« Cen’est pas un pacte avec le diable »

Mi­chel Sa­pin, le mi­nistre duT­ra­vail, dé­fend le pac­tede res­pon­sa­bi­li­té en fa­veur des en­tre­prises. Et il re­la­ti­vise le re­cord d’im­po­pu­la­ri­téd e Fran­çois Hol­lande.

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos re­cueillis par CA­THE­RINE GASTÉ

Les mau­vais chiffres du chô­mage di­gé­rés, Mi­chel Sa­pin a fait vo­ter haut la main la ré­forme de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Son cré­dit à une nou­velle fois payé. L’im­per­tur­bable mi­nistre du Tra­vail passe en re­vue une semaine mou­ve­men­tée pour le gou­ver­ne­ment. Bais­ser le coût du tra­vail et faire confiance aux en­tre­prises avec le fu­tur pacte de res­pon­sa­bi­li­té. Cette nou­velle re­li­gion du gou­ver­ne­ment ne dé­bous­sole- t- elle pas une bonne par­tie de la gauche ? MI­CHEL SA­PIN. Je ne crois pas. Ce­la peut dé­bous­so­ler cer­tains idéo­logues qui croient que la ri­chesse se crée en re­gar­dant tom­ber la pluie du ciel. Mais ce­la ne dé­bous­sole ab­so­lu­ment pas le sa­la­rié et le syn­di­ca­liste. Que fait le syn­di­ca­liste ? Il dé­fend son en­tre­prise. Il sait que c’est au sein de l’en­tre­prise qu’on va pou­voir créer une ri­chesse sup­plé­men­taire et ain­si lui per­mettre d’avoir un em­ploi et une ré­mu­né­ra­tion. Je sais que la France adhère à cette idée se­lon la­quelle c’est en s’ap­puyant sur son tis­su pro­duc­tif, PME et grandes en­tre­prises mais aus­si les com­merces, les ar­ti­sans et les TPE, qu’on peut créer de l’em­ploi et faire re­cu­ler le chô­mage. Et je ne pense ab­so­lu­ment pas que la gauche se sente en op­po­si­tion avec ce qu’on ap­pelle dans un jar­gon in­com­pré­hen­sible la po­li­tique de l’offre. A condi­tion d’ex­pli­quer les ef­forts né­ces­saires et qu’il y ait des contre­par­ties sur la table, à condi­tion de ne pas confondre l’en­tre­prise avec le seul pa­tron ou les seuls ac­tion­naires, à condi­tion que la re­dis­tri­bu­tion des ri­chesses pro­duites soit juste ! Quitte à « pas­ser un pacte avec le Me­def » , comme l’af­firme le pa­tron de la CGT ? Ce n’est pas aux pa­trons que l’on fait un cadeau mais aux en­tre­prises à qui l’on donne les moyens de créer des em­plois. Thier­ry Le­paon fait son tra­vail de syn­di­ca­liste. Je ne le cri­tique pas. Mais je pense qu’il fait une er­reur d’ap­pré­cia­tion et même d’ex­pres­sion. Ce n’est pas un pacte avec le diable. L’en­tre­prise est une com­mu­nau­té hu­maine dans la­quelle il y a, avant toute chose, des tra­vailleurs et des sa­la­riés. Il y a dans l’en­tre­prise des in­té­rêts dif­fé­rents qui, à un mo­ment don­né, peuvent conver­ger dans un com­pro­mis ga­gnant- ga­gnant : c’est ce­la le dia­logue so­cial. Ça n’ef­face pas le conflit, ça per­met de le dé­pas­ser. Et c’est de ce­la dont nous avons be­soin au­jourd’hui.

En termes d’em­ploi, il faut que les en­ga­ge­ments soient réels, me­su­rables et vé­ri­fiables”

Avec ce pacte, le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’em­ploi ( CICE) se­ra- t- il main­te­nu ? La ques­tion est sur la table. Je me ré­jouis d’ailleurs que ce CICE que cer­tains cri­ti­quaient semble pro­vo- quer au­jourd’hui une adhé­sion qua­si amou­reuse. C’est main­te­nant que tous en voient les avan­tages réels. Quel que soit le mé­ca­nisme re­te­nu, la vo­lon­té du pré­sident de la Ré­pu­blique, c’est qu’au to­tal, CICE main­te­nu ou pas, la di­mi­nu­tion pro­gres­sive du poids des pré­lè­ve­ments sur le tra­vail re­pré­sente de l’ordre de 30 Mds€. L’équi­valent de ce que coûtent aux en­tre­prises, les co­ti­sa­tions dites fa­mille ( NDLR : celles qui fi­nancent no­tam­ment les al­lo­ca­tions fa­mi­liales). C’est sans pré­cé­dent. Le pré­sident de la Ré­pu­blique a dit que ce pacte de­vait être éta­bli le plus ra­pi­de­ment pos­sible. L’ho­ri­zon, c’est ce­lui du prin­temps, entre mars et juin. Quelles contre­par­ties en termes d’em­ploi at­ten­dez- vous ? Don­ner un chiffre glo­bal — mé­thode d’ailleurs uti­li­sée par le Me­def — semble spec­ta­cu­laire mais est peu opé­ra­tion­nel. Les mêmes qui por- taient un mil­lion d’em­plois comme pin’s à la bou­ton­nière ( NDLR : Pierre Gat­taz) nous disent au­jourd’hui que ce n’est pas pos­sible. Il faut choi­sir. On af­fiche ou on fait ? Moi, je pense qu’il faut moins af­fi­cher mais faire plus, et re­gar­der plu­sieurs di­men­sions et pas une seule. Dans cer­tains sec­teurs, l’enjeu, c’est d’évi­ter des des­truc­tions d’em­plois. Dans d’autres, d’en créer le plus pos­sible. Il faut que les en­ga­ge­ments soient réels, me­su­rables et vé­ri­fiables. Le Pre­mier mi­nistre a sou­hai­té que les par­te­naires so­ciaux se ren­contrent pour en dis­cu­ter entre eux. Cette semaine, la gauche a re­cu­lé sur la loi fa­mille. Fal­lait- il cé­der aux ma­ni­fes­tants ? La France af­fronte une pé­riode dif­fi­cile. La so­cié­té est tra­ver­sée par des contra­dic­tions. Le gou­ver­ne­ment doit res­pec­ter les convic­tions des uns et des autres, que cha­cun est libre d’ex­pri­mer. Je ne parle pas de ceux qui ne res­pectent pas les prin­cipes ré­pu­bli­cains. L’an­ti­sé­mi­tisme, ce n’est pas une convic­tion, c’est un dé­lit, le ra­cisme aus­si. Et quand le dé­bat est exa­cer­bé, que cer­tains l’uti­lisent pour pro­pa­ger des men­songes et des ru­meurs nau­séa­bondes, comme celles qui ont pous­sé à re­ti­rer les en­fants des écoles, c’est scan­da­leux. Donc, il faut faire très at­ten­tion. Sor­tons du fan­tasme. Que cha­cun re­trouve ses es­prits. Le dé­bat re­pren­dra après. Mais ce n’est en rien un re­cul. Ch­ris­tiane Tau­bi­ra est ac­cu­sée d’avoir vou­lu évin­cer le pro­cu­reur gé­né­ral de Pa­ris, alors qu’elle a tou­jours van­té l’in­dé­pen­dance de la jus­tice… Je vois que les or­fèvres dans la mise en cause de l’in­dé­pen­dance de la jus­tice de­puis dix ans vou­draient cher­cher des noises à la garde des Sceaux, qui est par­ti­cu­liè­re­ment vi­gi­lante sur cette ques­tion. Là en­core, pur fan­tasme : at­ten­tion à la dés­in­for­ma­tion ! Fran­çois Hol­lande peut- il conti­nuer à gou­ver­ner avec une cote de po­pu­la­ri­té des­cen­due à 19 % des voix dans les son­dages ? Mais il ne s’agit pas de voix, pré­ci­sé­ment, ni d’élec­tion. Celles- ci ont eu lieu, avec le ré­sul­tat que vous connais­sez. Tous les gou­ver­ne­ments de n’im­porte quel pays d’Eu­rope se trouvent du point de vue de la po­pu­la­ri­té dans une si­tua­tion dif­fi­cile. Mais on ne gou­verne pas aveu­glé par les son­dages de po­pu­la­ri­té. Ce­la peut- il ex­pli­quer ce vi­rage à droite que cer­tains dé­noncent ? Mais quel vi­rage à droite ? Il n’est ab­so­lu­ment pas ques­tion de re­nier nos prin­cipes, nos va­leurs, nos ob­jec­tifs. La mise en oeuvre né­ces­site du prag­ma­tisme, une ges­tion du temps aus­si, avec par­fois des temps morts, comme au bas­ket, pour re­grou­per ses forces avant de re­prendre un dis­po­si­tif of­fen­sif. C’est ce que nous fai­sons. La gauche, en s’ap­puyant sur ses va­leurs, doit mettre en oeuvre des po­li­tiques justes et ef­fi­caces. Ce­lui qui pré­fère faire des mou­li­nets dans le vide n’a qu’à res­ter éter­nel­le­ment dans l’op­po­si­tion.

Pa­ris, hier. « Il n’est ab­so­lu­ment pas ques­tion de re­nier nos prin­cipes, nos va­leurs, nos ob­jec­tifs » , as­sure Mi­chel Sa­pin.

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