« J’

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - De notre en­voyée spé­ciale

ai adop­té deux en­fants, pas quatre. » La phrase est d’An­nie Toi­non. Un pro­pos la­pi­daire, dé­fi­ni­tif, qu’elle se plai­sait à ré­pé­ter et qui à lui seul donne le ton des dé­bats qui se tiennent de­puis une se­maine, et jus­qu’à ce soir, de­vant la cour d’as­sises de la Loire. Est- ce pour au­tant la clé de l’énigme ? Cette femme de 58 ans, qui avait adop­té avec son ma­ri trois gar­çons et une fille en Po­logne fin 1993, a été re­trou­vée morte, crâne et mâchoire fra­cas­sés dans sa ferme de Saint- Gal­mier ( Loire), le 15 juillet 2010. Or, ce sont eux, Jo­han et Au­ré­lien, 27 et 28 ans, les plus jeunes, ceux qui ne fai­saient pas par­tie du pro­jet ini­tial d’adop­tion mais que la Po­logne a « im­po­sés » aux Toi­non pour ne pas di­vi­ser la fra­trie, qui com­pa­raissent au­jourd’hui pour l’as­sas­si­nat de leur mère. Un crime qu’ils ont tou­jours nié.

Faute de té­moin, de contra­dic­tion sur les em­plois du temps ou de preuve ma­té­rielle convain­cante — le sang re­trou­vé sur un tee- shirt, et sur le­quel s’ap­puyait l’ac­cu­sa­tion, n’est pas ce­lui de la vic­time, se­lon l’ex­pert cité à la barre — reste la dis­sec­tion de cette fa­mille, ses sen­ti­ments et ses res­sen­ti­ments, à la re­cherche d’un mo­bile.

Car­rures de dé­mé­na­geurs, ex­pres­sion bour­rue, Jo­han et Au­ré­lien, au- jourd’hui dans le box des ac­cu­sés, tranchent avec le phy­sique gra­cile de Yan­nick, l’aî­né, et les traits fins d’Ade­line, leur soeur.

nElle en­traî­nait ses en­fants dans des jeux al­coo­li­sés

Dès l’ar­ri­vée en France, l’en­tou­rage re­con­naît que Yan­nick de­vient le pré­fé­ré d’An­nie, son « pous­sin » , tan­dis que Jo­han est son « souffre- dou­leur » . Mal­me­né, le pe­tit der­nier est frap­pé à coups de bou­teille, de trous­seau de clés, hu­mi­lié… « Il y avait

( de dos, avec une de leurs avo­cates) deux ma­mans, dit- il au­jourd’hui, comme pour l’ex­cu­ser. Celle qui bu­vait et celle qui ne bu­vait pas. Quand elle ne bu­vait pas, c’était une femme gé­niale. » Mais An­nie Toi­non bu­vait, dis­si­mu­lant son propre al­coo­lisme der­rière ce­lui de ses en­fants, qu’elle en­traî­nait dans des jeux pour voir qui se­rait saoul en pre­mier… Les ten­sions ne manquent pas dans cette fa­mille, où les en­fants sont éle­vés à la dure et où il n’est cou­tume ni de se plaindre ni de po­ser des ques­tions. Ain­si Ade­line trou­ve­ra- t- elle ses af- faires de­hors, dans des sacs pou­belles en ren­trant du ly­cée, alors qu’elle ve­nait d’an­non­cer sa gros­sesse à ses pa­rents. Au­ré­lien, lui, est un tai­seux qui rêve de vaches lai­tières et de re­prendre l’ex­ploi­ta­tion de son père. Mais ses pa­rents vont pré­fé­rer vendre leurs terres.

Pour les gen­darmes, gui­dés par la ru­meur pu­blique, Jo­han et Au­ré­lien au­raient été mus par une haine cris­tal­li­sée de­puis des an­nées. D’au­tant qu’Au­ré­lien avait, dix ans plus tôt, agres­sé son grand- père ma­ter­nel, le

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