Cinq atouts d’un jeu ga­gnant

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - R. B.

Les belles réus­sites de l’ani­ma­tion hexa­go­nale ne sont pas le fruit du ha­sard. 1 France, terre des arts…

« France terre des arts, des armes et des lois » , écri­vait dé­jà le poète Joa­chim Du Bel­lay en 1558. « Il y a une tra­di­tion fran­çaise d’ex­cel­lence dans les do­maines pic­tu­raux et gra­phiques de­puis la Re­nais­sance, ana­lyse Pa­trick Eve­no,

l e di­rec­teur du Fes­ti­val­du film d’ani­ma­tion d’An­ne­cy. Notre pays peut s’en­or­gueillir d’en­sei­gner l’art à tra­vers de pres­ti­gieuses écoles spé­cia­li­sées de­puis le XVIIe siècle. » C’est éga­le­ment sur notre sol que sont nés As­té­rix et Lu­cky Luke. Le des­sin dans les gènes…

2 Une tra­di­tion de l’ani­ma­tion

Mi­chel Ocelot, le pa­pa de « Ki­ri­kou » , ou Gré­goire So­lo­ta­reff, ce­lui de « Lou­lou » , ne sont pas des pion­niers. Bien avant eux, des au­teurs avaient an­cré la France dans une tra­di­tion de l’ani­ma­tion. A l’image de Paul Gri­mault, qui ima­gi­na « le Roi et l’Oiseau » avec Jacques Pré­vert dès 1946, ou Re­né La­loux, qui conçut en 1973 avec Ro­land To­por « la Pla­nète sau­vage » . « Les maîtres de cette époque sont re­con­nus dans le monde en­tier » , as­sure Pa­trick Eve­no. Une preuve : le géant de l’ani­ma­tion ja­po­naise, Hayao Miya­za­ki, a maintes fois dé­cla­ré que « le Roi et l’Oiseau » était son des­sin ani­mé fa­vo­ri. Dans les an­nées 1980, d’autres réa­li­sa­teurs, comme Jacques Ré­my Gi­rerd ( « la Pro­phé­tie des gre­nouilles » ) ou Jean- Fran­çois La­guio­nie, ont créé des stu­dios et per­pé­tué cette tra­di­tion.

3 Des écoles ré­pu­tées

« Si les Fran­çais ont cette énorme culture de l’ani­ma­tion, c’est en grande par­tie grâce à leurs in­croyables écoles » , es­time Ch­ris Me­le­dan­dri, pa­tron du stu­dio Illu­mi­na­tion, qui a pro­duit les « Moi, moche et mé­chant » et ra­che­té le stu­dio pa­ri­sien Mac Guff, où ses films sont fa­bri­qués… par des Fran­çais. Par­mi cette di­zaine d’écoles d’ani­ma­tion très poin­tues, on peut ci­ter Su­pin­fo­com à Va­len­ciennes ( Nord), les Go­be­lins à Pa­ris ou la Pou­drière, fon­dée par Jacques- Ré­my Gi­rerd, à Va­lence ( Drôme).

4 Un Etat pro­vi­dence

Comme tous les films, le ci­né­ma d’ani­ma­tion bé­né­fi­cie de la po­li­tique fran­çaise d’ex­cep­tion cultu­relle. Sou­tien du CNC ( le Centre na­tio­nal du ci­né­ma et de l’image ani­mée), avance sur re­cettes, obli­ga­tion d’in­ves­tis­se­ment im­po­sée aux chaînes

de té­lé, cré­dit d’im­pôt… Au­tant de me­sures qui aident les pro­duc­teurs à fi­nan­cer leurs pro­jets. C’est aus­si pour cette rai­son que la France est, de loin, le pre­mier pro­duc­teur eu­ro­péen de films d’ani­ma­tion.

5 Une ou­ver­ture au monde

« Ex­por­ter nos films tout en re­lo­ca­li­sant la fa­bri­ca­tion en France, c’est notre leit­mo­tiv » , ré­sume Phi­lippe De­la­rue, PDG de Fu­tu­ri­kon et pro­duc­teur de « Mi­nus­cule » . « C’est une né­ces­si­té, ajoute Pa­trick Eve­no. Dé­sor­mais, rares sont les films qui se fi­nancent à 100% sur notre seul ter­ri­toire. Il est donc cru­cial de mon­trer qu’on est bons hors de nos fron­tières. » Du coup, tous les films fran­çais d’ani­ma­tion sont ven­dus dans 20, 50, voire 70 pays. Mais ce­la va plus loin : c’est chez nous que se ras­semble chaque an­née la pla­nète ani­ma­tion, grâce au fes­ti­val d’An­ne­cy, dou­blé d’un mar­ché du film où se re­trouvent pro­duc­teurs, réa­li­sa­teurs, dis­tri­bu­teurs, tech­ni­ciens et étu­diants de tous les pays. A sa créa­tion, en 1960, le fes­ti­val ac­cueillait 200 per­sonnes. « En 2013 nous avons re­çu 7 100 ac­cré­di­tés et le mar­ché a dou­blé en dix ans » , se ré­jouit Pa­trick Eve­no.

Ca­nal.) ( Stu­dio Lu­cky Luke, le cow- boy qui tire plus vite que son ombre, les ir­ré­sis­tibles Mi­nions de « Moi, moche et mé­chant » ou en­core les per­son­nages tou­chants du « Roi et l’Oiseau » , ré­cem­ment res­tau­ré, ont concou­ru au suc­cès de l’ani­ma­tion fran­çaise

à tra­vers le monde.

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