Les chauf­feurs de taxi ne dé­co­lèrent pas

En toile de fond du conflit qui op­pose de­puis plu­sieurs se­maines chauf­feurs de taxi etVTC, le sys­tème mé­con­nu de la plaque. Une au­to­ri­sa­tion obli­ga­toire pour exer­cer le mé­tier et qui coûte cher.

Le Parisien (Paris) - - La Une - BRU­NO MAZURIER

Ils pro­testent de­puis plu­sieurs jours en ré­gion pa­ri­sienne mais aus­si en pro­vince contre la concur­rence des VTC ( voi­tures de tou­risme avec chauffeur), qu’ils jugent dé­loyale. Les taxis es­timent que les VTC n’ont pas les mêmes contraintes pour exer­cer leur ac­ti­vi­té de trans­port. Mais qui sont les taxis ? Que faut- il faire pour exer­cer cette pro­fes­sion ? Com­bien coûte une li­cence ? Mode d’em­ploi d’une pro­fes­sion très ré­gle­men­tée.

Com­bien sont- ils ? Les chauf­feurs de taxi sont plus de 50 000 ac­tuel­le­ment en France, dont un bon tiers en­vi­ron — un peu plus de 17 000 — en ré­gion pa­ri­sienne, où un quo­ta ( nu­me­rus clau­sus) est dé­fi­ni par la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris. La pro­fes­sion com­prend une grande ma­jo­ri­té d’ar­ti­sans d’une part et des sa­la­riés d’autre part tra­vaillant pour des so­cié­tés pri­vées : G 7 ou Taxis bleus, par­mi les plus connues dans la ca­pi­tale.

Comment de­vient- on chauffeur ? Il faut avoir le per­mis de conduire de­puis au moins trois ans et être ti­tu­laire d’un bre­vet de se­cou­risme pour pas­ser les épreuves du cer­ti­fi­cat de ca­pa­ci­té pro­fes­sion­nelle. Des épreuves com­pre­nant un socle com­mun na­tio­nal ( Code de la route, no­tions de comp­ta­bi­li­té, ré­gle­men­ta­tion…) et une par­tie lo­cale consis­tant no­tam­ment à sa­voir lire une carte, un plan. A no­ter qu’en pro­vince, si le conduc­teur veut chan­ger de dé­par­te­ment, il doit re­pas­ser cette épreuve dans sa nou­velle zone d’ac­ti­vi­té. Ce cer­ti­fi­cat coûte en moyenne entre 2 500 et 3 000 €. Si le taux de réussite à ces épreuves est as­sez im­por­tant dans Pa­ris in­tra­mu­ros ( au­tour de 80 %), ce n’est pas le cas en ban­lieue, dé­nonce un ar­ti- san taxi du Val- de- Marne : « Sur trente can­di­dats qui passent les épreuves dans ce dé­par­te­ment, cinq en­vi­ron les réus­sissent, contre plu­sieurs cen­taines sur Pa­ris chaque an­née. La rai­son, ex­plique- t- il, est que les so­cié­tés de taxis pa­ri­siens ont be­soin de nom­breux chauf­feurs en per­ma­nence pour rem­pla­cer ceux qui ar­rêtent. »

Qui dé­livre les li­cences ? Pour Pa­ris in­tra- mu­ros et les trois dé­par­te­ments de proche ban­lieue ( Hautsde- Seine, Seine- Saint- De­nis et Valde- Marne), cette li­cence don­nant le droit d’exer­cer la pro­fes­sion, aus­si ap­pe­lée plaque ou au­to­ri­sa­tion de sta­tion­ne­ment est dé­li­vrée par la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris, qui en contrôle le nombre ( voir plus haut). Pour le reste de la France, les au­to­ri­sa­tions sont gé­né­ra­le­ment dé­li­vrées par les mai­ries en fonc­tion des be­soins lo­caux.

Com­bien coûte une plaque ? « Suite ma­la­die, vends li­cence taxi pa­ri­sien, 260 000 € avec lu­mi­neux vert- rouge in­clus » , dit une an­nonce sur un site spé­cia­li­sé. Autre an­nonce : « Vends cause re­traite li­cence taxi à Ville­neuve- le- Roi. Clien­tèle as­su­rée, conven­tion­née CPAM, très bon CA : Prix 120 000 € » , ou en­core « Vends li­cence ré­gion de Chartres : 55 000 € » . Théo­ri­que­ment gra­tuites, les plaques sont dans la pra­tique de­ve­nues payantes car les dé­lais sont ex­trê­me­ment longs pour s’ins­tal­ler comme ar­ti­san taxi. A Pa­ris, l’ob­ten­tion d’une plaque gra­tui­te­peut prendre jus­qu’à dix- sept ans ! On com­prend alors que se soit dé­ve­lop­pé un mar­ché son­nant et tré­bu­chant des plaques. Le plus sou­vent, les li­cences sont ven­dues entre an­ciens taxis par­tant à la re­traite et nou­veaux ar­ri­vants dans la pro­fes­sion.

Comment se fixe le prix des plaques ? La simple loi de l’offre et de la de­mande. Vont bien sûr ren­trer en ligne de compte le chiffre d’af­faires et la zone géo­gra­phique. C’est pour­quoi on trouve les ta­rifs les plus éle­vés dans la ca­pi­tale : au­tour de 240 000 € en moyenne l’an­née der­nière. Mais les villes de Cannes ou Nice sont en­core plus chères. Une li­cence pour la zone de Cannes- Mou­gins- Mouans- Sar­toux et Grasse est ac­tuel­le­ment ven­due… 300 000 € ! « C’est im­pos­sible d’amor­tir une telle somme, même en tra­vaillant quinze heures par jour » , s’ex­clame Mar­cel, ar­ti­san taxi en ré­gion pa­ri­sienne. Sans ou­blier que les chauf­feurs ar­ti­sans comptent sur la re­vente de leur li­cence pour par­tir à la re­traite avec un pé­cule.

( LP/ Cé­dric Le­cocq.)

La li­cence, ap­pe­lée éga­le­ment plaque, au­to­ri­sant les taxis à exer­cer la pro­fes­sion est dé­li­vrée par la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris pour la ca­pi­tale et la pe­tite cou­ronne et par les mai­ries en pro­vince.

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