Les ha­bits neufs de Fa­bienne Kel­ler

Bat­tue en2008, l’ex- maire de Stras­bourg mise sur le dia­logue pour re­con­qué­rir son­siège.

Le Parisien (Paris) - - Spécial municipales - MAR­TINE CHEVALET

Sè­che­ment bat­tue par Ro­land Ries en 2008, l’an­cienne maire ( UMP) de Stras­bourg veut sa re­vanche. Pour y par­ve­nir, Fa­bienne Kel­ler veut pro­mou­voir une image plus mo­derne. Elle a chan­gé de coif­fure, min­ci et don­né ses tailleurs stricts à Em­maüs. La jeune grand- mère de 54 ans veut en convaincre les Stras­bour­geois : elle a pro­fon­dé­ment chan­gé de­puis 2008. Moins cassante, plus à l’écoute : « J’ai beau­coup ap­pris de mes er­reurs. Comme toute per­sonne à qui il ar­rive un gros pé­pin, quand on se re­lève, on n’est plus tout à fait le même » , as­sure- t- elle, jouant à fond la carte de la rup­ture per­son­nelle.

Elue maire de la ca­pi­tale al­sa­cienne en 2001, la sé­na­trice UMP is­sue de la fa­mille cen­triste a même écrit un livre — « Ma vie, ma ville - Nou­veaux ho­ri­zons pour Stras­bourg » ( Ed. la Nuée bleue) — pour me­ner son in­tros­pec­tion, consciente que, si les Stras­bour­geois l’ont bru­ta­le­ment re­mer­ciée en 2008 ( elle a été bat­tue avec 42 % des voix), c’est qu’elle n’avait pas pris le temps suf­fi­sant du dia­logue. « Pas as­sez gen­tille ? Pas as­sez douce ? On dit d’un homme qu’il a de l’au­to­ri­té, mais d’une femme, for­cé­ment, qu’elle est au­to­ri­taire » , ob­serve- t- elle en ra­con­tant ses len­de­mains sombres de dé­faite : « Dans la rue, je n’osais pas re­le­ver les yeux en pen­sant qu’une per­sonne sur deux que je croi­sais m’avait re­je­tée… » Dou­lou­reuse bles­sure d’or­gueil pour cette po­ly­tech­ni­cienne ( elles n’étaient que 16 filles dans sa pro­mo­tion) et di­plô­mée à Ber­ke­ley, née en 1959 à Sé­les­tat d’un père gaul­liste, élu mu­ni­ci­pal, qui lui a don­né le goût de la vie pu­blique.

n Une cam­pagne à la Oba­ma

L’ac­tuel maire PS, Ro­land Ries, qui l’a eue pour élève au ly­cée, doute de la réa­li­té de sa mue : « Elle a com­pris qu’elle avait fait des er­reurs, mais de là à chan­ger, il y a une marge im­por­tante. Elle prend tou­jours ses dé­sirs pour des réa­li­tés ! » tacle l’an­cien prof de fran­çais. Fa­bienne Kel­ler, en élève ap­pli­quée, lui ren­voie la po­li­tesse : « C’était un bon prof, mais c’est un maire ré­si­gné qui ne se bat pas sur les dos­siers ma­jeurs de la ville, comme le dou­ble­ment de la liai­son fer­ro­viaire Rhin- Rhône, le contour­ne­ment ouest ( NDLR : au­to

rou­tier) de la ville et surtout le com­bat contre les lob­bys an­ti- Stras­bourg qui vou­draient dé­mé­na­ger tout le Par­le­ment eu­ro­péen à Bruxelles. »

A ses yeux, Ro­land Ries est un pur pro­duit de l’école Hol­lande : « Com- me lui, il tient un double dis­cours sur les im­pôts. Et il a aug­men­té de 103 % les frais de son ca­bi­net dont il a dou­blé les ef­fec­tifs à la ville, comme à la com­mu­nau­té ur­baine. »

Kel­ler, qui a pro­mis de quit­ter le Sé­nat si elle est élue maire le 30 mars, s’est lan­cée dans une cam­pagne de ter­rain mil­li­mé­trée à la Oba­ma : des vo­lon­taires équi­pés de badges « Dites- moi tout » ar­pentent les quar­tiers, sondent les ha­bi­tants et font re­mon­ter leurs pré­oc­cu­pa­tions sur In­ter­net où une équipe dresse des « syn­thèses » . La can­di­date UMP n’a ja­mais au­tant par­lé avec ses conci­toyens. Plus de 3 000 prises de contact, 7 300 con­tri­bu­tions sur le Web, 170 commerçants ren­con­trés et 1 700 pa­rents consul­tés sur les rythmes sco­laires, rap­pelle sa pla­quette de cam­pagne.

Moins guin­dée qu’avant mais tou­jours dé­ter­mi­née — ses élec­teurs pour­raient ain­si lui re­pro­cher son en­ga­ge­ment en fa­veur du ma­riage pour tous —, Fa­bienne Kel­ler n’a pas ou­blié de faire ap­pel à ses sou­tiens à Pa­ris : Jean- Pierre Raf­fa­rin, sa « mas­cotte » en po­li­tique, Jean- Fran­çois Co­pé et Fran­çois Fillon vien­dront la sou­te­nir le 5 mars. Car, si elle fait tom­ber Stras­bourg, ce se­ra l’une des plus belles « prises » pour l’UMP. En­core lui fau­dra- t- il réus­sir au se­cond tour — où elle est cré­di­tée de 46 % des in­ten­tions de vote ( lire

nos édi­tions d’hier) — le rap­pro­che­ment avec la liste UDI de Fran­çois Loos ( lire ci- des­sous) : « Je lui ai pro­po­sé de dis­cu­ter mais il n’a pas sou­hai­té me ren­con­trer. Par presse in­ter­po­sée, il m’a pro­po­sé de di­ri­ger sa cam­pagne, puis d’être sa se­conde de liste… » Un re­gard gla­cial fait vite com­prendre ce qu’en a pen­sé la pre­mière de la classe !

Stras­bourg ( Bas- Rhin), di­manche. Nou­velle coupe, nou­veau look : Fa­bienne Kel­ler a chan­gé et veut être plus ré­cep­tive aux pré­oc­cu­pa­tions de ses conci­toyens.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.