Coups­de­fou­dreau­som­met

Le Parisien (Paris) - - Mon dimanche - C. D. S.

La France ne s’est pas bâ­tie que sur des guerres et des ré­vo­lu­tions. Elle s’est aus­si « fa­çon­née dans un ver­tige de bai­sers, d’étreintes en­fié­vrées, de­sen­ti­ments exa­cer­bés et de­dé­li­cates at­ten­tions » , écrit l’au­teur Ga­vin’s Cle­mente- Ruiz. Dans son livre qui pa­raît de­main*, il in­vite à une ba­lade dans le temps pour com­prendre — comme avec ces trois exemples — que les plus belles pages de notre his­toire sont par­fois le fruit de conquêtes amou­reuses. L’amour, c’est di­vin… Clo­tilde et Clo­vis. Le 25 dé­cembre 496, en ce jour de cé­lé­bra­tion de la nais­sance de Jé­susCh­rist, le roi des Francs est bap­ti­sé dans la ca­thé­drale de Reims, comme 3 000 de ses sol­dats qui re­noncent eux aus­si au pa­ga­nisme. Clo­vis vient de chan­ger pour tou­jours le vi­sage de la France en épou­sant la re­li­gion chré- tienne… sur l’in­sis­tance de sa femme, Clo­tilde. Elle se sent in­ves­tie d’une mis­sion : confier son ma­ri aux bons soins de Dieu, pre­mière étape de la chris­tia­ni­sa­tion des royaumes bar­bares du pays. Clo­vis vouait à sa belle « una­mou­ré­per­du » , re­late l’au­teur, au point qu’il « re­fu­sa de prendre une se­conde épouse ou une concu­bine » pour nouer de nou­velles al­liances. L’amour, c’est mor­tel… Hen­ri IV et Ga­brielle. La ré­pu­ta­tion du Vert Ga­lant n’est plus à faire. Vé­ri­table coeur d’ar­ti­chaut, il pa­pillonne d’amours en amours ( 62 maî­tresses au ta­bleau de chasse royal !). Lors d’une vi­site chez An­toine d’Es­trées, maître d’ar­tille­rie, vers 1590, le sou­ve­rain tombe sous le charme de sa fille, Ga­brielle. Mais la belle de 19 ans re­pousse les avances de ce roi qu’elle juge… re­pous­sant. Et c’est vrai qu’il pue ! Elle fi­nit par cé­der quelques mois plus tard. En 1599, ils ont dé­jà trois en­fants et doivent se ma­rier. Mais son in­fluence de­vient telle que la cour grince des dents. Quelques jours avant la noce, elle suc­combe, peut- être par empoisonnement ( cer­tains y voient la main des re­dou­tables Mé­di­cis) comme le sug­gé­re­ra l’au­top­sie. Le roi, lui, res­te­ra in­con­so­lable… quelques se­maines, le temps de je­ter son dé­vo­lu sur Hen­riette d’En­tragues. L’amour, c’est tra­gique… Mar­gue­rite et le gé­né­ral Bou­lan­ger. Au prin­temps 1887, Georges Bou­lan­ger, mi­nistre de la guerre, est adu­lé par une par­tie du pays qui loue son bel­li­cisme an­ti- prus­sien… Mais, chez lui, c’est moins la fête : son mé­nage avec sa cou­sine Lu­cie bat de l’aile. Lors d’un dî­ner, le quin­qua­gé­naire ren­contre Mar­gue­rite de Bon­ne­mains, ri­chis­sime or­phe­line ma­riée à un vieux vi­comte. Georges tombe en ar­rêt de­vant cette jeune femme de 28 ans, ron­de­lette et écla­tante de fraî­cheur. Ils se donnent ren­dez­vous le len­de­main et c’est l’amour fou. La po­pu­la­ri­té du­gé­né­ral— de­ve­nu dé­pu­té — est telle que ses par­ti­sans le ré­clament à l’Ely­sée. Lui hé­site : il est si bien dans les bras de sa douce. A la suite d’une ma­noeuvre po­li­tique, il fuit avec Mar­gue­rite à Bruxelles. At­teinte de tu­ber­cu­lose, elle meurt le 16 juillet 1891. L’éplo­ré se sui­cide sur sa tombe le 30 sep­tembre, après avoir de­man­dé que soient gra­vés ces mots sur la stèle : « Ai- je bien pu vivre deux mois et de­mi sans toi ? » * « Les Coups de foudre qui ont fait la France » , de Ga­vin’s Cle­mente Ruiz, Editions la Li­brai­rie Vui­bert, 14,90 €.

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