Qui donc est Dong­feng ?

Le construc­teur chi­nois Dong­feng a confir­mé hier des né­go­cia­tions avec PSA. Le construc­teur, sym­bole maoïste, de­vient l’al­lié du groupe fran­çais.

Le Parisien (Paris) - - Economie - E. T.

Fait ra­ris­sime, une en­tre­prise pu­blique chi­noise s’est es­sayée hier à la com­mu­ni­ca­tion. Le construc­teur Dong­feng a pu­blié un com­mu­ni­qué confir­mant que « des né­go­cia­tions ont eu lieu » avec PSA « en lien avec un in­ves­tis­se­ment po­ten­tiel dans son ca­pi­tal et un par­te­na­riat in­dus­triel et com­mer­cial élar­gi » . En­core un caillou blanc sur le che­min qui de­vrait faire du chi­nois l’un des prin­ci­paux ac­tion­naires de Peu­geot, à éga­li­té avec la fa­mille Peu­geot et l’Etat fran­çais.

Par Mao Ze­dong. Mais qui est donc ce Dong­feng ? L’éton­nant par­cours de l’en­tre­prise ré­sume l’évo­lu­tion de l’éco­no­mie chi­noise des trente der­nières an­nées. Le fu­tur ac­tion­naire de PSA, créé par Mao Ze­dong en 1969, est au­jourd’hui le nu­mé­ro deux na­tio­nal de l’au­to, avec un peu plus de 3 mil­lions de voi­tures pro­duites par an. Née au mi­lieu de la ré­vo­lu­tion cultu­relle chi­noise, où les in­tel­lec­tuels chi­nois étaient en­voyés se « ré­édu­quer » au­près des ou­vriers et des pay­sans, l’en­tre­prise, d’abord spé­cia­liste des bus et des ca­mions ré­vo­lu­tion­naires, a été im­plan­tée dans un cul- de- sac lo­gis­tique, à Wu­han, au beau mi­lieu du ter­ri­toire chi­nois. Parce qu’à l’époque, Mao crai­gnait les at­taques de l’URSS.

nC­réé

nMa­riages

for­cés. De­puis, la Chine s’est conver­tie au « so­cia­lisme de mar­ché » , a connu une crois­sance ul­tra­ra­pide et est de­ve­nue le pre-

nCon­dam­nés

mier mar­ché au­to­mo­bile en dé­pas­sant les Etats- Unis en 2009. Tous les construc­teurs in­ter­na­tio­naux se sont donc rués sur place. Oui mais, le pou­voir chi­nois avait im­po­sé des ma­riages avec un construc­teur na­tio­nal à ceux qui sou­hai­taient pro­duire en Chine. PSA a été l’un des pion­niers en créant avec Dong­feng une so­cié­té com­mune en 1992. La pre­mière voiture com­mune, construite sur la base d’une Ci­troën ZX, porte le jo­li nom de Fu­kang, bon­heur et pros­pé­ri­té. Elle a d’ailleurs presque été vic­time de son suc­cès puisque la marque Ci­troën reste as­so­ciée aux taxis Fu­kang vieillots de Pé­kin. Mais Dong­feng n’est pas l’al­lié d’un seul construc­teur. Le chi­nois est aus­si ma­rié à Nis­san et, de­puis le 16 dé­cembre, à… Re­nault !

à pro­duire pour les autres ? Sur le mar­ché chi­nois, les voi­tures les plus pri­sées sont made in Chi­na mais bad­gées de marques étran­gères. Pas as­sez in­no­vants, pas as­sez per­for­mants, les Chi­nois se­raient condam­nés à pro­duire pour les autres ? C’est ce que craint Pé­kin. Mais, grâce aux im­menses fonds pu­bliques, Dong­feng né­go­cie le sau­ve­tage de PSA. Sans être au bord du dé­pôt de bi­lan, le Fran­çais est en train de dé­cro­cher par rap­port aux autres géants ( Volks­wa­gen, Ge­ne­ral Mo­tors, Re­nault) et a be­soin d’une bouf­fée d’oxy­gène. Du cô­té de Dong­feng, c’est l’oc­ca­sion ou ja­mais de faire un saut tech­no­lo­gique.

( Reuters/ Strin­ger Shan­ghai.)

Wu­han ( Chine), usine Dong­feng - PSA, jan­vier 2011. Un em­ployé vé­ri­fie des élé­ments de la Ci­troën C5.

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