ATours, les­ci­toyens sont « bla­sés »

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - TOURS ( INDRE- ET- LOIRE) De nos en­voyés spé­ciaux PAS­CALE ÉGRÉ

Sur le mar­ché du Bef­froi, quar­tier po­pu­laire du nord de Tours, Da­niel, 65 ans, écharpe rouge au cou, a plan­té son dra­peau CGT. A deux pas d’un quar­te­ron de mi­li­tants fron­tistes, cet an­cien de la mé­tal­lur­gie fait si­gner une pé­ti­tion pour Fran­çois Hol­lande : « Baisse du pou­voir d’achat, im­pôts, TVA : les re­trai­tés disent STOP » .

Dans ce sec­teur où barres HLM et pa­villons se cô­toient, la mise en exa­men du sé­na­teur- maire PS Jean Ger­main dans l’af­faire « des ma­riages chi­nois » ( NDLR : des « noces ro- man­tiques » sym­bo­liques or­ga­ni­sées entre 2007 et 2011 à l’hô­tel de ville pour des tou­ristes par une ex- col­la­bo­ra­trice du maire qui au­rait tou­ché pour ce­la 800 000 € d’ar­gent pu­blic) oc­cupe moins les conver­sa­tions que la ré­cente ar­ri­vée du tram­way. « Ça, c’est son meilleur ou­til de cam­pagne ! » avance le syn­di­ca­liste pour qui « par­ler du FN, des his­toires de fesses du pré­sident ou des sou­cis ju­di­ciaires » de l’édile per­met « de ne pas évo­quer les fermetures d’en­tre­prises ou le sort des re­trai­tés » . Lui et son ca­ma­rade Ro­ger, qui optent d’or­di­naire pour « le plus rouge pos­sible » , vo­te­ront pour la liste Ger­main en mars. « Il est rose mou, mais y’a pas d’al­ter­na­tive. »

nL’ins­truc­tion per­turbe l’agen­da du can­di­dat Ger­main

Dans la ville, l’évo­ca­tion de ce dos­sier d’es­cro­que­rie pré­su­mée sus­cite sou­vent des haus­se­ments d’épaules. « Bah, ça m’in­té­resse pas ça ! » ba­laie Claude, 76 ans, re­trai­té. « Si l’ar­gent des ma­riages est bien ren­tré dans les caisses… » s’amuse sa voi­sine. « Son éti­quette de cu­mu­lard de man­dats, c’est ça qui me gêne le plus ! » en­ten­don bien sou­vent. L’ins­truc­tion ne cesse pour­tant de per­tur­ber l’agen­da du can­di­dat sor­tant : après sa mise en exa­men pour « com­pli­ci­té de prise illé­gale d’in­té­rêts et de dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics » à l’au­tomne, Jean Ger­main a été confron­té en jan­vier avec la prin­ci­pale or­ga­ni­sa­trice de ces « noces ro­man­tiques en Tou­raine » , Lise Han, son an­cienne char­gée des re­la­tions avec l’Asie à la mai­rie.

« Quand même, il de­vait bien être au cou­rant de ce que cette femme a fait ! » s’in­digne Syl­vie, 54 ans, sans em­ploi. « Non, un vrai maire, il dé­lègue » , la contre­dit Omar, 60 ans. « Moi, ça medérange, il ne de­vrait pas se re­pré­sen­ter tant qu’il n’y a pas de ju­ge­ment » , s’in­digne Mé­la­nie, 38 ans, com­mer­ciale et « de gauche » qui vo­te­ra cette fois blanc. Gé­rard, 65 ans, sa­lue en Ger­main « un bon ma­gouillou » … pour son art « des in­trigues avec d’autres bords po­li­tiques ! » « C’est pas que les gens s’en fichent, c’est qu’ils sont bla­sés » , sou­pire une mar­chande de pommes.

« Evi­dem­ment non. Je n’uti­li­se­rai pas ça dans ma cam­pagne et je l’ai dit » , af­firme sans dé­tour Serge Ba­ba­ry, can­di­dat UMP et prin­ci­pal chal­len­geur du maire. A l’es­pace Jacques- Ville­ret, dans le quar­tier sud, Catherine, 60 ans, af­firme avoir été d’abord « heur­tée » par l’af­faire, avant que sa co­pine em­ployée mu­ni­ci­pale ne l’ait ras­su­rée. « Il n’y a pas d’en­ri­chis­se­ment per­son­nel » , sou­ligne un fu­tur co­lis­tier cen­triste. Quant au prin­ci­pal in­té­res­sé, il n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer. « C’est le maire sor­tant qui est mis en exa­men, pas le can­di­dat » , mar­tèle sa porte- pa­role.

( LP/ O. Aran­del.)

Tours ( Indre- etLoire), le 23 jan­vier. L’af­faire des ma­riages chi­nois s’in­vite dans la cam­pagne de Jean Ger­main.

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