Ba­taille fa­mi­liale au­tour de l’oeuvre d’ar­man

Le Parisien (Paris) - - Faits Divers - STÉ­PHANE SELLAMI

C’est une pre­mière vic­toire ju­di­ciaire qui pour­rait, peu­têtre, re­lan­cer le mar­ché de l’art au­tour de l’oeuvre mo­nu­men­tale du sculp­teur, peintre et plas­ti­cien Ar­man. La cour d’ap­pel de Pa­ris a es­ti­mé que deux tables mises en vente aux en­chères en 2010 à Pa­ris et à Cannes ( Alpes- Ma­ri­times) étaient bien de la main du maître et non des contre­fa­çons comme le pré­ten­dait sa veuve et hé­ri­tière, l’Amé­ri­caine Co­rice Can­ton- Ar­man. Celle- ci est en­ga­gée de­puis plu­sieurs an­nées dans une ba­taille sans mer­ci avec les en­fants — nés d’un pre­mier ma­riage —, de son ma­ri dé­cé­dé en 2005.

Les tables sai­sies au mo­ment de la vente, de la sé­rie To­go et dont la va­leur os­cille entre 7 000 et 12 000 €, vont donc être re­mises à leurs pro­prié­taires. « Nous sommes par­ve­nus à dé­mon­trer que l’ate­lier Des­jo­bert, fa­bri­cant of­fi­ciel de l’ar­tiste, n’avait pas réa­li­sé de contre­fa­çons, sou­ligne Me Ma­rie- Hé­lène Fa­bia­ni, avo­cate de l’en­tre­prise, éga­le­ment at­ta­quée par la veuve de l’ar­tiste. C’est une pre­mière manche g a g née. A ma connais­sance, c’est la pre­mière fois qu’une telle dé­ci­sion sur l’au­then­ti­ci­té d’oeuvres at­tri­buées à Ar­man est ren­due par la jus­tice fran­çaise. »

nDes en­jeux fi­nan­ciers de taille

En toile de fond se des­sine le com­bat qui op­pose Can­dice Can­ton- Ar­man aux en­fants du sculp­teur. Les deux par­ties s’af­frontent sur la suc­ces­sion de l’ar­tiste, no­tam­ment cé­lé­bré pour ses ac­cu­mu­la­tions d’ob­jets de la vie cou­rante. « Lors­qu’une oeuvre d’Ar­man est mise en vente en France, sa veuve sai­sit les tri­bu­naux, confie un ob­ser­va­teur du monde de l’art. Du coup, le mar­ché au­tour de cet ar­tiste s’en re­trouve blo­qué. »

Six mois avant son dé­cès d’un can­cer, Ar­man avait ré­di­gé un tes­ta­ment fai­sant de son épouse son unique hé­ri­tière. Un acte contes­té, aux EtatsU­nis, par quatre de ses des­cen­dants. Car les en­jeux fi­nan­ciers sont de taille : la va­leur de l’oeuvre de l’ar­tiste, qui pour­rait com­prendre près de 20 000 pièces, se­rait es­ti­mée à 75 M€. « La dé­ci­sion ren­due par la cour d’ap­pel de Pa­ris est une bonne nou­velle pour les ama­teurs d’Ar­man, es­time Me Cé­dric Bou­rayne, l’avo­cat d’un des pro­prié­taires des tables sai­sies. Ces der­niers ne sont plus les vic­times des conten­tieux fa­mi­liaux des hé­ri­tiers de l’ar­tiste. »

De son cô­té, l’avo­cat de Co­rice Can­ton- Ar­man, Me Jean- Jacques Neuer, tient à rap­pe­ler que « la ques­tion d’un pour­voi en cas­sa­tion est ou­verte » . « Une cer­taine désor­ga­ni­sa­tion règne au­jourd’hui au­tour de l’oeuvre d’Ar­man, sou­tient Me Neuer. Sa veuve, Mme Co­rice Ar­man, tra­vaille pour cla­ri­fier le mar­ché. Elle est en me­sure de dire quand une oeuvre est au­then­tique, no­tam­ment grâce aux ar­chives de feu son ma­ri. Certes, ce­la ne plaît pas à tout le monde, mais il faut ap­por­ter un peu de lu­mière pour éclai­rer cette oeuvre à des­ti­na­tion du grand pu­blic. »

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