Af­faire Vincent Lam­bert : les rai­sons d’un sur­sis

Le Con­seil d’etat a or­don­né hier une nou­velle ex­per­tise sur le cas de ce té­tra­plé­gique en état vé­gé­ta­tif. Il ren­dra sa dé­ci­sion fi­nale… avant l’été.

Le Parisien (Paris) - - Société - CLAU­DINE PROUST

Vincent Lam­bert va conti­nuer à vivre, en état vé­gé­ta­tif, au CHU de Reims. Le sort de l’ex-in­fir­mier psy­chia­trique de 38 ans, té­tra­plé­gique et en état de conscience mi­ni­male de­puis son ac­ci­dent de voi­ture en 2008, est dé­sor­mais sus­pen­du à une dé­ci­sion qui in­ter­vien­dra… avant l’été. Ain­si en a fi­na­le­ment dé­ci­dé le Con­seil d’Etat hier après­mi­di, au terme d’une dé­ci­sion aux mots pe­sés, après en avoir dé­bat­tu puis dé­li­bé­ré de­puis jeu­di. n La Le Con­seil s’est ran­gé à la re­quête du rap­por­teur pu­blic pour or­don­ner une nou­velle ex­per­tise mé­di­cale : trois mé­de­cins spé­cia­listes en neu­ros­ciences doivent éva­luer l’état de san­té de Vincent Lam­bert, le ca­rac­tère ir­ré­ver­sible de ses lé­sions cé­ré­brales, son pro­nos­tic cli­nique. Ils de­vront sur­tout es­ti­mer sa ca­pa­ci­té à com­mu­ni­quer « de quelque ma­nière que ce soit » et si ses éven­tuelles ré­ac­tions sont sus­cep­tibles d’in­di­quer une vo­lon­té.

Entre mai der­nier, où les pa­rents avaient at­ta­qué en jus­tice une pre­mière fois pour in­ter­rompre l’ar­rêt des trai­te­ments dé­jà en­ga­gé, et le 16 jan­vier, date à la­quelle le tri­bu­nal de Cha­lons re­to­quait une deuxième dé­ci­sion de l’équipe mé­di­cale de stop­per la nu­tri­tion de Vincent, sept ex­perts s’étaient dé­jà pen­chés sur son cas. Six d’entre eux se ran­geant à l’avis de l’équipe du doc­teur Ka­ri­ger, de Reims.

Si le Con­seil re­porte ain­si une nou­velle fois la dé­ci­sion fi­nale sur le sort de Vincent, il ren­voie mal­gré tout sym­bo­li­que­ment la balle dans le camp mé­di­cal, alors que de­puis des mois l’af­faire qui dé­chire la fa­mille Lam­bert sem­blait aux seules

parole aux mé­de­cins ?

mains de la jus­tice. Ce qui « sou­lage » pour par­tie le camp de l’épouse, par­ti­sane, comme cer­tains frères et soeurs ain­si que l’équipe mé­di­cale, de « lais­ser par­tir » le ma­lade : « J’ai plei­ne­ment confiance dans les mé­de­cins », confiait ain­si hier Ra­chel Lam­bert, tan­dis que les avo­cats du CHU et du doc­teur Ka­ri­ger s’es­ti­maient sa­tis­faits d’une dé­ci­sion à ce jour « la plus rai­son­nable qui soit ». n Quid Pour les pro-eu­tha­na­sie, comme

de la loi Leo­net­ti ?

l’As­so­cia­tion pour le droit de mou­rir dans la di­gni­té, la dé­ci­sion du juge su­prême, qui « im­pose à Vincent Lam­bert des se­maines de souf­frances sup­plé­men­taires », signe « l’échec des po­li­tiques me­nées sur la fin de vie » et les li­mites de la loi Leo­net­ti, qui per­met de­puis 2005 de mettre fin à l’« obs­ti­na­tion dé­rai­son­nable » de trai­te­ments.

Le Con­seil a pour­tant clai­re­ment in­ter­pré­té celle-ci, es­ti­mant, con­trai­re­ment au tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Cha­lons, que « l’ali­men­ta­tion et l’hy­dra­ta­tion ar­ti­fi­cielles », seuls trai­te­ments qui main­tiennent le ma­lade en vie, consti­tuent bien un « trai­te­ment » au sens de la loi, et que celle-ci peut s’ap­pli­quer, « que le pa­tient soit ou non en fin de vie ».

n Re­port

in­utile ou re­cul pa­ci­fi­ca­teur ?

Pour­quoi dès lors re­por­ter une nou­velle fois la dé­ci­sion ? Parce que, comme le sou­li­gnait le rap­por­teur pu­blic en au­dience jeu­di, le cas, si « in­édit », « unique » et dra­ma­tique soit-il, est « com­plexe ». Au-de­là du sort du seul Vincent Lam­bert, l’ar­rêt du Con­seil peut en ef­fet in­fluer sur d’autres fu­tures dé­ci­sions mé­di­cales. Il peut aus­si tein­ter le nou­veau dé­bat de so­cié­té sur la fin de vie, pro­mis d’ici quelques mois, et qui s’an­nonce tout sauf simple par les temps qui courent.

Fran­çois Hollande a de­man­dé à sa mi­nistre de la San­té de pré­pa­rer un nou­veau pro­jet de loi avant la fin 2014. Le Co­mi­té consul­ta­tif na­tio­nal d’éthique a dé­jà re­por­té à la fin mars le nou­veau rap­port qu’il de­vait rendre sur la ques­tion ce mois-ci. Le Con­seil d’Etat joue donc de pru­dence en re­fu­sant d’em­por­ter seul le dé­bat : sa dé­ci­sion fi­nale se­ra ain­si sou­mise aux ob­ser­va­tions écrites qu’il de­mande sur cette af­faire à l’Aca­dé­mie de mé­de­cine, au con­seil des mé­de­cins, au dé­pu­té Leo­net­ti et au Co­mi­té d’éthique.

(Afp/fran­çois Guillot.)

Pa­ris, hier. Fran­çois Lam­bert et son avo­cate, Ma­de­leine Mu­nier-Apaire, à la sor­tie du Con­seil d’Etat. Le ne­veu de Vincent Lam­bert est, tout comme son épouse et l’équipe mé­di­cale du CHU de Reims, par­ti­san de le « lais­ser par­tir ».

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