In­tem­pé­ries: le­coup­de­gueule d’une­mai­re­bre­tonne

Les ha­bi­tantsde Mor­laix ( Fi­nis­tère) n’en­fi­nissent plus d’être les pieds dans l’eau. Agnès Le Brun, mai­reUMP, es­time que le risque inon­da­tion est trop­sous- es­ti­mé.

Le Parisien (Paris) - - Société - Pro­pos recueillis par FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

Bien qu’une lente dé­crue se soit amor­cée hier sur les cours d’eau bre­tons, l’Ille- etVi­laine, le Mor­bi­han et la Loire- At­lan­tique ont été main­te­nus en vigilance rouge crue. Et de nou­velles inon­da­tions me­nacent dé­sor­mais, dans le sud du pays, le Var et les Bouches- du- Rhône. Il n’y a mal­heu­reu­se­ment au­cun ré­pit à at­tendre cette se­maine, car les dé­pres­sions conti­nue­ront à s’en­chaî­ner dans l’Ouest, ap­por­tant comme à chaque fois forts coups de vent, houle et pré­ci­pi­ta­tions. Au grand dam des Bre­tons qui vivent les pieds dans l’eau de­puis Noël et n’en peuvent plus de su­bir les as­sauts du ciel. Vice- pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des maires de France, la maire UMP de Mor­laix ( Fi­nis­tère), Agnès Le Brun, exige que l’Etat in­ves­tisse da­van­tage dans la pré­ven­tion des inon­da­tions. Com­ment avez- vous vé­cu cette suc­ces­sion de crues de­puis dé­cembre à Mor­laix ? AGNÈS LE BRUN. Nous en avons su­bi 7 de­puis dé­cembre, soit au moins sept jours pen­dant les­quels la ville n’a pu fonc­tion­ner nor­ma­le­ment. Les com­mer­çants ont su­bi beau­coup de dé­gâts ma­té­riels, la voi­rie a été dé­gra­dée, des mu­rets abî­més et les co­teaux de la ville ont été fra­gi­li­sés. Je sais que ces phé­no­mènes mé­téo sont ex­cep­tion­nels mais, au­jourd’hui, on en a marre de ces in­tem­pé­ries à ré­pé­ti­tion. La po­pu­la­tion est- elle bien pré­pa­rée à ces crues ? Notre plan com­mu­nal de sau­ve­garde fonc­tionne bien. Cha­cun connaît son rôle, et le pro­to­cole d’in­ter­ven­tion est très pré­cis. Sui­vant la gra­vi­té de l’évé­ne­ment at­ten­du, plus de 500 ha­bi­tants, sus­cep­tibles d’être tou­chés par l’inon­da­tion, re­çoivent des mes­sages d’alerte par SMS ou e- mail. Nos équipes d’as­treinte sont alors ren­for­cées. De­puis dé­cembre, nous avons dis­tri­bué 30 t de sacs de sable pour pro­té­ger no­tam­ment les com­merces, et des bar­rières de pro­tec­tion mé­tal­liques ont été ins­tal­lées de­vant les vi­trines pour em­pê­cher que l’eau ne pé­nètre à l’in­té­rieur des ma­ga­sins. Le sys­tème d’alerte Vi­gi­crue est- il suf­fi­sam­ment ef­fi­cace ? Dans la nuit du 23 au 24 dé­cembre, le sec­teur de Mor­laix était en vert sur Vi­gi­crue, alors qu’il y avait 1,40 m d’eau dans nos rues. Notre com­mune est en­cais­sée, tra­ver­sée

Les mo­dèles de pré­vi­sion de­vraient être plus pré­cis”

par 2 ri­vières sou­ter­raines. Et quand on su­bit l’ef­fet cu­mu­lé des pré­ci­pi­ta­tions abon­dantes, des grandes ma­rées, de la houle, la si­tua­tion peut de­ve­nir cri­tique. Nous avons re­çu en deux mois 500 mm de pluie, soit presque la moi­tié de ce qu’il tombe ha­bi­tuel­le­ment en une an­née ! Les mo­dèles de pré­vi­sion de­vraient être plus pré­cis et les élus lo­caux avoir ac­cès aux don­nées di­rec­te­ment, sans avoir à pas­ser par les ser­vices de l’Etat. Nous avons cal-

Agnès Le Brun, maire de Mor­laix cu­lé que 10 mm de pluie en amont re­pré­sen­taient 20 cm d’eau sup­plé­men­taire dans les ri­vières deux à trois heures plus tard. Pour­quoi ne pas ins­tal­ler des plu­vio­mètres à 20 km en amont pour que nous puis­sions an­ti­ci­per da­van­tage ? Le sys­tème de pré­ven­tion des inon­da­tions est- il à la hau­teur ? La pré­ven­tion du risque d’inon­da­tion est sous- es­ti­mée. Cer­taines me­sures à long terme n’ont mal­heu­reu­se­ment ja­mais été prises. Après les crues de 1974, un plan d’ac­tion avait été éta­bli entre les col­lec­ti­vi­tés lo­cales et l’Etat, et une étude avait été com­man­dée à un ca­bi­net d’ex­perts en 2004. Elle pré­co­ni­sait no­tam­ment l’ins­tal­la­tion en amont de Mor­laix de 15 bas­sins de ré­ten­tion, qui pour­raient re­te­nir 450 000 m3 d’eau. Ce plan pré­voyait aus­si de re­cons­truire des ta­lus et de re­plan­ter du cou­vert vé­gé­tal pour re­te­nir l’eau en cas de crue. Des tra­vaux étaient éga­le­ment pré­vus à Mor­laix pour élar­gir le gou­let d’étran­gle­ment au point de jonc­tion entre nos 2 ri­vières. Ces me­sures au­raient coû­té 6 M€ avec un re­tour d’in­ves­tis­se­ment de douze ans. Ce plan n’a ja­mais été en­ga­gé, car il au­rait fal­lu une im­pul­sion de l’Etat. C’est scan­da­leux, et ce­la re­lève même de l’in­cu­rie d’avoir com­man­dé une étude, ob­te­nu des pré­co­ni­sa­tions et de ne ja­mais les avoir ap­pli­quées.

La Bre­tagne inon­dée

( Pho­toP­QR/ « le Té­lé­gramme » / Fran­çois Des­toc.)

Mor­laix ( Fi­nis­tère), le 26 dé­cembre 2013. Au len­de­main du pas­sage de la tem­pête Dirk, Agnès Le Brun re­ce­vait le mi­nistre de l’In­té­rieur. Plus d’un mois plus tard, la ré­gion est tou­jours frap­pée par les in­tem­pé­ries.

( AFP/ Fred Tanneau.) ( Pho­toP­QR/ « Ouest- France » / Vincent Mou­chel.)

Mor­laix ( Fi­nis­tère), jeu­di. Les Bre­tons vivent les pieds dans l’eau de­puis Noël. Re­don ( Ille- et- Vi­laine), hier. Le dé­par­te­ment ain­si que le Mor­bi­han et la Loire- At­lan­tique ont été main­te­nus en vigilance rouge crue.

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