Des­li­vres­pou­ren­fantsàl’in­dex

Le Parisien (Paris) - - Société - LAURENT MAN­SART

Dans un zoo de New York, un couple de man­chots mâles re­cueille et couve un oeuf aban­don­né jus­qu’à l’éclo­sion du pe­tit Tan­go. Cette his­toire, ti­rée d’un fait réel da­tant de 1998, ne plaît guère au Prin­temps fran­çais. « Tan­go a deux pa­pas et pour­quoi pas ? » , livre écrit en 2010 par Béa­trice Bou­tillon, fait par­tie d’une liste d’oeuvres pour la jeu­nesse ci­blées par les membres ou sym­pa­thi­sants du mou­ve­ment de Béa­trice Bourges. « On de­mande aux pa­rents d’ap­pe­ler les bi­blio­thèques, d’ap­pe­ler les mai­ries pour que ces livres soient re­ti­rés des rayon­nages » , a dé­cla­ré hier la pré­si­dente de ce groupe d’op­po­sants ra­di­caux au ma­riage ho­mo­sexuel. Ces pres­sions sont re­layées sur In­ter­net, no­tam­ment par le Sa­lon Beige, un blog ul­tra­con­ser­va­teur, qui in­vite à dres­ser une liste de « bi­blio­thèques idéo­lo­giques » pro­po­sant des livres, se­lon eux, « à la gloire de la théo­rie du genre » .

nL’As­so­cia­tion des bi­blio­thé­caires de Fran­ce­mon­teau cré­neau

Une tren­taine de villes en France au­raient été contac­tées, no­tam­ment en ré­gion pa­ri­sienne. Par­mi elles, Mas­sy ( Es­sonne), Boulogne- Billan­court et Neuilly- sur- Seine ( Hauts- de- Seine), où le maire UDI Jean- Christophe Fro­man­tin ex­plique avoir re­çu deux mails et un cour­rier au su­jet de cinq livres. Les de­mandes de re­trait, plus ou moins vi­ru­lentes, ont été nom­breuses aus­si dans les Yve­lines. Des in­ter­ven­tions ont eu lieu à Saint- Ger­main- en- Laye, où le maire ( UMP) Em­ma­nuel La­my n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer sur « un non- su­jet » . Trois autres com­munes, dont les maires étaient en­ga­gés l’an der­nier au­près de la Manif pour tous, ont été contac­tées : Ver­sailles, Vi­ro­flay, où la bi­blio­thèque af­firme avoir bien re­çu un « coup de té­lé­phone de­man­dant que l’on re­tire des livres » , et Le Ches­nay. Dans cette ville, la di­rec­trice de la bi­blio­thèque ra­conte avoir vu « quel­qu’un sem­blant faire du re­pé­rage, qui est en­suite ve­nu de­man­der à l’ac­cueil qui fai­sait le choix des ac­qui­si­tions. Il n’y a eu ce­pen­dant au­cun pro­pos ou­tran­cier ou violent » . Le maire ( UMP), Phi­lippe Brillault, a, lui, re­çu trois mails de « pa­rents ha­bi­tant la ville » qui s’in­quié­taient de la pré­sence du fa­meux « Tan­go a deux pa­pas » dans le coin jeu­nesse de la bi­blio­thèque.

« On m’in­ter­ro­geait sur des phé­no­mènes so­cié­taux que je dé­fends, re­late Phi­lippe Brillault, mais je n’ai en au­cun cas à faire de la cen­sure. » L’ou­vrage, dis­po­nible de­puis 2010 dans des bacs ac­ces­sibles par les tout- pe­tits, a été re­po­si­tion­né plus haut sur une éta­gère du fonds des pa­rents. « Nous pro­té­geons les en­fants » , ex­plique le maire, et, pour lui, l’his­toire des deux man­chots exige une « ex­pli­ca­tion de texte de la part des pa­rents » . « Quand on com­mence à s’at­ta­quer aux livres, ce­la rap­pelle des mau­vaises pé­riodes de l’his­toire, s’in­surge un des usa­gers de la bi­blio­thèque. J’es­père que per­sonne ne se lais­se­ra faire. »

A la suite de la mi­nistre de la Culture Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti, qui a dé­non­cé les pres­sions exer­cées par des « mou­ve­ments ex­tré­mistes qui exigent le re­trait de la consul­ta­tion de tout ou­vrage ne cor­res­pon­dant pas à la mo­rale qu’ils pré­tendent in­car­ner » , l’As­so­cia­tion des bi­blio­thé­caires de France ( ABF) s’est in­sur­gée hier contre « l’obs­cu­ran­tisme » et « une sorte de fa­na­tisme » de ces groupes.

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