Un in­fan­ti­cide sans ca­davre aux as­sises

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - JÉ­RÔME SAGE

Au­jourd’hui s’ou­vri­ra de­vant les as­sises du Gers, à Auch, le pro­cès d’Au­drey Pu­jos, une mère de 35 ans, ac­cu­sée d’avoir tué sa qua­trième fille dans les heures sui­vant sa nais­sance. Un crime sans ca­davre.

Les faits re­montent au 3 sep­tembre 2011. Au­drey est alors sa­la­riée d’un su­per­mar­ché Al­di, à Lom­bez, pe­tite ville de 2 000 ha­bi­tants entre Auch et Tou­louse. En mi­lieu d’après- mi­di, dans les toi­lettes de la zone ré­ser­vée aux em­ployés, la jeune femme accouche. Une col­lègue joue la sage- femme, aide à cou­per le cor­don. Le nou­veau- né est alors bien vi­vant. Peu après 18 heures, cette col­lègue rac­com­pagne la ma­man à son do­mi­cile de Sa­ra­mon, un vil­lage de 800 ha­bi­tants à quelques ki­lo­mètres de là. Son ma­ri est absent, ses trois filles aus­si.

Après une douche, vers 19 heures, la jeune mère au­rait, se­lon ses dé­cla­ra­tions, dé­cou­vert que l’en­fant ne res­pi­rait plus. « A par­tir de ce mo­ment, dé­crit son avo­cat, Me Pierre Ther­si­quel, elle s’est mise en pi­lo­tage au­to­ma­tique, se­lon ses mots, et est al­lée po­ser le corps de l’en­fant dans un conte­neur à 900 m de son do­mi­cile. » L’avo­cat de l’ac­cu­sée note par ailleurs que, lors de l’ac­cou­che­ment, per­sonne n’a contac­té les se­cours, ni la col­lègue de tra­vail ni le di­rec­teur du ma­ga­sin.

nUn dé­ni de gros­sesse

L’en­quête sur ce néo­na­ti­cide ne dé­bute que quelques jours plus tard, lors­qu’on s’étonne de l’ab­sence d’Au­drey au su­per­mar­ché, et qu’elle re­con­naî­tra de­vant les gen­darmes s’être dé­bar­ras­sée du corps de sa fille. Sui­vra une dé­ten­tion pro­vi­soire, jus­qu’en mars 2012. De leur cô­té, les en­quê­teurs cher­che­ront le ca­davre du nou­veau- né, fouillant une dé­charge, ex­plo­rant un lac. En vain. Cette ab­sence de corps pèse lourd dans les ac­cu­sa­tions d’ho­mi­cide vo­lon­taire sur mi­neur de moins de 15 ans et at­teinte à l’in­té­gri­té d’un corps. Car sans la dé­pouille du nour­ris­son, dif­fi­cile d’in­fir­mer l’ex­pli­ca­tion d’une mort na­tu­relle de la fillette, née par sur­prise. En ef­fet, la gros­sesse n’était connue ni des proches de la mère de fa­mille ni de son ma­ri. Seuls ses col­lègues de tra­vail avaient connais­sance de cet état, mais en avaient été aver­tis seule­ment quelques jours avant les faits. Un cas ty­pique, pour Me Ther­si­quel, de dé­ni de gros­sesse par­tiel. « Elle ex­plique qu’elle ne pou­vait pas conce­voir d’être en­ceinte d’un homme qu’elle n’ai­mait plus, mais conteste for­mel­le­ment, de­puis le dé­but, le néo­na­ti­cide » , ex­plique- til, dé­cri­vant un couple en crise, di­vor­cé de­puis. Pour étayer cette ver­sion, l’avo­cat a fait ci­ter un émi­nent gy­né­co­logue lillois afin d’ « éclai­rer » le ju­ry sur ce phé­no­mène du dé­ni de gros­sesse. Et contrer les ac­cu­sa­tions de meurtre sou­te­nues par le ma­ri d’Au­drey, par­tie ci­vile. En théo­rie, l’ac­cu­sée en­court la pri­son à vie.

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