Fan­tas­tique expo Car­tier- Bres­son

Ré­tros­pec­tive. Le­Centre Pom­pi­dou pré­sente 350images du grand pho­to­graphe Car­tier- Bres­son.

Le Parisien (Paris) - - La Une - YVES JAEGLÉ

Il y a des pho­to­graphes et puis il y en a un qui les en­globe tous : Hen­ri Car­tier- Bres­son ( 1908- 2004), l’Oeil du siècle, l’Homme- oeil, comme on l e sur­nom­mait. De­vant ses 350 images du Centre Pom­pi­dou, à dé­cou­vrir dès de­main, on se dit : tiens, il n’en a pas ra­té une seule. C’est ra­ris­sime, même dans les ex­pos des grands peintres : à 25 ans comme à 75, il était le maître de « l’ins­tant dé­ci­sif » , une ex­pres­sion qu’il trou­vait ré­duc­trice mais qui colle bien à la vi­sion de ce­lui qui di­sait : « Vous ne pou­vez pas dire à la per­sonne que vous êtes en train de

pho­to­gra­phier : S’il vous plaît, re­faites

ce sou­rire, re­faites ce geste. La vie, c’est une fois pour toutes, pour tou­jours et c’est nou­veau tout le temps. »

L’ex­po­si­tion pré­sente un ex­tra­or­di­naire pe­tit film qui le montre, comme un vo­leur à la tire ou un chat, se fau­fi­ler dans les rues, faire sou­dain de pe­tits pas, se dé­han­cher et ap­puyer sur le bou­ton : « Je suis une boule de nerfs. Mais j’en fais un atout pour la pho­to­gra­phie. Je ne ré­flé­chis ja­mais. J’agis, vite ! Je tire! » Des pro­pos ex­traits de « Voir est un tout, en­tre­tiens et conver­sa­tions » ( Centre Pom­pi­dou, 19,90 €). Cent cin­quante pages et pas une seule ligne à je­ter, là non plus.

Ce fils de grands- bour­geois, in­dus­triels dans le tex­tile, avait la fibre so- ciale. Mais avant de té­moi­gner par l’image, il goûte à l’ani­ma­li­té du monde, comme un rite ini­tia­tique : à 22 ans, il part un an dans la sa­vane afri­caine et chasse le cro­co­dile pour vivre. Il sait comment les tuer et leur cou­per la tête. Au re­tour, il achète son pre­mier Lei­ca. Quand on a fixé le sau- rien dans les yeux, l’ins­tant dé­ci­sif coule de source. Avec son ap­pa­reil, il em­barque pour le Mexique pen­dant un an en­core, vit dans un tau­dis, vend ses images aux jour­naux lo­caux pour 75 pe­sos, une poi­gnée de pièces, et passe en Amé­rique.

Car­tier- Bres­son est al­lé par­tout, de l’URSS aux Etats- Unis, de la Chine po­pu­laire aux déshé­ri­tés d’Amé­rique la­tine, de la so­cié­té de consom­ma­tion à l’Ouest à la col­lec­ti­vi­sa­tion à l’Est. Il shoote tout, em­brasse son siècle comme un Vic­tor Hu­go de l’image en noir et blanc. Sur­réa­liste, com­mu­niste, jour­na­liste même s’il n’en ai­mait guère le mot en créant l’agence Mag­num, et boud­dhiste à la fin de sa vie. Parce qu’il fal­lait se cal­mer, avant de faire ses adieux.

Une oeuvre mul­ti­fa­cettes

Cette ex­po­si­tion, c’est le XXe siècle qui vous saute au vi­sage, sai­si par l’ob­ser­va­teur mas­qué, qui ne vou­lait pas qu’on le pho­to­gra­phie pour na­ger ano­ny­me­ment dans la foule. Il di­sait tour­ner au­tour de ses su­jets « comme l’ar­bitre dans un match de boxe » , au coeur des convul­sions du monde. Clément Ché­roux, le com­mis­saire de l’expo, ex­plique avoir vou­lu cas­ser l’image de « sta­tue du com­man­deur » de Car­tier- Bres­son, en mon­trant son oeuvre mul­ti­fa­cettes, de l’in­time aux grands mou­ve­ments col­lec­tifs. Mais un tel homme dé­gage for­cé­ment la puis­sance d’une sta­tue su­blime. Re­gar­dez ce vieux mon­sieur en cos­tume trois pièces, en plein Mai 68, de­vant l’ins­crip­tion « Jouis­sez sans en­traves » sur une pa­lis­sade. Dans son re­gard, im­pos­sible de dis­cer­ner s’il est ré­pro­ba­teur, per­plexe, en­vieux, ou les trois à la fois. Tout est dit, tout est mys­tère.

( Car­tier- Bres­son/ Mag­num Pho­to.)

« Rue de Vau­gi­rard » , ( 1968) fait par­tie des 350 cli­chés d’Hen­ri Car­tier- Bres­son pro­po­sés par le Centre Pom­pi­dou qui lui consacre une ex­po­si­tion.

« Ca­magüey, Cu­ba » , 1963. Par­mi ces nom­breux voyages, Hen­ri Car­tier- Bres­son s’est ren­du en Amé­rique la­tine.

( John Wronn.)

Hen­ri Car­tier- Bres­son.

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