Les garde- côtes, sus­pects nu­mé­ro1

Le Parisien (Paris) - - Société - V. MD.

Il est des faits trou­blants re­cen­sés dans « l’Oiseau blanc : l’En­quête vé­ri­té » qui donnent du grain à moudre à la thèse d’un mi­traillage par les garde- côtes amé­ri­cains confon­dant, en ces temps de pro­hi­bi­tion, l’avion de Nun­ges­ser et Co­li avec ce­lui de tra­fi­quants. Pas de preuves ir­ré­fu­tables mais un fais­ceau d’in­dices. « Les Amé­ri­cains, à l’époque, étaient des achar­nés. Pour eux, les ha­bi­tants de l’ar­chi­pel comme les boot­leg­gers, c’était le caillou dans la chaus­sure » , es­time Ka­rine Clai­reaux, sé­na­trice et maire ( PS) de Saint- Pierre.

Les tirs du « Mo­doc »

Le 9 mai au ma­tin, le pa­trouilleur amé­ri­cain « Mo­doc » , chas­seur de contre­ban­diers, na­vi­guait non loin de Saint- Pierre- et- Mi­que­lon, à la pointe sud de Terre- Neuve. Or le ca­non aé­rien de ce ba­teau a ser­vi ce jour- là lors d’exer­cices de tirs, comme le sti­pule une re­trans­crip­tion du livre de bord où ap­pa­raît le mot « fire » . Il est fort pro­bable que Nun­ges­ser et Co­li aient sur­vo­lé le cut­ter de 73 m. Un cer­tain Da­ley, ré­si­dant non loin de là, au­rait aper­çu un avion blanc lais­sant une traî­née blanche der­rière lui, peut- être de la va­peur d’eau se dé­ga­geant des deux radiateurs à la suite d’une ra­fale.

Les se­crets de Mar­cel Jul­lian

Au dé­but des an­nées 2000, l’écri­vain et créa­teur de la chaîne An­tenne 2, Mar­cel Jul­lian, le meilleur des bio­graphes de Charles Nun­ges­ser, a fait une confi­dence ex­plo­sive à la nièce du pi­lote ( lire ci- contre), Ge­ne­viève de Mar­cy. Lors d’une conver­sa­tion té­lé­pho­nique en­re­gis­trée, Jul­lian, dé­cé­dé en 2004, a évo­qué la thèse du mi­traillage par un avion amé­ri­cain. Un scé­na­rio que lui a ré­vé­lé, peu avant de mou­rir, en 1973, Charles Ples­six, com­man­dant de goélette ori­gi­naire de Gran­ville ( Manche), pré­sent à Saint- Pierre- et- Mi­que­lon au mo­ment du crash de l’Oiseau blanc. Il se trou­vait à bord de « l’Ar­mis­tice » , une goélette char­gée de caisses d’al­cool. « L’avion qui, se­lon lui ( NDLR : Charles Ples­six), a abat­tu l’Oiseau blanc était un avion garde- côte amé­ri­cain qui a cru que c’était des gens qui fuyaient, qui fai­saient de la contre­bande. C’était très clair » , a- t- il ain­si dé­voi­lé à Ge­ne­viève de Mar­cy, comme on peut l’en­tendre sur la cas­sette pré­cieu­se­ment conser­vée.

Les dis­pa­ri­tions in­quié­tantes de dé­bris

Lors de ses re­cherches dans les ar­chives of­fi­cielles du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain à Washington, Ber­nard De­cré, pré­sident de l’as­so­cia­tion la Recherche de l’Oiseau blanc, a dé­cou­vert que les cor­res­pon­dances des garde- côtes pour les an­nées 1927 et 1928 avaient dis­pa­ru. A Saint- Pierre- et- Mi­que­lon, ce sont les do­cu­ments of­fi­ciels du gou­ver­neur qui font dé­faut pour l’an­née 1927. Les mor­ceaux d’avion cor­res­pon­dant « sans doute » aux ailes de l’Oiseau blanc, re­pê­chés le 18 août 1927 au sud de Bos­ton par les garde- côtes amé­ri­cains, se sont éga­le­ment vo­la­ti­li­sés. Même sort pour des dé­bris de car­lingue re­trou­vés dé­but 1928 sur les ri­vages de Saint- Pierre- et- Mi­que­lon par des mo­ru­tiers. Le gou­ver­neur de l’ar­chi­pel les a en­voyés pour ex­per­tise aux au­to­ri­tés amé­ri­caines, qui n’ont ja­mais com­mu­ni­qué leurs conclu­sions. Et la trace de ces restes in­es­ti­mables a elle aus­si été per­due.

Une pré­sence dé­me­su­rée de coast­guards

Une bonne di­zaine de na­vires amé­ri­cains ont je­té l’ancre au large du confet­ti fran­çais lors de l’été et de l’au­tomne 1927. Il est rai­son­nable de pen­ser qu’ils étaient d’abord là pour guet­ter les tra­fi­quants d’al­cool. Certes, mais un simple in­di­ca­teur amé­ri­cain, ba­sé sur les quais à Saint- Pierre, était ca­pable mieux qu’en mer et dans le brouillard d’ef­fec­tuer un re­le­vé pré­cis des ba­teaux ef­fec­tuant de la contre­bande. Et si les Amé­ri­cains, s’étant vite aper­çus de leur er­reur, avaient mouillé là pour ré­cu­pé­rer des mor­ceaux du bi­plan ? Du­rant l’été 1927, le ca­pi­taine de pêche Ol­li­vier a si­gna­lé au gou­ver­neur de l’ar­chi­pel la pré­sence in­tri­gante d’une « bouée sur­mon­tée d’une flamme rouge » flot­tant au large de SaintPierre. Quel in­té­rêt les Amé­ri­cains avaient- ils à mar­quer ain­si l’océan ? On n’a ja­mais vu de bouée ser­vant à épier les boot­leg­gers ! Il pour­rait s’agir, en fait, de la lo­ca­li­sa­tion de l’amer­ris­sage fa­tal, la zone où les Amé­ri­cains ont me­né des re­cherches pour re­cueillir en ca­ti­mi­ni l’épave de Nun­ges­ser et Co­li. Et s’épar­gner ain­si un scan­dale pla­né­taire.

( US Coast­guards.)

En pleine pé­riode de pro­hi­bi­tion, les garde- côtes amé­ri­cains ont dans le vi­seur les ba­teaux ou avions des tra­fi­quants d’al­cool.

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