Dis­no­nau­cy­be­rhar­cè­le­ment!

Une­cam­pagne est lan­cée au­jourd’hui àdes­ti­na­tion des ado­les­cents. Le but : leur de­man­derde ne­pas « se rendre com­pli­cede ces jeux cruels » sur In­ter­net.

Le Parisien (Paris) - - Société - FLO­RENCE DEGUEN

Ils en gri­macent, ils en rient par­fois bê­te­ment, mais ils ré­agissent fi­na­le­ment bien peu. Et si les 81 % d’ados fran­çais qui avouent avoir dé­jà as­sis­té à des comportements cruels sur Fa­ce­book osaient sim­ple­ment dire stop ? Ce se­rait — et de loin — le meilleur moyen de mettre un coup d’ar­rêt au cy­be­rhar­cè­le­ment, ces mo­que­ries, in­sultes, usur­pa­tions d’identité ou dif­fu­sions de pho­tos com­pro­met­tantes qui pour­rissent quo­ti­dien­ne­ment la vie de mil­liers de jeunes boucs émis­saires.

Ce sou­lè­ve­ment spon­ta­né, c’est le pa­ri que lancent, à la veille du Sa­fer In­ter­net Day ( la Jour­née de l’In­ter­net plus sûr), une ONG in­ter­na­tio­nale en par­te­na­riat avec l’as­so­cia­tion e- En­fance et deux syn­di­cats ly­céens, l’UNL et le SGL. « On pro­pose aux jeunes du monde en­tier de s’en­ga­ger en si­gnant un texte ( 1) qui se­ra por­té en sep­tembre pro­chain au Co­mi­té des droits de l’en­fant de l’ONU » , ex­plique Ales­san­dra Au­la, se­cré­taire gé­né­rale du Bu­reau in­ter­na­tio­nal ca­tho­lique de l’en­fance, cette ONG pré­sente dans 66 pays. « Ce n’est pas une cam­pagne mo­ra­li­sa­trice ou dia­bo­li­sante, c’est au contraire per­mettre aux ados de prendre eux- mêmes les choses en main. De se convaincre et de per­sua­der leurs pairs qu’il faut en par­ler, aler­ter et ne pas se rendre com­plice de ces jeux cruels qui peuvent par­fois pous­ser les vic­times au sui­cide. »

Cham­brer ça peut pro­fon­dé­ment bles­ser le seul qui ne rit pas” Yvan De­men­thon, pré­sident de l’Union na­tio­nale ly­céenne

En France, c’est l’as­so­cia­tion e- En­fance, agréée par le mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion na­tio­nale et res­pon­sable du nu­mé­ro vert Net écoute ( 2), qui va por­ter cette pé­ti­tion géante à des­ti­na­tion des plus de 13 ans ( âge lé­gal pour si­gner). « Au- de­là de ce geste d’en­ga­ge­ment so­len­nel, l’idée c’est de rendre ac­tive une masse jusque- là pas­sive » veut croire Jus­tine At­lan, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion. « Cette écra­sante ma­jo­ri­té si­len­cieuse désap­prouve la vio­lence et la bê­tise du cy­be­rhar­cè­le­ment mais n’ose pas la dé­non­cer, tellement elle a la han­tise de pas­ser pour une balance ! » Les pe­tits Fran­çais ont de fait un peu de re­tard par rap­port aux ados de cer­tains autres pays : en An­gle­terre par exemple, le must est de por­ter un bra­ce­let « stop bul­lying » ( ar­rê­tons la ty­ran­nie). « Ici per­sonne ne vous di­ra que c’est malin d’har­ce­ler quel­qu’un sur In­ter­net, mais beau­coup ne se rendent même pas compte que cham­brer, parce que ça fait rire tout le monde, ça peut pro­fon­dé­ment bles­ser le seul qui ne rit pas » , confirme Yvan De­men­thon, pré­sident de l’Union na­tio­nale ly­céenne, qui va al­ler au- de­vant des col­lé­giens et ly­céens pour ré­col­ter les si­gna­tures… et uti­li­ser au maxi­mum les ré­seaux so­ciaux pour faire cir­cu­ler cette pé­ti­tion.

Sa gé­né­ra­tion a beau n’avoir ja­mais por­té de badge Touche pas à mon pote, il la croit prête à se mo­bi­li­ser… « On n’a pas d’ex­cuses. On est tous té­moins. Ce n’est pas comme si un ca­ma­rade se fai­sait ta­bas­ser par une bande la nuit dans une im­passe… Le cy­be­rhar­cè­le­ment, c’est un ta­bas­sage en plein jour et en pu­blic ! » ( 1) Pé­ti­ton sur sur www. e- en­fance. org. ( 2) 0.800.200 000.

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