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Fa­ti­maBen­bra­ham, avo­ca­teau­bar­reaud’Al­ger

Le Parisien (Paris) - - Enquête - Pro­pos re­cueillis par S. R.

Fa­ti­ma Ben­bra­ham dé­fend les Al­gé­riens vic­times des es­sais nu­cléaires. Que pen­sez- vous de ces nou­veaux élé­ments ? FA­TI­MA BEN­BRA­HAM. C’est en­core pire que ce que l’on croyait. De­puis long­temps, nous sa­vons que les consé­quences des es­sais dans le Sa­ha­ra sont beau­coup plus graves que ce qu’en di­sait la France. Mais là, on dé­couvre que c’est toute l’Al­gé­rie qui a été tou­chée et même tous les pays de l’an­cienne Afrique de l’Ouest co­lo­niale. Que vont pen­ser le Sé­né­gal, la Côte d’Ivoire, le Bé­nin… quand ils vont dé­cou­vrir cette carte ? Quelles sont les consé­quences sa­ni­taires en Al­gé­rie ? Con­trai­re­ment à ce que di­sait la France, les zones de tirs des bombes étaient loin d’être in­ha­bi­tées. Il y avait des di­zaines de vil­lages peu­plés de mil­liers d’ha­bi­tants ! Au­jourd’hui, je dé­fends des gens ex­po­sés à l’époque, mais aus­si leurs en­fants, les nomades des ca­ra­vanes qui, de­puis des dé­cen­nies, ont tra­ver­sé ces zones ra­dio­ac­tives, les Al­gé­riens qui ont fait leur ser­vice mi­li­taire dans ces ré­gions… Ce sont des di­zaines de mil­liers de vic­times po­ten­tielles. Dans le Grand Sud, le dia­bète, la leu­cé­mie, la sté­ri­li­té, les af­fec­tions de la thy­roïde, qui sont des ma­la­dies ca­rac­té­ris­tiques des ra­dia­tions, ont ex­plo­sé ces der­nières an­nées. Avez- vous une connais­sance pré­cise de ce qui s’est pas­sé ? Non, car quand l’ar­mée fran­çaise a quit­té les sites de tirs en 1967, elle a em­por­té toutes ses ar­chives, ce qui rend com­pli­qué de sa­voir quelles sont les zones tou­chées ! En par­tant, les mi­li­taires ont en­foui des tonnes de ma­té­riels ra­dio­ac­tifs sans lais­ser la car­to­gra­phie. De­puis, les ha­bi­tants se sont ser­vis, ont ré­cu­pé­ré du mé­tal, du cuivre, au pé­ril de leur vie. Que de­man­dez- vous au­jourd’hui ? La France doit rendre des comptes. Le mythe de la « bombe propre » est fi­ni ! C’est un crime conti­nu que nous su­bis­sons de­puis cin­quante ans. La loi d’in­dem­ni­sa­tion des vé­té­rans fran­çais ex­clut les po­pu­la­tions al­gé­riennes, c’est un scan­dale. Elle doit être ou­verte à toutes les vic­times. L’ar­mée fran­çaise doit nous don­ner les ar­chives et ces­ser de se pro­té­ger der­rière le se­cret- dé­fense.

Ce sont des di­zaines de mil­liers de vic­times po­ten­tielles”

En­fin, la France doit nous ai­der à dé­con­ta­mi­ner les mon­tagnes de dé­chets et sou­te­nir des pro­grammes de soins. Au­jourd’hui, les Al­gé­riens vic­times de can­cer dans le Grand Sud doivent al­ler à Al­ger pour se soi­gner.

Le 13 fé­vrier 1960, Ger­boise bleue, la pre­mière bombe ato­mique fran­çaise, ex­plose dans le Sa­ha­ra. Ce do­cu­ment dé­taille les re­tom­bées nu­cléaires ra­dio­ac­tives dans les jours sui­vants.

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