La laï­ci­té au fron­ton d’une en­tre­prise pri­vée

Le Parisien (Paris) - - Société - HÉ­LÈNE HAUS

« Charte de la laï­ci­té et de la di­ver­si­té » . Le texte, ré­di­gé en cou­leurs vives, saute d’em­blée aux yeux des vi­si­teurs qui pé­nètrent dans le hall du siège du groupe Pa­prec, si­tué dans une zone in­dus­trielle de La Cour­neuve ( Seine- Saint- De­nis). Cette so­cié­té pri­vée, spé­cia­li­sée dans le re­cy­clage et la va­lo­ri­sa­tion des dé­chets, pré­sente of­fi­ciel­le­ment au­jourd’hui cette charte ap­prou­vée à l’una­ni­mi­té en dé­but d’an­née par ses co­mi­tés d’en­tre­prise pour dé­fendre la laï­ci­té. Une pre­mière en France.

Ce texte de huit ar­ticles sti­pule, entre autres, que les em­ployés « ne doivent pas ma­ni­fes­ter leurs convic­tions re­li­gieuses dans l’exer­cice de leur tra­vail » et que « le port de signes ou te­nues par les­quels les col­la­bo­ra­teurs ma­ni­festent os­ten­si­ble­ment une ap­par­te­nance re­li­gieuse n’est pas au­to­ri­sé » . Exit donc le port du voile qui avait sus­ci­té la po­lé­mique dans l’af­faire de la crèche Ba­by Loup de Chan­te­loup- les- Vignes ( Yve­lines) et conduit en 2008 au li­cen­cie­ment d’une em­ployée qui le por­tait. Le groupe Pa­prec, lui, as­sure qu’il n’a ja­mais été en conflit sur ces thé­ma­tiques. « Nos em­ployés sont is­sus de 52 na­tio­na­li­tés. La di­ver­si­té est notre force. Si on veut que ça conti­nue, on doit sim­ple­ment leur rap­pe­ler les prin­cipes de laï­ci­té » , ex­plique Gé­ral­dine Bu­lot, di­rec­trice des res­sources hu­maines.

« Ça fait long­temps qu’on pen­sait ré­di­ger ce texte. L’af­faire de la crèche Ba­by Loup et la charte de la laï­ci­té à l’école ins­tau­rée par Vincent Peillon en 2013 nous ont convain­cus de nous lan­cer » , dé­crit Jean- Luc Pe­ti­thu­gue­nin, le PDG de l’en­tre­prise, qui em­ploie 4 000 per­sonnes sur 89 sites en France et en Suisse. Les em­ployés, eux, semblent conquis. « La religion re­lève du do­maine du pri­vé. Je fais mes prières à la mai­son. Je ne me ver­rais pas faire ça au tra­vail » , dé­crit ain­si Is­sam, un conduc­teur d’en­gin de confes­sion mu­sul­mane, qui a si­gné la charte. « Ce rè­gle­ment évite aux gens d’abor­der les su­jets qui fâchent » , ajoute Mi­ro­slav, un autre co- si­gna­taire, responsable d’ex­ploi­ta­tion et chré­tien or­tho­doxe. La charte se­ra in­té­grée dans le rè­gle­ment in­té­rieur. Les em­ployés de­vront donc la respecter sous peine de sanc­tions. « En cas de pro­blème, on gé­re­ra au cas par cas. On est ou­vert au dia­logue » , in­siste la DRH.

« Ce texte part d’une bonne idée, mais il a ses li­mites » , pon­dère Ni­co­las Ca­dene, rap­por­teur gé­né­ral de l’Ob­ser­va­toire de la laï­ci­té. « Les sa­la­riés d’une en­tre­prise pu­blique doivent être neutres, car ils re­pré­sentent l’Etat. Pour ceux du pri­vé, c’est dif­fé­rent. On ne peut pas leur de­man­der de re­non­cer à leur li­ber­té de conscience, ils ris­que­raient de sai­sir les tri­bu­naux. » Pour ai­der les en­tre­prises à y voir plus clair, l’Ob­ser­va­toire a ré­di­gé un guide rap­pe­lant les cas où elles peuvent res­treindre « la ma­ni­fes­ta­tion de la li­ber­té de convic­tion » de leurs sa­la­riés. No­tam­ment lorsque leurs pra­tiques re­li­gieuses risquent d’en­tra­ver leur hy­giène ou leur sécurité.

La Cour­neuve ( Seine- Saint- De­nis), hier. Is­sam et Mi­ro­slav, em­ployés par le groupe Pa­prec, consi­dèrent qu’ils ne doivent pas af­fi­cher leurs re­li­gions res­pec­tives au tra­vail.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.