Il com­mer­cia­lise les den­rées in­ven­dables des su­per­mar­chés

Xa­vier Cor­val a créé une plate- for­me­pour­mettre en relation des dis­tri­bu­teurs ne sa­chant que faire de leurs pro­duits pé­ri­més mais en­core consom­mables etdes as­so­cia­tions, ou­mê­medes… zoos.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BÉRANGÈRE LE­PE­TIT

Il est le bien­fai­teur des pro­duits mal- ai­més de la grande dis­tri­bu­tion qui fi­nissent broyés, ja­vel­li­sés, in­ci­né­rés, car dé­fraî­chis ou in­ven­dables en rai­son de dates li­mites de consom­ma­tion trop courtes ou dé­pas­sées. A voir Xa­vier Cor­val, jeune en­tre­pre­neur pa­ri­sien frin­guant de 37 ans, dif­fi­cile de sai­sir au pre­mier coup d’oeil que l’homme passe ses jour­nées à traî­ner du cô­té des bennes des hy­per­mar­chés de ban­lieue. L’an­cien élève de Sciences- po Pa­ris, membre du Mou­ve­ment des en­tre­pre­neurs so­ciaux, a lan­cé fin 2012 sa start- up, la plate- forme en ligne Eqos­phere dont l’ob­jec­tif est de re­va­lo­ri­ser les sur­plus ali­men­taires.

« Par­fois, on nous sur­nomme le Mee­tic des dé­chets » , sou­rit Xa­vier Cor­val. Et pour cause. Eqos­phere et sa pe­tite di­zaine de sa­la­riés sert de site de ren­contre aux hy­per­mar­chés en quête d’as­so­cia­tions, zoos et dé­sto­ckeurs, tous friands de ré­cu­pé­rer les tonnes de mar­chan­dises — ali­men­taires et non- ali­men­taires — dont doivent se dé­bar­ras­ser les grandes sur­faces.

nLa viande un peu dé­pas­sée d’Au­chan ali­mente les fauves

A l’ori­gine de cette idée, un trau­ma­tisme d’étu­diant. Celle du jeune Xa­vier, bar­man lors de sor­ties ar­ro­sées, contraint de je­ter, au terme de la soi­rée, des ki­los de fruits et de sand­wichs… qu’il pré­fé­rait dis­tri­buer aux SDF en fai­sant une « tour­née » sur son scoo­ter dans la nuit pa­ri­sienne.

Deux dé­cen­nies plus tard, une di­zaine d’hy­per­mar­chés fran­ci­liens, d’en­seignes Au­chan, Car­re­four et Le­clerc ont choi­si de jouer le jeu en confiant leurs in­ven­dus à Eqos­phere. Une opé­ra­tion ga­gnant- ga­gnant puisque les hy­pers s’épargnent ain­si le coût de des­truc­tion des pro­duits et bé­né­fi­cient de cré­dits d’im­pôt. C’est ain­si que la viande un peu dé­pas­sée d’Au­chan se re­trouve à ser­vir de re­pas aux fauves du Parc des fé­lins ( Lu­mi­gny- Nesles- Or­meaux en Seine- et- Marne) ou que les lé­gumes de Le­clerc servent à cui­si­ner des soupes fraîches dis­tri­buées chaque soir d’hi­ver aux SDF de la porte de la Villette ( Pa­ris XIXe).

« Il n’y a sur­tout pas les mé­chants d’un cô­té et les gen­tils de l’autre, sou­tient Xa­vier Cor­val. L’es­sen­tiel est de ne pas culpa­bi­li­ser la grande dis­tri­bu­tion, elle- même contrainte par les dates li­mites de consom­ma­tion, fixées par les in­dus­triels. Les grandes sur­faces ne peuvent pas ne pas je­ter si elles res­pectent la législation. » Au ma­ga­sin Au­chan du Krem­lin- Bi­cêtre, dans le Val- de- Marne, l’un des fers de lance du pro­jet, mois après mois, ce sont en­vi­ron 30 % de pro­duits sup­plé­men­taires qui sont ré­cu- pé­rés. Du cô­té des as­so­cia­tions, on ap­plau­dit aus­si des deux mains. « On ré­cu­père les pro­duits qu’on trans­porte un peu par­tout dans des caisses iso­thermes dans nos ca­mions. Très peu de pois­son, car ça ne sup­porte pas les dif­fé­rences de tem­pé­ra­tures. Mais si­non, à peu près tout, mê­meles sa­lades aux feuilles un peu dé­fraî- chies » , dé­taille Guy Sob­bel, bé­né­vole de l’as­so­cia­tion la Chor­ba, dans le XIIe ar­ron­dis­se­ment.

nUn pro­jet à Mar­seille

En juin, même le très chic trai­teur Po­tel et Cha­bot, four­nis­seur of­fi­ciel des loges de Ro­land- Gar­ros, s’est lais­sé convaincre. Il re­dis­tri­bue les pains qui ne sont pas consom­més. Stric­te­ment fran­ci­lien pour l’ins­tant, Eqos­phere lorgne sur la ville de Mar­seille où une an­tenne pour­rait s’im­plan­ter bien­tôt, mais aus­si sur le Stade de France avec ses 50 bu­vettes qui jettent après chaque évé­ne­ment des « cen­taines et des cen­taines » de sand­wichs et de piz­zas.

( LP/ Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Pa­ris, le 27 jan­vier. Xa­vier Cor­val va­lo­rise les pro­duits qui, sans sa so­cié­té Eqos­phere, se­raient dé­truits par les su­per­mar­chés qui ont re­cours à ses ser­vices. Ces der­niers bé­né­fi­cient de sur­croît d’un cré­dit d’im­pôt.

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