A Ut­ten­hof­fen, plon­gée dans un vil­lage bleu Ma­rine

Dans ce vil­lage, il n’y apas de pro­blèmes de chô­mage, d’im­mi­gra­tion oud’ in­sé­cu­ri­té, mais Ma­rine Le Pe­ny a ob­te­nu43 % en2012.

Le Parisien (Paris) - - Spécial Municipales - UT­TEN­HOF­FEN ( BAS- RHIN) De notre en­voyée spé­ciale VA­LÉ­RIE HACOT

C’est un pe­tit vil­lage pai­sible per­du dans la cam­pagne à une qua­ran­taine de ki­lo­mètres de Stras­bourg. Ut­ten­hof­fen, ses mai­sons blanches, jaunes, vertes ou bleu ma­rine, son temple pro­tes­tant — le plus pe­tit d’Al­sace — et ses 180 ha­bi­tants qui ont vo­té lors de l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2012 à… 43 % pour le Front na­tio­nal.

En cette ma­ti­née plu­vieuse, seuls quelques rares cy­clistes et autres pro­me­neurs de chiens ar­pentent la rue prin­ci­pale. Pas de com­merces, pas de bis­trot, un seul res­tau­rant, fer­mé en cette sai­son… la vie s’écoule très cal­me­ment à Ut­ten­hof­fen. Nul be­soin tou­te­fois de cher­cher bien loin les par­ti­sans de Ma­rine Le Pen. Croi­sés par ha­sard de­vant une mai­son, Jean- Paul, 48 ans, et Ri­chard, 71 ans, le re­con­naissent sans dé­tour : ils donnent leur suf­frage au Front. « Ici presque tout le monde fait pa­reil. Et ça fait plus de vingt ans que ça dure » , ex­plique le re­trai­té, né dans le vil­lage. Pour son ami Jean- Paul, ou­vrier dans une usine à quelques ki­lo­mètres de là et lui aus­si en­fant du pays, le vote fron­tiste, c’est « avant tout pour don­ner un aver­tis­se­ment. Je ne sais pas si Ma­rine Le Pen pour­rait chan­ger les choses, mais on ne peut pas conti­nuer comme ça. Plus les an­nées passent, plus la France s’en­fonce. Chaque an­née, on de­vient plus pe­tits. » Ri­chard ac­quiesce ; lui af­firme ne pas être ra­ciste, mais… « Je suis d’ac­cord pour ac­cep­ter les étran­gers qui tra­vaillent, par contre ceux qui viennent ici pour ne rien faire et tou­cher les aides so­ciales… La se­maine der­nière en­co-

Il faut re­la­ti­vi­ser : il y a 40 % d’abs­ten­tion

chez nous”

Al­bert Jost, le maire sor­tant

re, la femme du pasteur d’un vil­lage d’à cô­té a fait une quête pour des pe­tits Noirs. Pour­quoi eux, alors qu’il y a tel­le­ment d’en­fants mal­heu­reux chez nous ? »

Seul can­di­dat pour l’ins­tant — sans éti­quette — aux mu­ni­ci­pales, le maire sor­tant, Al­bert Jost, élu de­puis plus de trente ans, est proche de la droite clas­sique. Le par­ti­cu­la­risme élec­to­ral de ses ad­mi­nis­trés, il le connaît, mais il s’in­ter­dit de ju­ger. « Il faut re­la­ti­vi­ser : il y a 40 % d’abs­ten­tion chez nous. Ceux qui votent FN, en re­vanche, se mo­bi­lisent tou­jours, alors for­cé­ment le Front fait un gros score » , ex­plique l’édile, qui a cé­lé­bré cet été un ma­riage ho­mo­sexuel : « J’avais un peu peur de la ré­ac­tion des gens, mais c’est pas­sé sans pro­blème. » Dans sa com­mune, pas de sou­cis par­ti­cu­liers : ni in­sé­cu­ri­té ni chô­mage. Quant à la pré­sence d’im­mi­grés, le maire est obli­gé de ré­flé­chir quelques se­condes : « Ah! Oui, on a un couple d’Al­le­mands. En­fin, la femme est al­le­mande et le ma­ri fran­çais. »

Comment expliquer alors la per­cée du FN? « Ce­la s’appelle un pa­ra­doxe » , constate Fran­çois*, le coeur à gauche, fer­me­ment at­ta­ché à son ano­ny­mat, « parce que je ne veux pas d’en­nuis » . « Les gens sont gen­tils, mais ils ont be­soin d’ordre et ils ont peur. Alors qu’il ne se passe ja­mais rien. » Peur? Mo­nique*, de « droite mo­dé­rée » , qui ne sou­haite pas non plus être re­con­nue, confirme : « On ferme tou­jours nos mai­sons à double tour. » Pour­tant, très peu de cam­brio­lages sont re­cen­sés. « Oui, mais mieux vaut pré­ve­nir que gué­rir » , tranche- t- elle.

Ces us et cou­tumes lo­cales, Pas­cal et Eve­lyne com­mencent tout juste à s’y ha­bi­tuer. Ce couple de qua­dra­gé­naires s’est ins­tal­lé en 2010 dans le lo­tis­se­ment neuf construit à un jet de pierre du temple. « On vient d’un vil­lage à 1 km, et l’état d’es­prit ici est très dif­fé­rent. Ils sont très re­pliés sur eux- mêmes » , ex­plique Pas­cal. « Il y a des gens très sym­pas, d’autres moins. Ceux qui ha­bitent en face de chez nous par exemple nous re­gardent tou­jours de tra­vers, ils n’ont ma­ni­fes­te­ment pas sup­por­té qu’on vienne s’ins­tal­ler chez eux » , ren­ché­rit sa femme. Do­ro­thée, leur voi­sine, elle aus­si im­plan­tée de­puis qua- tre ans, a une ana­lyse plus di­recte : « S’ils votent FN, c’est parce qu’ils ne veulent pas d’Arabes chez eux ! » Et de confier : « Les po­li­ti­ciens des par­tis tra­di­tion­nels ne connaissent rien de la réa­li­té quo­ti­dienne des gens. Moi je touche 1 250 € net et pour al­ler bos­ser à Stras­bourg, ça me coûte 250 € en ga­zole chaque mois. Vous ima­gi­nez? Alors moi aus­si ça fait vingt ans que je vote FN. » Eve­lyne la re­garde, les yeux ronds : « Bah dis donc, toi, t’as vrai­ment trou­vé ton vil­lage! »

( LP/ Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Ut­ten­hof­fen ( Bas- Rhin), di­manche. Dans ce pe­tit vil­lage de 180 âmes, le vote FN est plé­bis­ci­té.

( LP/ Mat­thieu de Mar­ti­gnac.)

Ut­ten­hof­fen, di­manche. « Ici presque tout le monde fait pa­reil. Et ça fait plus de vingt ans que ça dure » , ex­pliquent Jean- Paul et Ri­chard.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.