Livre.

La ro­man­cière à suc­cès re­vient avec le pre­mier to­med’une nou­velle tri­lo­gie, « Mu­cha­chas » , d’une to­na­li­té plus sombre, au­tour de la vio­lence faite aux femmes.

Le Parisien (Paris) - - Loisirs et Spectacles - PIERRE VAVASSEUR

La Pan­col est de re­tour. Trois ans et de­mi qu’on n’en­ten­dait plus guère par­ler d’elle de­puis que « Les écu­reuils de Cen­tral Park étaient tristes le lun­di » , l’ou­vrage du même nom fer­mant une tri­lo­gie com­men­cée en 2006 avec « les Yeux jaunes des cro­co­diles » , pour­sui­vie deux an­nées plus tard par « la Valse lente des tor­tues » et ache­vée en beau­té par les sym­pa­thiques re­pré­sen­tants de la fa­mille des sciu­ri­dés. Que fai­sait Ka­the­rine de­puis tout ce temps ? A Pa­ris, elle écri­vait. A New York, qu’elle connaît comme sa poche, elle écri­vait. A Fé­camp, en Nor­man­die où elle passe les mois d’été, elle écri­vait. Et elle écri­vait quoi ? Une tri­lo­gie. C’est sa dis­tance, dé­sor­mais. Sa règle de trois. Pour­quoi faire court quand on peut faire long en n’en­nuyant per­sonne ?

Le pre­mier tome de cette nou­velle tra­ver­sée, dont les pro­chains tomes sor­ti­ront en avril et en juin, a tour­né le dos au genre ani­mal. Il s’in­ti­tule « Mu­cha­chas » . Un titre qu’elle a trou­vé, ra­conte- t- elle, en se bais­sant pour ra­mas­ser un crayon de pa­pier. Ques­tion im­mé­diate : y re­trouve- ton la sma­la pan­co­lienne ? Les Hor­tense, les Jo­sé­phine, les Phi­lippe, les Ga­ry ? Oui, ils sont là. A New York, à Ve­nise… mais là quand même. Ils pour­suivent leur des­tin, dé­mis­sionnent, doutent d’eux- mêmes et ruent dans les bran­cards en agi­tant l’éten­dard de leur pe­tit ca­rac­tère. La ro­man­cière n’avait pas choi­si de les convo­quer mais, confie- t- elle en­core, ils se sont in­vi­tés d’eux- mêmes, fâ­chés de ne pas être conviés au bal de cette nou­velle in­trigue au­tour de deux f emmes, Stel­la et Ju­lie, fer­railleuses de leur état et fer­raillant avec des des­tins qui ne sont pas tout roses. Der­rière son ar­mure de gar­çonne, Stel­la cache les ci­ca­trices d’une bles­sure in­gué­ris­sable. De toute fa­çon, dans « Mu­cha­chas » — « les Filles » en es­pa­gnol —, les femmes ont be­soin d’être nom­breuses et so­lides car les hommes n’y vont pas de main morte avec elles.

Une oeuvre au noir der­rière la ru­ti­lante cou­ver­ture orange vif ? « Pas du tout, s’in­surge la star fran­çaise des lettres, tra­duite dans le monde en­tier ( lire ci- des­sous). Cer­tains de mes livres comme J’étais là avant ou Em­bras­sez- moi, étaient beau­coup plus vio­lents. Il est pos­sible que le suc­cès de la tri­lo­gie ait mo­di­fié cette image. » Cette fois, ses fer-

Cer­tains de mes livres étaient beau­coup

plus vio­lents”

railleuses viennent d’une ren­contre de ha­sard. Quant à l’in­trigue, elle est née d’une scène, dé­taillée en fin d’ou­vrage, dont Ka­the­rine fut té­moin un jour de juin 2010 dans un res­tau­rant proche de Lourdes. Un homme avait vio­lem­ment frap­pé sa femme de­vant leurs deux en­fants. Ka­the­rine ayant re­joint la vic­time aux toi­lettes, l’agres­seur s’en était pris à elle : « Tu te casses ou je la dé­rouille. » Psy­cho­lo­gi­que­ment, c’est l’écri­vain qui a dé­rouillé. Pe­tite ques­tion à ce pro­pos : la ru­meur court se­lon la­quelle Ka­the­rine au­rait de bonnes rai­sons de ne pas voir tout en rose. « Je n’ai été ni une pe­tite fille bat­tue ni vio­lée ! » ré­torque- t- elle. Même pas une pe­tite ombre ac­cro­chée à sa mère ? « Vrai­ment pas ! Ça n’a rien à voir ! » Tant mieux. Tou­te­fois, pour sa­voir ce qu’il y au­rait à voir, ren­dez- vous à la pro­chaine tri­lo­gie. « Mu­cha­chas » , de Ka­the­rine

Pan­col, Ed. Al­bin Mi­chel, 422 pages, 19,80 €.

( Ed Alcock/ M. Y. O. P.)

L’in­trigue du der­nier ro­man de Ka­the­rine Pan­col est née d’une scène dont elle fut té­moin en 2010. Un homme avait vio­lem­ment frap­pé sa femme de­vant leurs deux en­fants. La ro­man­cière ayant re­joint la vic­time aux toi­lettes, l’agres­seur s’en était pris à elle : « Tu te casses ou je la dé­rouille. »

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