur le pla­teau du Cap­cir ou le do­maine de la Llose. Et le ben­ja­min lorgne dé­jà sur son aî­né de quatre ans…

nCom­pé­ti­teur né

« Dès qu’il a mar­ché dans les pas de son frère, Mar­tin n’a eu que deux idées : ta­per les autres, puis lui ! » pour­suit Mar­cel. Un ca­rac­tère bien trem­pé culti­vé aus­si à la mai­son. « Quand on jouait, Mar­tin vou­lait tou­jours ce qu’il y avait dans la main de ce­lui d’à cô­té, confie Brice, deux ans de moins. Il avait tou­jours son mot à dire et consi­dé­rait qu’il fal­lait faire à sa ma­nière. Di­sons qu’il était par­fois un peu plus bor­né que nous. J’étais plus proche de Si­mon parce qu’avec la dif­fé­rence d’âge, je ne me sen­tais pas en com­pé­ti­tion avec lui. Mar­tin reste très ci­blé dans son do­maine, il n’aime pas s’aven­tu­rer vers des choses qu’il ne sait pas faire ou qui ne lui amè­ne­ront rien. On a peut- être l’es­prit plus fun que lui. »

Brice échoue­ra fi­na­le­ment à suivre la voie tra­cée par le duo. Il est au­jourd’hui mo­ni­teur de ski... al­pin. « On a quand même de la chance que Si­mon et Mar­tin aient eu quatre ans d’écart, ob­serve Mar­cel. Au moins, ils avaient peu de chance de vrai­ment se ti­rer la bourre pe­tits. Au­tant Mar­tin ad­mi­rait des Ra­phaël Poi­rée ou des Bjoern­da­len, dont il avait les pos­ters, au­tant il n’ad­mi­rait pas Si­mon. Un frère reste un frère. C’était plus un exemple, une fa­çon de voir les choses à ré­pé­ter ou pas. Il y avait une saine ja­lou­sie dans tous les do­maines. Que ce soit en glisse, VTT, etc. C’étaient des chal­lenges en per­ma­nence. »

nLa pro­blé­ma­tique du pré­nom

Der­rière le comp­toir désuet de la ca­fé­té­ria du col­lège- ly­cée cli­ma­tique et spor­tif Pierre- de- Cou­ber­tin de Font- Ro­meu, où les murs sont ta­pis­sés de pho­tos d’ath­lètes pas­sés par la sta­tion, Ch­ris­tine De­pre­to n’a rien ou­blié de ses deux chou­chous : Mar­tin Fourcade et le na­geur Ca­mille La­court, ori­gi­naire de La Ca­ba­nasse, à une di­zaine de ki­lo­mètres de l’éta­blis­se­ment. « Je le connais de­puis sa 6e. Le QG de Mar­tin, c’était der­rière ce comp­toir, sou­rit celle que tout le monde ap­pelle Ca­ca­huète. On par­lait beau­coup et la dif­fé­rence avec son frère était fla­grante. Si­mon avait tou­jours des doutes, il se po­sait des ques­tions exis­ten­tielles. Mar­tin avait dé­jà cette as­su­rance. Quand il pre­nait une dé­ci­sion, il ne re­ve­nait pas des­sus. Il était sûr que c’était la bonne. C’est ce qui lui a per­mis d’avan­cer. Même pour Hé­lène

( NDLR : sa com­pagne), il sa­vait dé­jà… Quand il était en 2de, je le pen­sais plus mo­ti­vé par les études car il avait des am­bi­tions sco­laires. Puis il a pri­vi­lé­gié le sport. »

Après un an d’in­ter­nat à Villardde- Lans pour imi­ter son frère Si­mon dans le loin­tain Ver­cors, Mar­tin re­vient pour­tant en 1re ES dans son fief. Il se met même au triathlon. « Mar­tin a peut- être ap­pris plus confor­ta­ble­ment que Si­mon, mais il fal­lait qu’il se fasse un pré­nom, ex­plique Mar­cel. Ce­la a été sa pro­blé­ma­tique quand il est par­ti dans le Ver­cors. Il n’a pas vou­lu long­temps res­ter le frère de… » En ef­fet.

Kras­naïa Po­lia­na ( Rus­sie), hier. Mé­daillé d’ar­gent à Van­cou­ver en 2010, Mar­tin Fourcade est, à 25 ans, à l’aube d’un pre­mier titre olym­pique.

Com­pé­ti­teur dans l’âme, le bi­ath­lète s’est très tôt lan­cé sur les pistes de fond py­ré­néennes

( en mé­daillon).

( AP et DR.)

( LP/ Olivier Le­jeune.)

Font- Ro­meu ( Py­ré­nées- Orien­tales), le 3 dé­cembre. Brice et Mar­cel, le ben­ja­min et le père de la fra­trie Fourcade, dans le ca­si­no de la sta­tion py­ré­néenne.

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