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Le Parisien (Paris) - - Politique - OLIVIER BEAUMONT

ous voyez, c’est là. Là que j’ai gran­di! » Ro­bert Mé­nard s’ar­rête net en poin­tant du doigt un im­meuble de quatre étages si­tué en plein coeur du quar­tier po­pu­laire de la De­vèze. En­tou­ré de sa pe­tite équipe, le can­di­dat à la mai­rie de Bé­ziers ( Hé­rault) bat ce ma­tin- là cam­pagne sur les terres de sa jeu­nesse. Et c’est jour de mar­ché ! Alors pas ques­tion de ra­ter ce ren­dez- vous qui voit dé­fi­ler chaque sa­me­di « entre 4 000 et 5 000 per­sonnes » .

« Bonjour, je m’ap­pelle Ro­bert Mé­nard, je suis can­di­dat à l’élec­tion mu­ni­ci­pale à Bé­ziers » , in­ter­pelle- t- il in­las­sa­ble­ment au mi­lieu des étals. Le fon­da­teur de Re­por­ters sans fron­tières, qui a quit­té la pré­si­dence de l’as­so­cia­tion en 2008 pour de­ve­nir po­lé­miste sur une chaîne in­fo, jouit pa­ra­doxa­le­ment d’une no­to­rié­té toute re­la­tive. « C’est qui ? Il me dit quelque chose » , de­mande Dja­mi­la en ac­cep­tant le tract pro­po­sé par Mé­nard, qui tend la feuille et pour­suit son che­min. « Ah oui, c’est le FN! » re­prend sa co­pine Laë­ti­tia, qui chif­fonne aus­si­tôt le do­cu­ment et le jette à terre. L’in­té­res­sé n’a rien vu. Et quand bien même, il s’en fiche : « Je conduis une liste sans éti­quette. Je ne suis pas au Front na­tio­nal et je ne vote pas Front na­tio­nal. Mais je suis fier qu’il me sou­tienne. C’est même un hon­neur ! » lâche- t- il quel- ques mètres plus loin, tout en af­fir­mant que « le FN a beau­coup de cou­rage de sou­te­nir quel­qu’un qui n’est pas de son par­ti » .

Dans cette cam­pagne, l’au­teur de « Vive Le Pen ! » en 2011, sou­te­nu éga­le­ment par des mou­ve­ments sou­ve­rai­nistes ( De­bout la Ré­pu­blique de Ni­co­las Du­pont- Ai­gnan ou le Ras­sem­ble­ment pour la France de Ch­ris­tian Van­neste), ne s’em­bar­rasse pas du qu’en- di­ra- t- on. « Avec Ma­rine Le Pen, on est d’ac­cord à 80 %! » ré­pète- t- il, tout en pre­nant ses dis­tances sur le rejet de l’Eu­rope prô­né par la pré­si­dente du FN, « et aus­si son dis­cours pro- Pou­tine » .

Avec Ma­rine Le Pen, on est d’ac­cord à 80 % !”

Ro­bert Mé­nard

Mais, sur le ter­rain, il re­prend les mêmes for­mules an­ti­sys­tème. « Moi, je ne suis d’au­cun par­ti, et je ne bé­né­fi­cie d’ailleurs d’au­cun ap­pui fi­nan­cier » , re­ven­dique- t- il, as­su­rant faire cam­pagne avec un bud­get « ser­ré de 40 000 €, rien qu’avec des dons » . Et il charge sans com­plexes l’équipe UMP sor­tante. « Ce­la fait dix- huit ans qu’ils tiennent les com­mandes de la ville, et re­gar­dez dans quel état ils l’ont mise » , s’em­porte- t- il, dé­non­çant les « com­merces qui ferment les uns après les autres, le chô­mage à 16,4 % et 33 % des ha­bi­tants qui vivent en des­sous du seuil de pau­vre­té » . « Ici, c’est la droite la plus c… que je connaisse » , en­fonce Mé­nard, per­sua­dé d’ar­ri­ver en tête au pre­mier tour.

A Bé­ziers, le maire sor­tant, Ray­mond Cou­derc, a lais­sé l’in­ves­ti- ture au dé­pu­té UMP Elie Aboud. A gauche, la liste est conduite par Jean- Mi­chel Du Plaa. En no­vembre der­nier, Mé­nard avait créé la sur­prise en ar­ri­vant au coude- à- coude avec la droite au pre­mier tour, dans un son­dage com­man­dé par « la Dé­pêche du Mi­di » : 35 % pour lui, 36 % pour Aboud et seule­ment 18 % pour Du Plaa. « C’est le signe que les Bi­ter­rois veulent du chan­ge­ment » , est per­sua­dé Nor­dine Abid, en­ga­gé dans sa cam­pagne « après avoir long­temps vo­té pour l’UMP » . Ro­bert Mé­nard en cam­pagne

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