« Onest moins prêts à lais­ser le ha­sard faire les choses »

Ca­the­rine Le jealle, so­cio­logue et pro­fes­seuràl’ ESG Ma­na­ge­ment School

Le Parisien (Paris) - - Le fait du jour - Pro­pos re­cueillis par FL. G.

Etre en couple et sans plus at­tendre ! Se­lon la so­cio­logue spé­cia­liste du nu­mé­rique, les sites de ren­contre ré­pondent à ces deux ordres in­ti­més par une so­cié­té en crise où la re­la­tion amou­reuse se dresse en rem­part. Pour­quoi les sites de ren­contre sur le Net en­re­gistrent- ils un tel suc­cès ? CA­THE­RINE LE­JEALLE. Ils se sont dé­mo­cra­ti­sés : les jeunes, les vieux, les dif­fé­rentes classes so­ciales, tout le monde s’y est mis. Sur­tout, ils ré­pondent à cette exi­gence de ra­pi­di­té. On est dé­sor­mais moins prêts à lais­ser le ha­sard faire les choses. On veut tout, tout de suite. Or, ces sites, qui re­posent sur un pa­ra­digme qua­si in­dus­triel, ac­cé­lèrent les ren­contres. En l’es­pace de quelques an­nées, ils se sont donc ba­na­li­sés. On sug­gère main­te­nant spon­ta­né­ment à un ami cé­li­ba­taire de s’y ins­crire. Est- il plus dif­fi­cile de se ren­con­trer dans la « vraie vie » ? Ab­so­lu­ment. Les ri­tuels de ren­contre ont dis­pa­ru. Les bals, ces lieux col­lec­tifs et ou­verts à des per­sonnes du même âge et toutes dis­po­nibles ont dis­pa­ru. Les signes ex­té­rieurs de dis­po­ni­bi­li­té aus­si : on porte moins l’al­liance. Alors les cé­li­ba­taires ne savent pas avec qui ils peuvent ten­ter une ap­proche. En ré­gion pa­ri­sienne, un ma­riage sur deux se ter­mine par un di­vorce. On se re­trouve donc sur le mar­ché de la ren­contre à tous les âges pos­sibles. Quelque part, ces sites sont une im­mense base de don­nées de gens libres que l’on peut contac­ter sans risque d’es­suyer une re­buf­fade. L’in­jonc­tion du couple a- t- elle ja­mais été aus­si forte ? Les at­tentes qui pèsent sur le couple sont énormes. Le monde du travail est de plus en plus dif­fi­cile : manque de re­con­nais­sance, perte de sens, pré­ca­ri­té. L’Eglise et les grands com­bats idéo­lo­giques se sont dé­li­tés. Alors à quoi s’ac­cro­cher ? A l’en­fant, aux liens proches et au couple qui se dresse en rem­part face à la crise. S’ins­crire sur un site, est- ce re­non­cer au ro­man­tisme ? Evi­dem­ment, ces sites ont ce cô­té marchand, uti­li­taire. Mais cet as­pect est un peu es­tom­pé par le fait que l’on se ren­contre en­suite très vite hors du cla­vier. Les couples se ra­content alors leur propre his­toire : ils avaient la même ac­ti­vi­té spor­tive, fré­quen­taient le même bar. La ren­contre « au­rait pu » se faire. Mais comment s’y pre­nait- on avant l’ar­ri­vée de ces sites ? Avant les ac­ti­vi­tés spor­tives ou cultu­relles, on se ren­con­trait d’abord au travail. Or, avec la crise, une grande mé­fiance pèse sur l’en­tre­prise : on ne sait plus qui sont ses amis ou ses en­ne­mis. Les pé­riodes de ré­pit et de par­tage ont dis­pa­ru. Ce contexte est net­te­ment moins pro­pice à la ren­contre. Est- ce dé­sor­mais rin­gard de sou­hai­ter faire des ren­contres dans la vraie vie? Non, car il y a tou­jours l’at­tente d’une ren­contre aléa­toire, comme dans les films. D’ailleurs, beau­coup d’ins­crits conti­nuent de cher­cher dans la vraie vie. Pour le reste, il faut sa­voir qu’un couple se ren­con­trant sur In­ter­net a le même ave­nir que les autres : il peut aus­si bien se sé­pa­rer que fon­der une fa­mille.

Ca­the­rine Le­jealle constate qu’il est plus dif­fi­cile de ren­con­trer l’âme soeur dans la « vraie vie » au­jourd’hui que par le pas­sé.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.