LaF­ran­ceoc­cu­péeà­col­la­bo­rer

Do­cu­men­taire. France 3 ex­plore les « col­la­bo­ra­tions » sous l’Oc­cu­pa­tion, ce soir à 20 h 45. Un­film qui re­garde le pas­sé le plus noir de la France en­face et en­dé­tail.

Le Parisien (Paris) - - Télévision Et médias - YVES JAEGLÉ

C’est tou­jours dur d’y re­tour­ner, au fond. A cette pé­riode où « les Fran­çais ne s’ai­maient pas » , comme di­sait Georges Pom­pi­dou. Ces jours sombres où « la France ac­com­plis­sait l’ir­ré­pa­rable » , se­lon les mots de Jacques Chi­rac. « Col­la­bo­ra­tions » , le do­cu­men­taire de Ga­briel Le Bo­min, mon­té comme un ré­cit très ryth­mé qui bas­cule cres­cen­do de l’ano­din à l’atroce, sur une mu­sique de film noir, sans l’in­ter­ven­tion d’his­to­riens ou de té­moins après coup, a un mé­rite ef­frayant. Ce­lui de mon­trer à quel point on peut glis­ser dans l’in­fâme pour de pe­tits in­té­rêts per­son­nels, sans avoir un cer­veau ma­lade ca­pable d’écrire un « Mein Kampf » .

Car, si la France a col­la­bo­ré, c’est d’abord à cause de la pe­ti­tesse de ses po­li­ti­ciens. Pierre Laval, l’homme fort de Vichy, n’avait rien d’un idéo­logue. Mais tout d’un cu­mu­lard. Cet ha­bi­tué des mi­nis­tères sous la IIIe Ré­pu­blique vou­lait son es­trade, son ma­ro­quin, ses émo­lu­ments, coûte que coûte, fût- ce en dé­por­tant les Juifs. Comme on adop­te­rait un plan de ri­gueur. Mais pour qu’une telle hor­reur soit pos­sible, il faut un ter­rain. Un rap­pro­che­ment. De pe­tits ar­ran­ge­ments.

Et ce qui fe­ra dé­bat, c’est le « s » de « Col­la­bo­ra­tions » . Ce film ra­conte les cou­lisses de « la ré­vo­lu­tion na­tio­na- le » vou­lue par Pé­tain, alors que les na­zis n’en de­man­daient pas tant, mais aus­si, entre autres, les amours des Fran­çaises avec les « Boches » , dont naî­tront 80 000 en­fants. On stig­ma­tise moins, au­jourd’hui, ces femmes qui se­ront ton­dues et hu­mi- liées pu­bli­que­ment à la Li­bé­ra­tion. Pour­quoi les mettre dans le même sac que les col­la­bos purs et durs ? « Le dé­but de l’Oc­cu­pa­tion, ce fut un drôle d’été, avec par­fois une fas­ci­na­tion pour le vain­queur, dé­crypte Dana Has­tier, di­rec­trice de l’uni­té do­cu­men­taires de France 3. Des his­toires d’amour naissent. Il n’y a pas d’hommes, ces filles ont 20 ans, elles ne savent pas en­core que la guerre va du­rer cinq ans et qu’il y au­ra la Shoah. »

nUne si­tua­tion po­li­tique unique en Eu­rope

Le pas­sé au pré­sent : comme un jour­nal des évé­ne­ments, « Col­la­bo­ra­tions » fait re­vivre un cli­mat gris avant de vi­rer au noir. France 3 a dé­jà pro­duit trois films ces der­nières an­nées sur les lettres de dé­la­tion sous l’Oc­cu­pa­tion, Pé­tain et Laval. Un pas­sé qu’on ru­mine ? « Je crois au contraire qu’avec le re­tour ac­tuel d’une forme d’an­ti­sé­mi­tisme, alors qu’un ta­bou tombe, il faut rap­pe­ler que c’est une tra­di­tion an­cienne en France qui a conduit un ré­gime à dé­por­ter 70 000 Juifs. La col­la­bo­ra­tion, c’est d’abord une tache d’encre qui fi­nit par re­cou­vrir l’in­té­gra­li­té de la page. La col­la­bo­ra­tion fran­çaise avec l’oc­cu­pant a été unique en Eu­rope. Ça laisse des traces. A France 3, on re­çoit en­core des cour­riers de pé­tai­nistes qui nous re­prochent d’at­ta­quer le ma­ré­chal » , dé­voile Dana Has­tier. Comme si la chaîne ten­tait l’his­toire et la psy­cha­na­lyse d’une France fâ­chée avec elle- même et pas en­core tout à fait gué­rie.

Pé­tain, ma­ré­chal de France, en­ga­gea la col­la­bo­ra­tion d’Etat avec l’Al­le­magne na­zie.

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