Le­pa­tron­deBPCE sous­pres­sion

L’en­quête sur la no­mi­na­tion de Fran­çois Pé­rol se­rait sur le point d’être close. Il se­ra dif­fi­cile pour le pré­si­dent­du­grou­peBan­que­po­pu­laire- Caisse d’épargne d’évi­ter un­ren­voi de­vant les tri­bu­naux.

Le Parisien (Paris) - - Economie - JANNICK ALIMI

Au sein du groupe BPCE ( Banque po­pu­laire- Caisse d’épargne), les es­prits s’y préparent : après sa mise en exa­men jeu­di der­nier pour prise illé­gale d’in­té­rêts, le pré­sident du groupe, Fran­çois Pé­rol, pour­rait dif­fi­ci­le­ment échap­per à un ren­voi de­vant les tri­bu­naux, se­lon les avo­cats des parties ci­viles, Me Jé­rôme Kar­sen­ti et Me Da­niel Ri­chard. Il risque jus­qu’à cinq ans d’em­pri­son­ne­ment et 75 000 € d’amende. Une dé­ci­sion lourde de consé­quences pour l’un des plus grands groupes ban­caires du pays, où l’on se re­fuse à tout com­men­taire. Le juge Ro­ger Le Loire se­rait sur le point de clore son ins­truc­tion.

Il re­proche à Pé­rol d’avoir ac­cep­té en fé­vrier 2009 la di­rec­tion du groupe is­su du ma­riage entre la Banque po­pu­laire et la Caisse d’épargne, alors qu’il sui­vait le dos­sier à l’Ely­sée en tant que se­cré­taire gé­né­ral ad­joint. Or la loi in­ter­dit aux fonc­tion­naires d’être em­bau­chés par des en­tre­prises sur les­quelles ils ont exer­cé une au­to­ri­té di­recte dans les trois ans pré­cé­dant leur pas­sage du pu­blic au privé. Les témoignages re­cueillis lors de l’en­quête sou­lèvent plu­sieurs ques­tions.

nLe rôle de Sar­ko­zy dans le choix de Pé­rol

Proche de l’ex- chef de l’Etat, qu’il conseillait of­fi­cieu­se­ment, Alain Minc dé­cla­rait lors de son au­di­tion du 23 jan­vier : « Qui pro­pose, je ne sais pas, mais qui dé­cide sous le quin­quen­nat Sar­ko­zy, la ré­ponse est évi­dente. » Sous- en­ten­du : le pré­sident lui- même.

Les deux an­ciens pa­trons de la Caisse d’épargne et de la Banque po­pu­laire pré­cisent de leur cô­té que, lors d’une réu­nion te­nue le 21 fé­vrier 2009 à l’Ely­sée en pré­sence de son se­cré­taire gé­né­ral, Claude Guéant, le chef de l’Etat avait in­di­qué qu’il sou­hai­tait voir Pé­rol de­ve­nir di­rec­teur gé­né­ral exé­cu­tif de BPCE. Mo­tif ré­af­fir­mé par Ni­co­las Sar­ko­zy : l’ur­gence face à la crise fi­nan­cière et au dé­fi­cit de la Caisse d’épargne, com- blé en par­tie par une aide de l’Etat de 5 Mds€. De­vant le juge, l’ac­tuel pa­tron de BPCE est plus nuan­cé. Se­lon lui, fin fé­vrier 2009, l’ex- pré­sident de la Ré­pu­blique s’im­pa­tien­tait de la len­teur des di­ri­geants des deux groupes à trou­ver un ac­cord sur les mo­da­li­tés de leur fu­sion. « Il me dit que je suis le plus com­pé­tent mais qu’il a be­soin de moi à l’Ely­sée » , dé­clare- t- il.

nD’autres per­son­na­li­tés avaient été pres­sen­ties

Mal­gré ses com­pé­tences una­ni­me­ment re­con­nues, Fran­çois Pé­rol n’était pas le seul can­di­dat sus­cep­tible de prendre les com­mandes du fu­tur groupe BPCE. De­vant les juges, Alain Minc re­con­naît avoir dé­con­seillé à Pé­rol de prendre de telles fonc­tions. Minc avait ain­si pro­po­sé Charles- Hen­ri Fi­lip­pi, un proche de Laurent Fa­bius, qui ve­nait de quit­ter la pré­si­dence de HSBC France. A Ni­co­las Sar­ko­zy, qui le pres­sait de trou­ver un pa­tron à la fu­ture BPCE, Pé­rol avait pro­po­sé trois per­son­na­li­tés : Phi­lippe Ci­terne, à l’époque nu­mé­ro 2 de la So­cié­té gé­né­rale, Phi­lippe Wahl, res­pon­sable de la Royal Bank of Scot­land France, proche de Mi­chel Ro­card, et Sté­phane Ri­chard, alors di­rec­teur de ca­bi­net de Ch­ris­tine La­garde.

Pour­quoi Pé­rol a- t- il fi­na­le­ment été nom­mé ? « Ce­la montre la pra­tique du pou­voir de Ni­co­las Sar­ko­zy, qui consis­tait à pla­cer ses proches à tous les postes clés » , es­ti­meMe Jé­rôme Kar­sen­ti. Forte de ces témoignages, la jus­tice, elle, se pro­non­ce­ra sur les mo­da­li­tés de cette no­mi­na­tion et sur le res­pect des règles dé­on­to­lo­giques.

Pa­ris, juin 2013. Se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’Ely­sée en 2009, Fran­çois Pé­rol avait gé­ré le ma­riage entre deux banques, avant de prendre la di­rec­tion de la nou­velle en­ti­té. Un par­cours stric­te­ment in­ter­dit par la loi.

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