1,1mil­lion­de­per­son­nes­pro­fitent de­billetsSNCFà­prix­pré­fé­ren­tiels

Dans son­rap­port annuel, la Cour des comptes épingle une nou­velle fois les fa­ci­li­tés de cir­cu­la­tion ac­cor­dées àd’autres bé­né­fi­ciaires que les che­mi­nots et leurs proches.

Le Parisien (Paris) - - Economie - BO­RIS CASSEL

Une nou­velle salve contre les avan­tages des em­ployés de la SNCF. Quatre ans après son rap­port ac­ca­blant sur les « fa­ci­li­tés de cir­cu­la­tion » — des billets de train à ta­rif avan­ta­geux — of­fertes aux sa­la­riés de l’en­tre­prise pu­blique ain­si qu’à leurs proches, la Cour des comptes tire de nou­veau à bou­lets rouges sur les dé­rives d’un sys­tème vieux de 75 ans. Un dis­po­si­tif dont le coût annuel est éva­lué à seule­ment 21 M€ par la SNCF alors que les sages de la Rue Cam­bon le chiffrent plu­tôt à une cen­taine de mil­lions d’eu­ros…

De quoi s’agit- il exac­te­ment ? Les per­son­nels de la SNCF ( en ac­ti­vi­té et re­trai­tés) et les membres de leur fa­mille bé­né­fi­cient de la gra­tui­té de cir­cu­la­tion sur l’en­semble du ré­seau fer­ro­viaire.

Cet avan­tage est, se­lon la Cour, qua­si­ment « sans li­mites pour les agents ac­tifs et re­trai­tés » . Leurs ayants droit pro­fitent eux aus­si de 16 voyages gra­tuits par an. Au- de­là, une ré­duc­tion de 90 % sur le prix des billets leur est pro­po­sée. Une qua­si- gra­tui­té, donc. Seuls les voyages sur les lignes à ré­ser­va­tion obli­ga­toire donnent lieu à une par­ti­ci­pa­tion fi­nan­cière. Celle- ci se chiffre à 1,50 € pour une ré­ser­va­tion TGV en pé­riode nor­male et à 13,40 € en pé­riode de pointe en pre­mière classe.

nT­rop peu d’ef­forts faits pour en­ca­drer ces lar­gesses

Rien de cho­quant, pour la Cour, à ce que les per­sonnes tra­vaillant dans une en­tre­prise pu­blique bé­né­fi­cient d’avan­tages en na­ture. Le hic, c’est qu’il y a eu au fil des ans une « dé­rive du champ des bé­né­fi­ciaires » à l’image, par exemple, de l’ou­ver­ture de ce gé­né­reux sys­tème aux pa­rents, grands- pa­rents et mêmes ar­rière- grands- pa­rents des che­mi­nots ! Même man­sué­tude pour les 3 600 mé­de­cins tra­vaillant à temps com­plet ou à temps par­tiel pour le compte de la SNCF, qui en pro­fitent eux aus­si pour « eux- mêmes et leurs ayants droit » …

A force d’élar­gir le dis­po­si­tif à d’autres per­sonnes que les che­mi­nots, ces der­niers sont même deve- nus « des bé­né­fi­ciaires mi­no­ri­taires » du sys­tème, iro­nise le rap­port de la Cour des comptes. « Le to­tal des fa­ci­li­tés de cir­cu­la­tion con­cern a i t , f i n 2 0 1 1 , p l u s d e 1 100 000 per­sonnes, dont seule­ment 15 % de che­mi­nots en ac­ti­vi­té » , dé­plore- t- elle dans son rap­port. Et d’ajou­ter : « Le grand nom- bre, par­mi les bé­né­fi­ciaires, de per- sonnes dont les liens avec le che­min de fer sont pour le moins té­nus, pose pro­blème au re­gard de l’éga­li­té d’ac­cès au ser­vice pu­blic fer­ro­viaire. »

Une critique dé­jà émise dans un pré­cé­dent rap­port en 2009, mais ré­ité­ré. Car trop peu d’ef­forts ont été faits pour en­ca­drer ces lar­gesses. Une carte à puce d’identité élec­tro­nique, ap­pe­lée Pass Car­mil­lon, a bien été mise en place afin que les contrô­leurs puissent vé­ri­fier si, oui ou non, les pas­sa­gers sont en droit de pro­fi­ter de ces ta­rifs pré­fé­ren­tiels. Se­lon la Cour, ce­la a « per­mis de mettre fin aux pra­tiques qui consis­taient à ré­ser­ver une place dans plu­sieurs trains pour un même tra­jet en at­ten­dant de sa­voir le­quel on al­lait prendre, ou à ré­ser­ver toutes les cou­chettes d’un même com­par­ti­ment pour ne pas avoir de voi­sins » . Pro­blème : « Cette mo­der­ni­sa­tion ne concerne pas tous les ayants droit. »

Autre pro­grès à réa­li­ser : les « fa­ci­li­tés ac­cor­dées à des per­son­na­li­tés pu­bliques » , qui de­mandent une re­mise en ordre. « On constate que des fa­ci­li­tés sont éga­le­ment ac­cor­dées à plu­sieurs di­zaines de per­son­na­li­tés, res­pon­sables et an­ciens res­pon­sables de l’exé­cu­tif ou res­pon­sables de hautes ins­ti­tu­tions ad­mi­nis­tra­tives ou ju­di­ciaires, et dans cer­tains cas à leurs proches » , dé­plorent les ma­gis­trats, qui notent que ces bé­né­fi­ciaires n’ont « pas de lien spé­ci­fique avec le monde fer­ro­viaire » . En clair, des VIP bé­né­fi­cient d’un ta­rif conçu à l’ori­gine pour des ou­vriers. La SNCF es­time, elle, que de nom­breux pro­grès ont été faits, d’autres étant à ve­nir, mais elle ré­fute l’ar­gu­ment de la Cour des comptes se­lon le­quel « la sen­si­bi­li­té so­ciale du su­jet freine toute ten­ta­tive de sim­pli­fi­ca­tion » . Cour des comptes : ses prin­ci­paux aver­tis­se­ments

( MaxPPP/ Alexan­der Roth.)

Les che­mi­nots bé­né­fi­cient de la gra­tui­té sur les billets de train. Rien de cho­quant, se­lon la Cour des comptes. Là où le bât blesse, c’est que cet avan­tage a été éten­du à nombre de per­sonnes qui n’ont rien à voir avec la SNCF.

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