« Il m’ afait es­pé­rer une vie digne pour ma fa­mille »

Ma­ryse*, mère cé­li­ba­taire, vit dans 22 m 2 avec ses trois en­fants, pour un loyer de 650 €

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - GRI­GNY ( ES­SONNE) FLO­RENCE MÉRÉO * Le pré­nom a été chan­gé.

Il lui a fal­lu à peine quelques se­condes pour dé­chan­ter. « Dès que le pro­prié­taire a ou­vert la porte pour la vi­site, j’ai com­pris qu’on ne vi­vrait pas seuls avec mes en­fants. Mais il était trop tard, j’avais tout, mes va­lises, mes trois pe­tits, je ne pou­vais plus re­cu­ler » , ra­conte Ma­ryse*, une Afri­caine aux traits ti­rés.

De­puis plus de deux ans, cette jeune mère cé­li­ba­taire oc­cupe une chambre de 22 m2 dans un ap­par­te­ment à Gri­gny 2 qu’elle loue 650 € par mois. A l’in­té­rieur de l’ap­par­te­ment aux fines cloi­sons, une autre fa­mille est ins­tal­lée. Comme dans la pièce sui­vante, et en­core celle d’après. Une dou­zaine de per­sonnes vont et viennent dans cet ap­par­te­ment de for­tune où la douche et les WC com­muns sont mi­nus­cules. Et où cha­cun en­tasse pous­settes, vê­te­ments, meubles et autres af­faires dans l’étroit cou­loir qui prend des al­lures de dé­bar­ras.

Un jour, un des hommes m’a de­man­dé de… en­fin vous voyez… De­puis, je fais tout pour ne pas le croi­ser”

Ma­ryse a bien es­sayé de rendre co­quette sa pièce où trônent bi­be­lots et dé­co­ra­tions, mais face au plus jeune de ses en­fants qui se gratte le vi­sage avec vi­gueur, elle ex­plose : « Voi­là, à cause des pu­naises de lit, mon fils a la peau tout abî­mée. Avant, c’était une in­va­sion de vers. Je n’en peux plus, pour eux, c’est trop. » Pour pro­tes­ter, la jeune femme a d’ailleurs dé­ci­dé de ne plus payer son loyer de­puis des mois.

Un sché­ma clas­sique. Une sé­pa­ra­tion dou­lou­reuse avec son conjoint, l’ab­sence de toit où se ré­fu­gier… Quelques se­maines chez la fa­mille, puis les hô­tels so­ciaux pen­dant des mois. Jus­qu’au jour où Ma­ryse voit une an­nonce sur In­ter­net. « Un double stu­dio à Gri­gny. C’était cher, c’est vrai, et je n’avais que le RSA, mais j’of­frais en­fin un vrai lo­ge­ment à mes en­fants. Il m’a fait es­pé­rer une vie digne pour ma fa­mille. Alors qu’ici le bruit est in­sup­por­table, jusque tard dans la nuit, et l’hy­giène dé­plo­rable » , énu­mère- t- elle.

Ma­ryse dis­pose de sa propre salle de bains mais celle- ci est à l’autre bout de l’ap­par­te­ment. Y faire des al­lers- re­tours est de­ve­nu pour elle un vrai cau­che­mar. « Comme la pièce donne sur le cou­loir, je mets mon oreille contre la porte avant d’en sor- tir pour être sûre qu’il n’y a pas d’homme. Un jour, un des hommes m’a de­man­dé de… en­fin vous voyez… De­puis, je fais tout pour ne pas le croi­ser. »

Der­rière un ri­deau qui sépare la pièce en deux, son aî­née es­saie tant bien que mal de faire ses de­voirs. La der­nière pièce vide de l’ap­par­te­ment, son bailleur in­dé­li­cat l’a fait vi­si­ter il y a quelques jours. Un nou­veau voi­sin ar­ri­ve­ra bien­tôt. Ma­ryse ne sait pas de qui il s’agi­ra, ni s’il vien­dra seul ou en fa­mille. « En fait, on ne se parle pas, car cette si­tua­tion crée des ten­sions. »

Alors cette mère de fa­mille a fait des de­mandes de droit au lo­ge­ment op­po­sable ( Da­lo). Sans tra­vail ou sans une ré­ac­tion forte des pou­voirs pu­blics, elle sait qu’elle a peu de chances de sor­tir d’ici. « Je ne de­mande pas de grands es­paces, juste de l’in­ti­mi­té » , souffle- t- elle.

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