« Je­veux êtreac­teur de­ma­vie jus­qu’au­bout »

Ré­miC­hau­vet, 23ans

Le Parisien (Paris) - - Société - CHRISTINE MATEUS

Rémi n’a que 23 ans, l’âge où l’on se sent in­vul­né­rable. Pour­tant, il y a trois se­maines ce jeune Pa­ri­sien a ré­di­gé ses di­rec­tives an­ti­ci­pées. « Le cas de Vincent Lam­bert a vrai­ment été un dé­clic. Je ne veux pas me re­trou­ver dans cette si­tua­tion et char­ger mes proches d’une dé­ci­sion dif­fi­cile à prendre. Au moins, j’au­rai pris les de­vants » , confie- t- il.

Il a dé­si­gné ses deux pa­rents comme per­sonnes de confiance pour faire va­loir ses voeux s’il se re­trou­vait dans l’in­ca­pa­ci­té de les ex­pri­mer. « Ma mère a com­pris ma de­mande même si elle a re­con­nu que ce se­rait très dur pour elle de le faire. » Faire quoi, jus­te­ment ? « Je ne veux pas être dans un lit d’hô­pi­tal, to­ta­le­ment dé­pen­dant, sans pou­voir bou­ger, par­ler… comme Vincent Lam­bert. Si je suis main­te­nu ar­ti­fi­ciel­le­ment en vie, je sou­haite pou­voir par­tir di­gne­ment. En ce qui me concerne, j’ai­me­rais qu’une loi fu­ture au­to­rise l’in­jec­tion lé­tale, l’eu­tha­na­sie donc. Il fau­drait aus­si que les di­rec­tives an­ti­ci­pées soient moins contrai­gnantes pour per­mettre à cha­cun d’être ac­teur de sa vie jus­qu’au bout. Ce qui n’est pas le cas au­jourd’hui. Etre pri­son­nier de mon corps, c’est la pire des choses qui pour­raient m’ar­ri­ver » , avance Rémi dont la dé­marche a tou­te­fois éton­né ses amis.

« Ils ne se sentent pas vrai­ment concer­nés mais, de­puis les dis­cus- sions que nous avons eues en­semble, l’idée a fait son che­min. Même si je suis en­core le seul du groupe à avoir fait des di­rec­tives an­ti­ci­pées. C’est nor­mal, il faut lais­ser le temps de la ré­flexion. Ça m’a fait quelque chose quand même de les si­gner et de voir mes pa­rents le faire aus­si. J’ai éga­le­ment en­voyé une co­pie à mon mé­de­cin trai­tant. Tout le monde est dé­sor­mais au cou­rant. Au­jourd’hui, je me sens sou­la­gé. Si Vincent Lam­bert avait écrit ses di­rec­tives an­ti­ci­pées et dé­si­gné une per­sonne de confiance, je pense que les évé­ne­ments n’au­raient pas pris cette tour­nure. » Ele­vé dans une fa­mille ca­tho­lique, le jeune homme ne se re­con­naît pas, mal­gré son édu­ca­tion, « chez ces gens qui bran­dissent leur foi » pour s’op­po­ser au « lais­ser par­tir » de la loi Leo­net­ti.

« La ques­tion de la mort n’a ja­mais été ta­boue dans ma fa­mille. Puis, j’ai comme autre exemple une grand- mère qui est par­tie dans des condi­tions qu’elle n’au­rait pas vou­lues, je pense. Ce­la vous oblige à ré­flé­chir sur le su­jet. »

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