Les so­cia­listes re­doutent un vote-sanc­tion

Alors que le PS re­doute l’abs­ten­tion et un vote sanc­tion aux mu­ni­ci­pales, l’ely­sée ré­flé­chit à un re­ma­nie­ment avant les eu­ro­péennes de mai pour trou­ver un nouvel élan.

Le Parisien (Paris) - - La Une - RO­SA­LIE LU­CAS ET NA­THA­LIE SCHUCK

Vers un gou­ver­ne­ment com­man­do et res­ser­ré au len­de­main des mu­ni­ci­pales pour por­ter le pacte de res­pon­sa­bi­li­té ? A l’Ely­sée comme dans la ma­jo­ri­té, l’idée fait son che­min. En at­ten­dant, à 36 jours du scru­tin, les élus PS re­doutent une abs­ten­tion mas­sive des élec­teurs de gauche et râlent contre un exé­cu­tif com­pa­ré… au « Ti­ta­nic ». n « On va prendre une vague dans la fi­gure ! » Au PS, les es­prits sont pas­sés en deux se­maines d’une re­la­tive sé­ré­ni­té à la stu­peur : et si les mu­ni­ci­pales étaient un re­make de 1983, qui avait vu la gauche perdre une tren­taine de grandes villes deux ans après l’élec­tion de Fran­çois Mit­ter­rand ? « Ce ne se­ra pas un suc­cès », eu­phé­mise un ha­bi­tué de l’Ely­sée, qui pressent un scru­tin « mau­vais »… voire « ca­tas­tro­phique ». « C’est la loi des élec­tions in­ter­mé­diaires pour le pou­voir », se ré­signe Ch­ris­tophe Bor­gel, le Mon­sieur Elec­tions du PS, pour qui « en­vi­ron 150 villes changent de camp » à chaque mu­ni­ci­pale. Sur le ter­rain, les can­di­dats PS font face à des élec­teurs ti­raillés entre vo­te­sanc­tion et abs­ten­tion. « Il y en a qui rous­pètent, hé­sitent, grognent », ra­conte un élu. « On va prendre une vague dans la fi­gure ! », re­doute un autre.

Seul mi­nistre tête de liste, à Bou­logne-sur-Mer, Fré­dé­ric Cu­villier se veut ras­su­rant : « On n’est pas en 1993 avant les lé­gis­la­tives. » Mais, à la base du par­ti, les re­gards cour­rou­cés se tournent vers le tan­dem Hollande-Ay­rault, après les der­niers couacs sur la loi fa­mille et les fonc­tion­naires. « On est dans une si­tua­tion cré­pus­cu­laire et Pé­père rit ! C’est son cô­té Louis XVI, bien­tôt il va se prendre de pas­sion pour la ser­ru­re­rie », vi­tu­père un can­di- dat. Quant au Pre­mier mi­nistre, « il y a un pro­blème de ligne, de mé­thode, une ab­sence de sang-froid », tacle un mi­nistre. Char­gé des élec­tions, Ma­nuel Valls appelle au calme et pré­cise : « Je pré­fère un cli- mat d’in­quié­tude pour mo­bi­li­ser à un cli­mat de béa­ti­tude. » nA nou­velle po­li­tique, nou­velles têtes ? Aga­cé par les ca­fouillages, le pré­sident en­vi­sa­ge­rait, se­lon plu­sieurs de ses proches, d’ac­cé­lé­rer son ca­len­drier pour « re­mettre les comp­teurs à zé­ro ». L’idée : for­mer un gou­ver­ne­ment de com­bat res­ser­ré pour por­ter le pacte de res­pon­sa­bi­li­té sur le­quel il pense jouer son quin­quen­nat, si­tôt après les mu­ni­ci­pales, sans at­tendre les eu­ro­péennes de mai. Un signe ? C’est en avril que doit être or­ga­ni­sé le vote de confiance sur ce pro­jet à l’As­sem­blée. « Ce se­ra comme une dé­cla­ra­tion de po­li­tique gé­né­rale », dé­crypte un mi­nistre. En clair, comme un nou­veau dé­part pour le gou­ver­ne­ment. « Il faut une équipe pour por­ter un nouvel élan. Après les mu­ni­ci­pales, c’est bien », plaide donc un conseiller ély­séen. Car l’équipe ac­tuelle semble à bout de souffle, obli­geant le pré­sident, qui bat des re­cords d’im­po­pu­la­ri­té, à s’ex­po­ser dan­ge­reu­se­ment. n En cou­lisses, les té­nors piaffent. Et si le pré­sident en pro­fi­tait pour chan­ger de Pre­mier mi­nistre ? Dans l’idéal, il pré­fé­re­rait at­tendre les ré­gio­nales de 2015. Mais, à gauche, un mot cruel re­vient s’agis­sant du lo­ca­taire de Ma­ti­gnon, à cran ces jours-ci : « usé ». « Il ne joue pas son rôle de fu­sible », re­grette un mi­nistre. « Ay­rault a le pro­fil idéal pour le per­choir de l’As­sem­blée », ose un hol­lan­dais his­to­rique, qui es­père Valls à Ma­ti­gnon, car « il faut en­voyer au feu ceux qui en ont le plus en­vie ».

En re­trait à Lille, Mar­tine Au­bry a elle-même écar­té l’idée qu’elle pour­rait être un re­cours. « Non, je ne se­rai pas Pre­mier mi­nistre », at-elle dé­cla­ré au « Point ». Reste le cas Sé­go­lène Royal, dont l’en­trée au gou­ver­ne­ment était com­pro­mise par la « fat­wa Trier­wei­ler », se­lon le mot d’un de ses amis. « Al­lez m’expliquer pour­quoi elle n’en­tre­rait pas main­te­nant ? », lance le même. La dé­ci­sion re­vien­dra au DRH de l’Ely­sée, qui se garde d’abattre ses cartes trop tôt. « Il de­vient mit­ter­ran­dien, sou­rit un de ses vieux co­pains. Il fait du ma­na­ge­ment par la peur. »

(Wostok Press/maxppp/fran­çois Lafite..)

Pa­lais de l’Ely­sée, hier. Au sein du PS, des élus in­quiets sou­haitent voir Fran­çois Hollande en­tou­ré d’une nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale après les élec­tions mu­ni­ci­pales.

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