On a re­trou­vé Ro­bert Em­miyanà… Antony

Lé­gende du saut en lon­gueur, l’an­cien cham­pion ar­mé­nien, qui fut aus­si conseiller du fu­tur émir­du Qa­tar, s’oc­cupe d’ath­lètes d’un club des Hauts- de- Seine.

Le Parisien (Paris) - - Sports Ile- De- France - THIER­RY RAYNAL

Ro­bert Em­miyan n’a rien ou­blié. Au bord des sau­toirs, il mime l’ap­pel sur la planche, étend son corps pen­dant l’en­vol et amor­tit la chute dans le bac à sable. D’un simple coup d’oeil, il sau­rait don­ner la me­sure exacte du saut, bien avant l’an­nonce of­fi­cielle. « La lon­gueur, c’est ma vie, af­firme- t- il avec un cha­leu­reux sou­rire. Et je veux par­ta­ger ma pas­sion. Il faut sa­voir trans­mettre. »

Ro­bert Em­miyan, c’est 45 sauts à plus de 8,20 m et surtout une marque qui reste au­jourd’hui en­core la qua­trième de l’his­toire. Le 22 mai 1987, sur le pe­tit stade de Tsah­kad­zor, ni­ché à 1 840 m d’al­ti­tude dans son Ar­mé­nie na­tale, il re­tombe à 8,86 m et donne des fris­sons à Bob Bea­mon, alors in­tou­chable re­cord­man du monde ( 8,90 m) après son saut d’ex­tra­ter­restre aux JO de Mexi­co en 1968.

Par la suite, seuls deux autres Amé­ri­cains, Mike Po­well ( 8,95 m, re­cord du monde) et Carl Le­wis ( 8,87 m), fe­ront mieux que lui lors d’un duel épique aux Mon­diaux de To­kyo en 1991. Mais le re­cord d’Eu­rope de l’ath­lète ar­mé­nien tient tou­jours de­puis bien­tôt vingt- sept ans…

Au­jourd’hui âgé de 49 ans, il en­seigne sa science en Ile- de- France, au club d’Antony et éga­le­ment au­près d’ath­lètes de l’équipe de France, comme Eloyse Le­sueur ( Saint- De­nis Emo­tion), cham­pionne d’Eu­rope 2012. « Grâce à mes bonnes re­la­tions avec Re­naud Lon­guèvre ( NDLR : en­traî­neur na­tio­nal) et le pré­sident Ber­nard Am­sal­lem, je suis de­ve­nu conseiller en lon­gueur pour la FFA, ap­pré­cie ce père de deux filles. Je se­rais fier d’ai­der les ath­lètes tri­co­lores à at­teindre des som­mets. » Une ma­nière pour ce fils d’im­mi­grés grecs de rendre à la France ce qu’elle lui a ap­por­té.

En 1993, alors que sa car­rière touche à sa fin, il pose ses va­lises à l’Avia- Club d’Is­sy- les- Mou­li­neaux, puis s’ins­tal­le­ra avec sa fa­mille au Ples­sis- Ro­bin­son où il vit tou­jours. Bien des an­nées après, l’homme est en­core mar­qué par le trem­ble­ment de terre qui a tou­ché son pays ce fu­neste 7 dé­cembre 1988. Un séisme qui a ra­va­gé sa ville de Gyum­ri — ap­pe­lée Le­ni­na­ken à l’époque — et frap­pé sa fa­mille avec no­tam­ment le dé­cès de son père.

« Deux j ours avant le trem­ble­ment, j ’ étais à Mos­cou pour soi­gner une bles­sure, ra­conte- t- il. C’est pour ça que je suis tou­jours vi­vant. » Carl Le­wis, cha­ri­table, l’ac­cueille pen­dant un mois dans sa villa de San­ta Mo­ni­ca ( Ca­li­for­nie). « Il faut tou­jours re­gar­der de­vant soi, in­siste Ro­bert Em­miyan, qui a vé­cu trois ans à l’hô­tel pen­dant la re­cons­truc­tion de son pays. Lorsque j’ai re­pris la com­pé­ti­tion, c’était plus pour ma fa­mille et mes amis que pour moi. » Entre 2000 et 2009, c’est au Qa­tar que le triple cham­pion

Il y a des ta­lents en France et j’ai­me­rais que la nou­velle gé­né­ra­tion batte un jour mon re­cord”

d’Eu­rope ( 1986 et 1987 en salle, 1986 en plein air) trou­ve­ra une autre main ten­due. Nom­méen­traî­neur na­tio­nal, il guide un ath­lète sur la plus haute marche de po­dium aux Mon­diaux ju­niors 2002. Per­son­nage af­fable, il sé­duit Ta­mim bin Ha­mad al- Tha­ni, alors pré­sident du co­mi­té olym­pique qa­ta­rien qui en fait son conseiller. De­puis, ce­lui- ci a ra­che­té le PSG et est de­ve­nu l’an pas­sé émir du pays… « Au Qa­tar, le dé­ve­lop­pe­ment du sport est im­pres­sion­nant, as­sure l’exath­lète au maillot rouge de l’Union so­vié­tique qui en­tre­tient sa sil­houette quatre fois par se­maine. J’y ai conser­vé de belles re­la­tions. »

Mais c’est surtout son Ar­mé­nie qu’il veut dé­sor­mais voir gran­dir. Elu pré­sident de la Fé­dé­ra­tion d’ath­lé­tisme en 2010, il en­tre­tient une co­opé­ra­tion avec la France et des échanges bé­né­fiques. « Il y a des ta­lents ici et j’ai­me­rais que la nou­velle gé­né­ra­tion batte un jour mon re­cord. » Ses con­seils n’y se­raient alors sans doute pas pour rien…

Eau­bonne ( Val- d’Oise), di­manche der­nier. Ro­bert Em­miyan pose de­vant la marque qui lui vaut tou­jours le re­cord d’Eu­rope du saut en lon­gueur ( 8,86 m) alors qu’il ac­com­pagne ses ath­lètes d’Antony lors des cham­pion­nats ré­gio­naux.

( A. De­ni­sov.)

Stutt­gart ( Al­le­magne), le 1er sep­tembre 1986. Ro­bert Em­miyan, qui concourt sous les cou­leurs de l’Union so­vié­tique, rem­porte les Cham­pion­nats d’Eu­rope avec un saut à 8,41 m.

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