Les étranges pra­tiques

La lo­ca­tion à la dé­coupe dans les co­pro­prié­tés dé­gra­dées per­met à des pro­prié­taires peu scru­pu­leux d’en­gran­ger de ju­teux bé­né­fices.

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - FLO­RENCE MÉRÉO

La se­maine, Mon­sieur F. est cadre su­pé­rieur dans une grande en­tre­prise. Le week- end, les ha­bi­tants, qui ont sur­nom­mé ain­si ce qua­dra­gé­naire, le voient dé­am­bu­ler dans les rues de Gri­gny 2 ( Es­sonne). Car s’il ne vit pas dans la co­pro­prié­té dé­gra­dée — la deuxième d’Eu­rope avec près de 5 000 lo­ge­ments, 17 000 ha­bi­tants et un fort en­det­te­ment, qui a conduit à sa mise sous tu­telle ju­di­ciaire —, il y pos­sède une qua­ran­taine d’ap­par­te­ments. Du T 1 au T 6, beau­coup ont été ac­quis à prix dé­ri­soire lors de ventes aux en­chères or­ga­ni­sées après des sai­sies ( lire en­ca­dré en page 3). Jusque- là, rien d’anor­mal. Sauf que dans les ap­par­te­ments de Mon­sieur F. des fa­milles entières s’en­tassent.

Flou ju­ri­dique

Loué à la dé­coupe, un même lo­ge­ment fait co­ha­bi­ter dans des sur­faces ré­duites des mères cé­li­ba­taires, des couples ve­nant d’ar­ri­ver sur le sol fran­çais, des fa­milles ex­pul­sées… Le tout pour des loyers très lar­ge­ment su­pé­rieurs au prix du mar­ché à Gri­gny. « Nous avons cal­cu­lé qu’en trois à cinq ans il ren­ta­bi­li­sait l’achat d’un T 5 » , as­sure- ton à la mai­rie de Gri­gny. Pour le maire com­mu­niste, Phi­lippe Rio, ce pro­prié­taire est l’exemple type des mar­chands de som­meil sé­vis­sant dans la co­pro­prié­té, contre les­quels il tente de lut­ter. « Bien sûr, il n’est pas le seul, mais il re­pré­sente ces gens qui gagnent très bien leur vie, et qui viennent ici faire fruc­ti­fier leur ar­gent sur la mi­sère. Pour- tant, ils ne sont que ra­re­ment in­quié­tés par la jus­tice ( NDLR : un in­for­ma­ti­cien qui louait des pièces in­sa­lubres à Gri­gny 2 vient pour­tant d’être con­dam­né à deux ans de pri­son avec sur­sis) » , tem­pête le maire.

Car si le cas de Mon­sieur F. et d’autres pro­prié­taires est connu et étu­dié de près par les au­to­ri­tés, il pro­fite d’une ré­gle­men­ta­tion dif­fi­cile à ap­pli­quer.

Un flou ju­ri­dique qui pro­fite à Mon­sieur F. Hier, il a ac­cep­té de ré­pondre à nos ques­tions. « Je loue des pièces en co­lo­ca­tion. Des­sus, je paie toutes les charges, j’éta­blis des baux. Quand je loue un stu­dio, je le loue à une per­sonne, si les gens viennent en­suite à plu­sieurs, je ne suis pas responsable » , as­sure- t- il. Sur le mon­tant exor­bi­tant des loyers, il ré­torque qu’il s’adapte au mon­tant des charges anor­ma­le­ment éle­vé à Gri­gny 2.

« Il faut bien avoir à l’es­prit que le terme mar­chand de som­meil n’a pas d’exis­tence ju­ri­dique » , pré­cise le pro­cu­reur d’Evry, Eric Lal­le­ment. La zone de sécurité prio­ri­taire ( ZSP) de Gri­gny a été do­tée d’une cel­lule de lutte contre le tra­fic im­mo­bi­lier.

« Oui, il y a un phé­no­mène in­quié­tant de lo­ge­ments loués à la dé­coupe, de fraudes d’agences im­mo­bi­lières et de squats à Gri­gny. Nous nous y at­ta­quons. Ce­la peut pa­raître long car il n’y a pas de cas d’école, mais des pro­cé­dures ont été ou vont être en­ga­gées » , pro­met- on à la pré­fec­ture.

( LP/ Sandrine Bi­net.)

Gri­gny ( Es­sonne). Dans cette gi­gan­tesque co­pro­prié­té, Mon­sieur F. pos­sède une qua­ran­taine d’ap­par­te­ments ac­quis à des prix dé­ri­soires et loués à la dé­coupe à plu­sieurs fa­milles pour des loyers très lar­ge­ment su­pé­rieurs au prix du mar­ché.

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