Pa­tri­moine.

Le Mo­bi­lier na­tio­nal a si­gnéu­nac­cord­pour prê­ter au do­maine deC­ham­bord­cin­quante meu­bles­duXVIIIe siècle.

Le Parisien (Paris) - - Loisirs et spectacles - CHAM­BORD ( LOIR- ET- CHER) De notre en­voyé spé­cial YVES JAEGLÉ

On prend froid à Cham­bord. La vie de châ­teau, ce n’est vrai­ment qu’une ex­pres­sion. Plu­tôt un pa­lais des cou­rants d’air. Pas de chauf­fage, le vent qui s’en­gouffre et deux feux de che­mi­née de­vant les­quels se re­groupent les gar­diens comme des nau­fra­gés, ce mer­cre­di de jan­vier. Quelques Ja­po­nais et Chi­nois bravent l’hi­ver pour dé­cou­vrir la gran­deur de la Re­nais­sance à la fran­çaise. Chefd’oeuvre ma­jes­tueux et gla­cé, le châ­teau a presque tou­jours été vide, même au temps de sa splen­deur. Mais 800 000 vi­si­teurs s’y pressent chaque an­née, et les di­rec­teurs du do­maine en vou­draient 1 mil­lion.

Pour les at­ti­rer, il faut rem­plir les im­menses chambres des rois et de la cour. Les col­lec­tions per­ma­nentes n’y suf­fisent pas, loin s’en faut. Le do­maine na­tio­nal de Cham­bord vient de si­gner une con­ven­tion de prêts avec le Mo­bi­lier na­tio­nal, sorte de garde- meubles des tré­sors royaux ac­cu­mu­lés de­puis des siècles.

Par­mi ce lot, 15 chaises époque Louis XV de 1775, des bustes de la fa­mille royale, et deux ber­gères qui viennent d’ar­ri­ver. Car d’ori­gine, il ne reste rien. Le conser­va­teur du châ­teau, Luc For­li­ve­si, dé­signe une table de des­serte avec un sou­rire : « Ça, c’est d’époque. Elle pèse 800 kg. Trop lourde même pour les ré­vo­lu­tion­naires qui ont em­por­té pas mal de choses. » « Ef­fec­ti­ve­ment, il ne reste que cette console et deux ta­bou­rets. Vous ne re­meu­blez pas un châ­teau avec trois meubles! » ajoute JeanJacques Gau­tier, ins­pec­teur au Mo­bi­lier na­tio­nal. Leur tra­vail, c’est de dé­ni­cher des ob­jets créés pour d’autres châ­teaux ou ins­ti­tu­tions, d’une « vrai­sem­blance ab­so­lue » , comme les 15 chaises Louis XV avec des sa­bots- de- biche, qui dor­maient dans les ré­serves du Mo­bi­lier na­tio­nal de­puis vingt ans. « Grâce à elles, une grande an­ti­chambre in­grate a re­pris vie. C’est comme un mo­ment de grâce » , se ré­jouit l’ins­pec­teur.

Il faut le rendre plus at­trac­tif, ne pas le mettre

sous cloche”

Luc For­li­ve­si, conser­va­teur de Cham­bord

Pour ima­gi­ner à quoi res­sem­blait l’in­té­rieur de Cham­bord, les ex­perts se sont ins­pi­rés de l’acte d’in­ven­taire après dé­cès de l’un de ses der­niers oc­cu­pants, le ma­ré­chal de Saxe, le vain­queur de la ba­taille de Fontenoy, à qui Louis XV avait of­fert la jouis­sance du châ­teau. Mais cet acte a été ré­di­gé en 1750 par un no­taire étran­ger au lan­gage des his­to­riens d’art. « Il faut tra­duire… Le cri­tère qui nous per­met de cher­cher un équi­valent, c’est sou­vent le prix don­né à l’ob­jet » , pour­suit Jean- Jacques Gau­tier, qui se re­fuse à « faire jo­li ou chic » , et ne vise qu’à re­trou­ver un dé­cor « qui a pu exis­ter » à l’époque.

Les ar­ti­sans qui res­taurent les meubles s’y cassent aus­si les dents. « Il n’y avait pas de pho­tos dans ces in­ven­taires XVIIIe… On ne part que de l’écrit. Pour ce tis­su, on nous parle d’oi­seaux, de fleurs, de ru­bans. Et d’un fond blanc et crème qui semble cu­rieux, mais puisque c’est écrit, on va être fi­dèle. A nous d’être au plus près de la vé­ri­té » , ex­plique JeanMarc Boe­glin, ta­pis­sier à Chau­mont, qui res­taure ce mer­cre­di- là le tis­su d’un lit à bal­da­quin.

Luc For­li­ve­si veut faire re­vivre le châ­teau : « Il faut le rendre plus at­trac­tif, ne pas le mettre sous cloche. C’est le seul do­maine royal qui nous soit par­ve­nu in­tact. » In­tact, mais pauvre. Pour les meubles Re­nais­sance, on ou­blie. Il n’en existe plus, de même que pour l’époque Louis XIV. Le nou­vel ameu­ble­ment s’ins­pire du XVIIIe siècle. Les ap­par­te­ments du pre­mier étage, ceux des rois et de la cour, vont re­trou­ver leur lustre. Les étages su­pé­rieurs res­te­ront lar­ge­ment in­oc­cu­pés. On y lo­geait les in­vi­tés su­bal­ternes et les do­mes­tiques, jusque sous les combles. Sans même un âtre pour ces der­niers. A Cham­bord, on res­sent jusque dans sa chair ce que de­vait être la so­li­tude gla­cée des pe­tites gens. Comme les « fu­mistes » char­gés d’al­lu­mer le feu des 282 che­mi­nées des maîtres et qui dor­maient à même le sol, dans des pièces dé­sertes. Ce vide ra­conte l’his­toire, tout au­tant que l’opu­lence re­trou­vée. Châ­teau de Cham­bord ( Loir- et- Cher), de 10 heures à 17 heures. En­trée : 9- 11 €, gra­tuit moins de 25 ans. Tél. 02.54.50.40.00.

( Prod/ Guillaume Per­rin.)

Un en­semble de mo­bi­lier Louis XV vient de re­joindre Cham­bord.

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