Bea­trix, la re­vanche de l’in­tel­lo

Le Parisien (Paris) - - Jeux Olympiques D'hiver - LAU­RA ( RUS­SIE) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux D. C.

Ils ne se quittent plus. De­puis les ju­niors, Jean- Guillaume Bea­trix et Mar­tin Four­cade, 25 ans cha­cun, se cô­toient, se jaugent, s’af­frontent et s’ap­pré­cient. Hier, les deux com­plices sont mon­tés sur le même po­dium. « Mar­tin a connu une as­cen­sion plus ra­pide que moi chez les se­niors, ra­conte le tout nou­veau mé­daillé de bronze en pour­suite. Il m’a fal­lu quatre ans pour avoir la progression qu’il a connue en un an. » D e q u o i nour­rir une r a n c oeur vi s - à- vi s de c el ui qui est de­ve­nu entre- temps le meilleur bi­ath­lète du monde ( 5 titres de cham­pion du monde en trois ans) ? Non, bien au contraire. « Il ne s’est ja­mais dé­cou­ra­gé, sou­ligne Sig­fried Ma­zet, l’en­traî­neur du tir tri­co­lore. C’est quel­qu’un d’in­dé­pen­dant mais qui ne vit pas pour au­tant à l’écart du groupe. Il a une li­ber­té de pen­sée, il aime beau­coup lire, il est pas­sion­né d’his­toire et ap­prend même le russe. Il cherche, il gratte. C’est aus­si quel­qu’un qui ré­flé­chit et cal­cule beau­coup. » Et ces ca­pa­ci­tés d’in­tros­pec­tion, au point que cer­tains l’avaient qua­li­fié « d’in­tel­lec­tuel du ski » , lui ont par­fois joué des tours. Dans une dis­ci­pline où il faut sa­voir par­fois mettre de cô­té ses sen­ti­ments, Bea­trix ré­flé­chis­sait un peu trop.

nDé­clic psy­cho­lo­gique

La sai­son 2013- 2014 ap­pa­raît à ce titre comme un dé­clic. Ses en­traî­neurs lui ré­pètent qu’avec son

ni­veau de ski, il fait par­tie des tout meilleurs. Reste à ré­gler la mire. « J’ai le sen­ti­ment d’avoir pas­sé un cap psy­cho­lo­gique au tir cette sai­son » , a d’ailleurs confir­mé hier Bea­trix. Le Fran­çais dé­croche le 18 jan­vier der­nier à An­tholz en Italie son pre­mier po­dium en Coupe du monde, dé­jà sur la pour­suite. Hier, le na­tif de SaintP­riest ( Rhône) n’a com­mis qu’une pe­tite er­reur à son avant- der

nier pas­sage sur le pas de tir. En­suite, il a lâ­ché les che­vaux. Par­ti de la 14e place ( dé­ter­mi­née par son clas­se­ment dans l’épreuve de sprint de sa­me­di), il a ef­fec­tué une re­mon­tée fan­tas­tique, ré­sis­tant au re­tour du lé­gen­daire Bjoern­da­len, lan­cé à sa pour­suite et en quête d’une 13e mé­daille olym­pique, ce qui au­rait consti­tué un re­cord. Po­sé, Bea­trix a tran­quille­ment dis­sé­qué les der­niers hec­to­mètres de la course avant d’ex­pli­quer sa nou­velle vie de mé­daillé. « Je suis quel­qu’un de calme, vous vous en ren­drez compte. Ça fait des mois que je m’ef­force de me dire que les Jeux sont comme une épreuve de Coupe du monde, spor­ti­ve­ment. Ce qui dif­fère, c’est main­te­nant une fois la ligne fran­chie. Je le réa­lise au ni­veau des sol­li­ci­ta­tions ( rires). » Il a donc re­trou­vé sur le p o d i u m u n e v i e i l l e connais­sance, un peu per­due de vue. « C’est un peu l’ac­com­plis­se­ment de deux car­rières me­nées en pa­ral­lèle, dit- il. On a beau­coup pro­gres­sé en se me­su­rant l’un à l’autre. C’est comme un re­tour à la case dé­part. On va pou­voir à nou­veau s’af­fron­ter après avoir évo­lué dans d’autres sphères ces der­nières an­nées. » Et der­rière ces deux lo­co­mo­tives, c’est tout le bi­ath­lon fran­çais qui se frotte les mains.

Lau­ra ( Rus­sie), hier. Les deux Fran­çais, Mar­tin Four­cade et Jean- Guillaume Bea­trix, se re­trouvent une fois la ligne d’ar­ri­vée fran­chie.

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