Ala­cour­des­rois­no­mades

Le Parisien (Paris) - - Loisirs et spectacles - Y. J.

On a vu trop de films, de « Si Ver­sailles m’était con­té » à « Sis­si im­pé­ra­trice » , qui nous font croire qu’un châ­teau, c’est beau à l’ex­té­rieur et mu­ni­fi­cent à l’in­té­rieur. Pas for­cé­ment. Les pro­blèmes de vide à Cham­bord ne datent pas d’au­jourd’hui, ni même d’avant- hier. Le châ­teau n’a ja­mais été du­ra­ble­ment ha­bi­té, ni meu­blé. Fran­çois Ier, le « roi bâ­tis­seur » et « roi chas­seur » , qui règne de 1515 à 1547, le fait construire comme un chef- d’oeuvre de sa puis­sance, au coeur d’une fo­rêt gi­boyeuse. Mais sur ses trente- deux ans de règne, il ne passe que 72 jours à Cham­bord, lais­sé dans un état de qua­si- aban­don. « Le châ­teau a tou­jours été plus vide qu’ha­bi­té » , ré­sume Char­line Bri­quet, guide à Cham­bord.

A l’époque, la cour n’a pas de do­mi­cile fixe. Le roi no­made et ses su­jets voyagent avec leur mo­bi­lier, sur des cen­taines de cha­riots, d’un châ­teau à l’autre, à la ren­contre du bon peuple. Lits qui se dé­montent, ban­quettes qui contiennent du ran­ge­ment, ac­cou­doirs qui se lèvent pour y en­tre­po­ser des boîtes, sièges pliants : du Ikea de luxe avant l’heure.

Etre « chez soi » si­gni­fie « dans ses meubles » . A Cham­bord, même quand la cour est là, on ne meuble que la pièce prin­ci­pale de chaque grande fa­mille, son lo­gis. Le châ­teau at­teint la di­men­sion d’une oeuvre d’art de 56 m de haut, comme une ca­thé­drale, à la gloire de Fran­çois Ier. « Mais si l’ex­té­rieur est très dé­co­ré, à l’in­té­rieur, on fait sobre » , ajoute la guide.

Au XVIIe siècle, Louis XIV fait construire Ver­sailles. Une ré­si­dence prin­ci­pale pour les rois de France, la pre­mière, où tout doit briller, à l’image de la galerie des Glaces. C’est la fin des cours no­mades et de leurs châ­teaux aban­don­nés.

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