L’im­pos­tu­re­du « Bee­tho­ven­ja­po­nais »

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - MA­RIE- PIA RIEUBLANC

ausse note au Ja­pon ! Le cé­lèbre com­po­si­teur Mamoru Sa­mu­ra­go­chi a créé un cha­ri­va­ri na­tio­nal en avouant avoir eu re­cours à un nègre, Ta­ka­shi Nii­ga­ki, pen­dant dix­huit ans. Le « mu­si­cien » de 50 ans, re­con­nais­sable à sa longue cri­nière noire et ses lu­nettes de so­leil, a éga­le­ment ad­mis avoir fait croire qu’il était sourd de­puis l’âge de 35 ans, ce qui lui avait va­lu le sur­nom de Bee­tho­ven ja­po­nais. Ce han­di­cap ima­gi­naire l’avait fait pas­ser pour un gé­nie et sa po­pu­la­ri­té avait at­teint les ai­gus en 2011 avec le suc­cès de sa « Sym­pho­nie d’Hi­ro­shi­ma » , sor­tie au len­de­main du tsu­na­mi.

« Je me sens pro­fon­dé­ment hon­teux d’avoir vé­cu une fausse vie » , a écrit l’imposteur dans une lettre aux mé­dias nip­pons, pré­ci­sant à pro­pos de sa sur­di­té, qu’il n’en souf­frait que de­puis trois ans. « Je peux en­tendre des mots si on parle fort et len­te­ment à l’oreille » , a- t- il as­su­ré, ju­rant dire dé­sor­mais « la vé­ri­té » .

nUne com­po­si­tion jouée à Sot­chi met le feu aux poudres

La su­per­che­rie de Sa­ma­ga­ro­chi a cho­qué les Ja­po­nais qui se sont tour­nés vers le « gé­nie de l’ombre » , le pia­niste Ta­ka­shi Nii­ga­ki. Fu­rieux d’en­tendre l’une de ses com­po­si­tions jouée aux Jeux olym­piques de Sot­chi lors de la pres­ta­tion du pa­ti­neur ja­po­nais Dai­suke Ta­ka­ha­shi et pré­sen­tée comme l’oeuvre de Sa­ma­ga­ro­chi, Nii­ga­ki a tout ré­vé­lé à la presse nip­pone : « De­puis dix- huit ans, je suis le nègre de Sa­mu­ra­go­chi » et « je n’ai pas pen­sé une seule fois qu’il pou­vait être sourd » . « Je pen­sais être son as­sis­tant, a- t- il ra­con­té, mais j’ai peu à peu réa­li­sé qu’il était in­ca­pable de com­po­ser » , a- t- il in­sis­té, ex­pli­quant avoir vou­lu dé­voi­ler l’escroquerie « à plu­sieurs re­prises » mais avoir cé­dé face à la star qui lui pro­met­tait de l’ar­gent et a mê­me­me­na­cé de se sui­ci­der. Nii­ga­ki n’au­ra en fait per­çu que 7 mil­lions de yens ( 51 000 €), une mi­sère pour le vé­ri­table au­teur de « l’Hymne de la re­cons­truc­tion » , un grand suc­cès au Ja­pon.

Mamoru Sa­mu­ra­go­chi, mu­si­cien una­ni­me­ment sa­lué au Ja­pon et pré­ten­du­ment sourd de­puis quinze ans, n’est pas l’au­teur de ses cé­lèbres sym­pho­nies.

C’est le pia­niste Ta­ka­shi Nii­ga­ki qui com­po­sait dans son ombre de­puis 18 ans.

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