L’al­sace, une ré­gion vrai­ment à part

Le Parisien (Paris) - - Special Municipales - C. D. S.

Dans la fa­mille fran­çaise, l’Al­sace est une cou­sine un peu éloi­gnée qui ne fait rien comme les autres. Re­gar­dez la carte is­sue des élec­tions ré­gio­nales de mars 2010, et vous re­pé­re­rez une pe­tite tache bleue, à l’ex­trême est d’un Hexa­gone en­tiè­re­ment rose. Cet an­crage à droite n’a qua­si­ment ja­mais été dé­men­ti sous la Ve Ré­pu­blique. Ici, le vote des cam­pagnes — plus peu­plées qu’ailleurs en France — donne le la. Ri­chard Klein­sch­ma­ger, pro­fes­seur de géo­gra­phie à l’uni­ver­si­té de Stras­bourg, avance un autre fac­teur clé : « C’est une ré­gion très ca­tho­lique. Et les chré­tiens, comme par­tout, votent tra­di­tion­nel­le­ment plu­tôt à droite. »

Très at­ta­chés à la tra­di­tion et à leur identité, les Al­sa­ciens prennent un malin plai­sir à faire en­tendre leur dif­fé­rence lors des soi­rées élec­to­rales. « En 2010, ils étaient au fond as­sez ra­vis de ce pied de nez, his­toire de rap­pe­ler qu’ici on n’est pas tout à fait comme les Fran­çais de l’in­té­rieur, se­lon l’ex­pres­sion consa­crée. » Fran­çais de l’in­té­rieur ? Tous les autres ! Dans la bouche d’un Al­sa­cien, le terme n’a rien de pé­jo­ra­tif, pro­mis. Mais il en dit long sur la part belle faite aux par­ti­cu­la­rismes lo­caux. Comment pour­rait- il en être au­tre­ment, dans cette ré­gion qui, au fil des guerres, n’a ces­sé de faire des al­lers­re­tours entre la France et l’Al­le­magne jus­qu’à la re­cons­ti­tu­tion dé­fi­ni­tive du puzzle hexa­go­nal en 1945 ?

Les trains cir­culent à droite

« L’ap­par­te­nance à la France n’est pas dis­cu­tée, as­sure Klein­sch­ma­ger. La pos­sible am­bi­va­lence, si elle avait dû exis­ter, a été dé­pas­sée grâce à la construc­tion eu­ro­péenne. »

Reste un bi­cul­tu­ra­lisme très pré­gnant qui s’en­tend ( 40 % de la po­pu­la­tion parle le dia­lecte al­sa­cien), se voit ( les pan­neaux écrits dans les deux langues se mul­ti­plient), se goûte… bref, se vit au quo­ti­dien. Le droit de la chasse y est dif­fé­rent, les rem­bour­se­ments de la Sécurité so­ciale plus gé­né­reux. Les bouilleurs de cru bé­né­fi­cient d’une lé­gis­la­tion ar­ran­geante. Et les trains… cir­culent à droite, et non à gauche comme ailleurs en France ! Autre ex­cep­tion, et de taille : la place des cultes en Al­sace. N’étant alors pas fran­çaise, la ré­gion — tout comme la Lor­raine — a échap­pé à la loi de 1905 sur la sé­pa­ra­tion des Eglises et de l’Etat. Prêtres, pas­teurs et rab­bins sont payés par les im­pôts na­tio­naux, et le gou­ver­ne­ment exerce — for­mel­le­ment au moins — un droit de contrôle sur ces trois cultes. Cu­rieu­se­ment, cette en­torse au prin­cipe de laï­ci­té ne crispe pas plus que ce­la dans un pays pour­tant très cha­touilleux sur la ques­tion. Peut- être parce qu’en Al­sace « l’af­fir­ma­tion iden­ti­taire se fait de fa­çon po­si­tive, moins agres­sive qu’ailleurs, re­lève Ri­chard Klein­sch­ma­ger. Le par­ti­cu­la­risme, ici, c’est une force tran­quille » .

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.