« Ce­lam’oblige àme­li­mi­ter »

Anissa, élè­veen­khâgne auRain­cy( Seine- Saint- De­nis), ne­pas­se­ra­pas de­con­cours­payant­cet­tean­née­fau­te­de­moyens.

Le Parisien (Paris) - - Société - CHRISTEL BRIGAUDEAU

Elle passe ses week- ends dans les bi­blio­thèques et tout son ar­gent file dans les livres. Anissa, 20 ans, est en deuxième an­née de pré­pa lit­té­raire à Al­bertSch­weit­zer, le ly­cée pu­blic « co­té » de la Seine- Saint- De­nis, au Rain­cy. Comme beau­coup d’autres dans sa classe, cette aî­née d’une fa­mille de trois en­fants au­rait ai­mé pré­sen­ter cette an­née des écoles de com­merce et des ins­ti­tuts d’études po­li­tiques, en plus du concours gra­tuit — mais qua­si in­ac­ces­sible — de l’Ecole nor­male su­pé­rieure ( ENS) au­quel pré­pare son cur­sus en khâgne. Mais Anissa ne peut pas. Pour elle, « payer 300 € pour un concours qu’on n’est pas cer­tain d’avoir » ne re­lève pas du sa­cri­fice. C’est de la science- fic­tion.

Ses pa­rents, tous les deux em­ployés avec de pe­tits sa­laires, « n’ont pas les moyens, es­time l’étu­diante. Ils doivent aus­si fi­nan­cer la sco­la­ri­té de mon frère et de ma soeur, eux aus­si ont des pro­jets et l’ar­gent doit être par­ta­gé entre nous trois. A 50 € près, on n’entre pas dans les cri­tères pour ob­te­nir une bourse. »

Un peu dé­pi­tée, Anissa constate que « l’ar­gent est un frein. Ce­la m’oblige à me li­mi­ter, alors que je pen­sais qu’en classe pré­pa, seuls mon tra­vail et mes ré­sul­tats sco­laires comp­te­raient. Ce cur­sus m’a don­né en­vie de faire des études et de vi­ser haut. Mais plus on a de sou­cis d’ar­gent, moins on peut s’au­to­ri­ser des pro­jets am­bi­tieux. »

Ce prin­temps, Anissa va tout de même pas­ser le concours de Nor­male sup, gra­tuit, pour « me­su­rer » son ni­veau. « En fonc­tion, j’in­ves­ti­rai l’an­née pro­chaine pour pas­ser un ins­ti­tut d’études po­li­tiques. Pour les concours des écoles de com­merce, les plus chers, je ne m’y pré­sen­te­rai que si mon quo­tient change : j’au­rai peut- être une bourse l’an­née pro­chaine. » Anissa n’a pas d’autre es­poir : le tra­vail en classe pré­pa ne lui laisse pas le temps de prendre un pe­tit bou­lot à cô­té.

Je croyais que seuls mon tra­vail et mes ré­sul­tats

sco­laires comp­te­raient”

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