Ben­ja­min, le­co­baye­du­ma­deinF­rance

Pour les be­soins d’un­do­cu­men­taire, Ben­ja­min Carle n’a vé­cu neuf mois qu’avec des­pro­duits­ma­dein France. Il dé­voile les 4com­man­de­mentsde cette vie ex­trê­meen bleu- blanc- rouge.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BÉRANGÈRE LEPETIT

Neuf mois : c’est le temps que Ben­ja­min Carle, jour­na­liste de 25 ans, vient de pas­ser à vivre 100 % made in France. Avec une règle : man­ger, se dé­pla­cer, s’ha­biller, dor­mir et se soi­gner avec des pro­duits ex­clu­si­ve­ment fa­bri­qués en France. Une ex­pé­rience ex­trême, avec ses sa­cri­fices, ses dé­cou­vertes qu’il dé­voile dans un do­cu­men­taire dif­fu­sé le 19 mars sur Ca­nal +.

ap­pren­dras à cui­si­ner. Fi­ni ca­fé, thé et plats cui­si­nés. Pour consom­mer fran­çais, il faut in­gur­gi­ter de la chi­co­rée et faire des choix. « Au dé­but, dans les su­per­mar­chés tra­di­tion­nels, je pas­sais un temps fou à lire les éti­quettes. Un vrai casse- tête. Dans les la­sagnes, par exemple, même si le boeuf est d’ori­gine France, l’ori­gine du res­tant du pro­duit n’est pas pré­ci­sée » , ex­plique Ben­ja­min, qui ha­bite dans les hau­teurs de Bel­le­ville ( Pa­ris XXe). Il faut ap­prendre à cui­si­ner à par­tir de pro­duits de base, le riz, les fruits et les lé­gumes de sai­son ache­tés au mar­ché du coin. Le ré­fri­gé­ra­teur a dis­pa­ru de sa vie. Dans sa cui­sine, sa co­pine Anaïs a SON ap­pa­reil. Les pro­duits frais de Ben­ja­min sont en­tre­po­sés sur le re­bord de la fe­nêtre. A- t- il per­du du poids ? « Non, j’ai même pris quelques ki­los. » La faute au ré­gime PVC ( pain- vin- ca­mem­bert), dit- il.

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as­su­me­ras ton cô­té rin­gard. Ben­ja­min a pous­sé l’ex­pé­rience jus­qu’à mo­di­fier son lan­gage — « dire chouette plu­tôt que co­ol » — et ses ha­bi­tudes cultu­relles. Son re­gret ? « Ne pas avoir pu voir Gra­vi­ty en 3D cette an­née. » Mais il a dé­cou­vert Go­dard et les films avec Pierre Ri­chard, lu du Mon­taigne. Cô­té mu­sique, c’est donc Jac­no et la pop des an­nées 1980 plu­tôt que Da­vid Bo­wie, John­ny Hal­ly­day plu­tôt que Phoe­nix. « La chan­son fran­çaise, d’après la Sa­cem, c’est la chan­son chan­tée en fran­çais » , pré­cise- t- il dans son sa­lon où passe en boucle le disque du col­lec­tif Fauve. « Quand tu vas chez des amis, tu fi­nis tou­jours par pas­ser du Ba­la­voine, c’est le cô­té rin­gard as­su­mé » , rit ce­lui qui a pu conti­nuer à se dé­pla­cer en mé­tro, mais pas en Ve­lib’ ( fa­bri­qué en Hon­grie). Il a je­té son dé­vo­lu sur une Mo­by­lette orange, dé­go­tée chez un par­ti­cu­lier à Meaux ( Seine- et- Marne).

pren­dras le temps de vivre. « Vivre made in France, c’est un bou­lot à plein- temps. Tout prend beau­coup plus de temps. » Comme de com­prendre les éti­quettes, cui­si­ner soi- même, dé­ni­cher le der­nier fa­bri­cant de brosses à dents ( à Beau­vais, dans l’Oise). Mais la vie hexa­go­nale, c’est aus­si ne plus re­gar­der la té­lé, aban­don­ner le té­lé­phone por­table…

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« Ce mode de vie in­ter­roge, les gens posent des ques­tions. Mes amis se sont mis à ache­ter fran­çais et me montrent, fiè­re­ment, leurs vê­te­ments. » Ben­ja­min a aus­si pas­sé un temps fou à sillon­ner Pa­ris à 40 km/ h avec sa vieille mob’, à al­ler au bis­trot. Bref, il a re­trou­vé « l’art de vivre à la fran­çaise » .

dé­pen­se­ras ton ar­gent au­tre­ment. Vivre fran­çais, c’est aus­si beau­coup plus cher. « Tu fais des choix. Tu abandonnes le jean in­exis­tant en made in France, tu ne portes plus que deux pan­ta­lons et deux pulls. C’est sûr, il faut un peu se pri­ver. » Ben­ja­min a dé­bour­sé 2 000 € pour re­gar­nir sa garde- robe avec des vê­te­ments Saint- James, Ar­mor- Lux… Au dé­but de l’ex­pé­rience, un cer­ti­fi­ca­teur de bu­reau Ve­ri­tas est ve­nu ex­per­ti­ser son mo­bi­lier toute une jour­née. Ver­dict : seuls 4,5 % des ob­jets étaient hexa­go­naux. Coût du ca­na­pé pro­duit dans le Nord- Pas- de- Ca­lais, 900 € ; des en­ceintes fa­bri­quées à SaintE­tienne ( Loire), 1 200 €. « C’est un in­ves­tis­se­ment mais ce n’est pas aber­rant sur le plan éco­no­mique. » Bi­lan de l’ex­pé­rience : « J’ai l’im­pres­sion d’être un peu dif­fé­rent. Ce pays, je ne fai­sais qu’y ha­bi­ter. Au­jourd’hui, je le connais mieux. »

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Pa­ris ( XVIe), le 6 fé­vrier. Pour ses dé­pla­ce­ments, pas de Vé­lib’ fa­bri­qué en Hon­grie pour Ben­ja­min Carle mais une Mo­bi­lette trou­vée chez un par­ti­cu­lier en Seine- et- Marne.

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